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Kol Nidre in Auschwitz

In her memoir, A Cry in Unison, Holocaust survivor, educator and human rights activist Judy Weissenberg Cohen​​ tells the story of how she and her “camp sisters” in Auschwitz-Birkenau observed Yom Kippur, the Day of Atonement.

Too Many Goodbyes: The Diaries Of Susan Garfield

Découvrez en français un extrait des mémoires de Susan Garfield

Les Grandes Fêtes gravées dans les mémoires

L’amour et la famille durant les Grandes Fêtes Pour Elsa Thon, les Grandes Fêtes rappellent la rencontre de ses parents, survenue en 1913. Dans ses mémoires, Que Renaisse demain, elle raconte leur histoire : leur coup de foudre à la synagogue de Kharkov, alors sous domination russe, le soir de Rosh Hashanah. Elle révèle, par la même occasion, comment les valeurs inspirées par cette fête les ont unis dans la tourmente de la Première Guerre mondiale et de la révolution russe, jusqu’à sa naissance. « Lors des Grandes Fêtes, Rosh Hashanah et Yom Kippour, les autorités militaires russes autorisaient les jeunes soldats juifs à prier dans une synagogue de Kharkov (aujourd’hui Kharkiv, en Ukraine), non loin de l’endroit où ils étaient stationnés. C’est là que mes pa­rents se sont vus pour la première fois. Ils se rappelaient tous les deux cette première rencontre et la racontaient exactement de la même manière : ils avaient eu tous les deux le coup de foudre ! Ils avaient prié pour que la nouvelle année apporte à chacun santé et bonheur, comme c’était la coutume. Le temps avait suivi son cours, tissant leur histoire. […] Sa rencontre avec mon père à la synagogue a changé la vie de ma mère une fois de plus. Ils sont tombés amoureux, sachant néanmoins que mon père pouvait être envoyé au front à tout moment. En 1913, alors que le départ de papa était imminent, je suppose que mes parents se sont jurés fidélité, espérant qu’un jour, il reviendrait de la guerre et qu’ils se marieraient. Ils se sont permis de rêver malgré les dangers du conflit, ne comptant que sur leur jeunesse, leur espoir et l’amour profond qui les unissait. Tout cela s’est passé bien avant ma naissance, mais j’ai entendu cette histoire tellement souvent qu’elle s’est gravée dans ma mémoire. » Elsa Thon, 1945Betty Rich conserve, quant à elle, des souvenirs d’enfance bien différents des Grandes Fêtes. Dans ses mémoires intitulés Seule au monde, elle exprime son attachement aux traditions festives et familiales de Rosh Hashanah, tout en manifestant sa consternation quant aux rituels religieux orthodoxes pratiqués par sa mère lors de Yom Kippour. « Lors de certaines fêtes juives, comme Rosh Hashanah (le Nouvel An) et Yom Kippour (le Jour du Grand Pardon), les adultes devaient rester à la synagogue du matin jusqu’au coucher du soleil et leurs enfants passaient les voir durant la journée. Mes parents étant orthodoxes, ils se recueillaient séparément : les femmes se trouvaient en haut, au balcon de la synagogue, et les hommes, au rez-de-chaussée. Je me revois rendre visite à ma mère en ces jours très solennels : dans une atmosphère lourde et moite, elle priait et pleurait bruyamment, comme toutes les femmes lors de Yom Kippour – en ce jour sacré, elles demandaient à Dieu de leur pardonner les offenses qu’elles avaient commises durant l’année. J’éprouvais autant de consternation que de frayeur devant ce comportement. Je ne pouvais comprendre pourquoi ma mère demandait pardon pour des fautes qu’elle n’avait, à ma connaissance, jamais commises. Je n’entendais rien non plus à l’idée même de la prière, à cette façon de s’adresser à Dieu, de le louer continuellement au moyen d’adjectifs si puissants. Pourquoi ? Dans quel but ? Je n’osais pas poser la question. Je ne faisais que remplir mon devoir envers ma mère et je la plaignais. J’étais à la fois touchée et furieuse de la voir pleurer et s’humilier autant. Dans l’ensemble, nous passions toutefois de bons moments lors des fêtes juives. Pour ma part, j’y voyais une occasion de nous réunir et de renouer avec la tradition. Mais à mes yeux, le bonheur de ces rituels n’avait rien à voir avec la religion. En général, j’adorais ces célébrations (à l’exception de Yom Kippour, comme je viens de le mentionner). Les tensions et les soucis financiers de la vie de tous les jours disparaissaient. Si bien que quand j’étais heureuse, j’avais l’habitude de dire : “Aujourd’hui, je me sens comme un jour de fête juive !”» Betty Rich, alors Basia Kohn, avec son père, sa mère et son frère cadet avant la Deuxième Guerre mondiale. De gauche à droite : le père de Betty, Chaim Moshe ; Betty, âgée de 12 ans ; son jeune frère, Rafael ; et sa mère, Cyrla. Zduńska Wola, 1935.Tout comme Elsa Thon, plusieurs survivants partagent des souvenirs de fêtes qui mettent en scène des personnes et des lieux qui n’ont pas survécu à l’Holocauste. Fred Mann dévoile les traditions et les coutumes vestimentaires des hommes dans de sa ville natale de Leipzig, en Allemagne, lors de Yom Kippour avant la guerre. Dans ses mémoires, Un terrible revers de fortune, il accorde aussi une place particulière au service à la synagogue, notamment au dernier qu’il a passé avec sa famille avant que sa synagogue ne soit brûlée par un incendie criminel durant la Nuit de Cristal, en novembre 1938. « Nous nous sommes rendus pour la dernière fois à la synagogue entre les 25 et 27 septembre 1938 pour la grande fête de Rosh Hashanah, le Nouvel An juif, et les 4 et 5 octobre pour Yom Kippour, le jour du Grand Pardon. Les années précédentes, nous avions participé à chacun des Yamim noraïm, c’est-à-dire '' Les jours de pénitence '', mais aussi aux célébrations plus joyeuses comme Simhat Torah où l’on distribue de nombreuses friandises aux enfants. Au moins une fois par mois, nous assistions à l'office le jour du shabbat. Ensuite, nous nous rendions toujours au Parc Rosenthal où nous retrouvions nos camarades de classe. Mais, en 1938, et contrairement aux années précédentes, pas un seul homme n'avait paru vêtu de la jaquette ou du chapeau haut de forme traditionnels. […] Yom Kippour était le plus long des dix '' jours de pénitence '' : mes parents passaient presque toute une journée à la synagogue. Les offices religieux duraient en effet jusqu’à la fin de l’après-midi. Pendant ce temps, on nous envoyait déjeuner au restaurant, mon frère et moi. Nous retournions à la synagogue après manger pour nous faufiler jusqu’à nos places pendant que l’office se poursuivait. Les années précédentes, les tenues vestimentaires que portaient les hommes étaient inhabituelles. Nombreux étaient ceux qui portaient chapeau haut de forme, jaquette et pantalon rayé. Sur le revers de leur jaquette, ils arboraient fièrement les médailles qu’ils avaient gagnées pendant la Première Guerre mondiale. Ils croyaient se distinguer ainsi comme de bons Allemands. Ils semblaient vouloir présenter leurs états de service à Dieu, comme pour renouveler leur accréditation pour l’année suivante. Un excellent chœur et un orgue très harmonieux jouaient pendant l’office à la synagogue. L’acoustique était si bonne que la synagogue servait parfois pour des concerts de chorales. Le chantre avait une voix très puissante. Il aurait très bien pu être chanteur d’opéra. » Fred Mann, Leipzig (Allemagne), 1939Rosh Hashanah sous la surveillance des nazis Durant l’Holocauste, les fêtes de Rosh Hashanah et de Yom Kippour ont parfois été choisies par les nazis pour humilier et infliger davantage de souffrances à la communauté juive. Cela a été le cas pour les Juifs de Dukla, en Pologne, qui, peu après l’occupation allemande de leur pays en septembre 1939, ont célébré Rosh Hashanah sous la surveillance des nazis. Dans ses mémoires, The Vale of Tears, le rabbin Pinchas Hirschprung décrit la cérémonie religieuse et la volonté de sa communauté de maintenir sa foi et sa culture malgré les persécutions. « Des hommes, des femmes et des enfants ont pénétré dans la synagogue la veille de Rosh Hashanah, les livres de prières dans les mains, la peur au ventre et la dévotion sur le visage. L'arrivée des jours de pénitence* ne s'était jamais faite autant ressentir à Dukla que durant cette soirée. La sainteté du jour du Jugement* s'était répandue sur la ville. Les têtes basses et les pas mesurés, les Juifs avançaient péniblement, en silence et dans le calme, alors que des soldats nazis photographiaient '' la procession juive ''. [...] Nous avions les larmes aux yeux, chaque Juif pénétrait dans la synagogue en pleurs. Nous avons prié avec une dévotion absolue, en pleurant, dans la simplicité et la pureté ; nous avons prié de tout notre coeur, du plus profond de notre être. Après les prières, chacun est rentré chez soi. Des rumeurs circulaient selon lesquelles Varsovie avait déjà capitulée. Bien entendu, cette nouvelle a renforcé la signification que nous accordions au jour du Jugement. Nous avions de plus en plus peur. Dans la matinée, la synagogue était à nouveau remplie de personnes dont les visages étaient 'inspirés par la Crainte'. Le service du matin terminé, nous nous sommes préparés à entendre le shofar. D'abord, nous avons envoyé un groupe 'en reconnaissance', chargé de déterminer si la 'voix du shofar' pouvait être entendue par l'ennemi. Puis, nous avons scellé les portes de la synagogue et avons sonné les cent coups en même temps, de manière brève et hâtive, 'd'un même souffle'. Bien que discrets, les sonneries provoquaient néanmoins une étrange appréhension, tandis que le calme de la synagogue rappelait celui d'un cimetière. Après avoir mené notre opération secrète, nous avons ouvert les portes de la synagogue avant d'entamer le service supplémentaire. Le chantre a récité l'Amidah [Chemoneh Esreh*] avec une ferveur passionnée et une profonde sensibilité. Les paroles de la prière étaient si douces qu'elles ont procuré un réel bonheur à ceux qui priaient et chacun s'est senti détendu et revigoré. Une fois l'humiliation et la tristesse dissipées, la congrégation a été imprégnée d'un sentiment d'exaltation et d'élévation spirituelle. Ces sentiments n'ont toutefois pas duré longtemps. Les soldats nazis sont arrivés et ont réduit à néant le calme et la délicate quiétude qui nous avaient si tendrement apaisés. Le chantre, transporté dans les 'royaumes célestes' de la prière, n'avait aucune idée de ce qui se passait derrière lui. Alors qu'il continuait à prier avec la même passion, la congrégation était à présent désemparée et alarmée. Nous avons d'abord pensé que nos ' hôtes ' nazis étaient venus à cause du shofar. Cette hypothèse s'est toutefois dissipée lorsqu'ils nous ont ordonné de poursuivre tranquillement notre 'cérémonie'. Ils étaient évidemment curieux d'observer l'office. Durant quelques minutes, les nazis sont restés assis dans les sièges que certains membres de la congrégation leur avaient offerts. Puis, certains se sont levés et ont installé leur matériel photographique. Ils ont photographié les gens qui priaient, mais aussi le chantre qui, complètement indifférent à la situation, continuait de réciter ses prières comme si de rien n'était. Ensuite, ils se sont dirigés vers l'arche sainte et ont accordé à un membre de la congrégation l' 'honneur' d'ouvrir l'arche de manière à photographier les rouleaux de la Torah, conservés à l'intérieur. Après avoir terminé leur travail, les nazis sont repartis et tout le monde a poussé un soupir de soulagement. » Jours de pénitence : Aussi appelés les dix jours de pénitence. Il s’agit d’un autre terme employé pour désigner les dix premiers jours de l’année juive. Ces dix jours, qui commencent avec Rosh Hashanah et culminent à Yom Kippour, sont l’occasion pour chacun de faire un examen de conscience, de se repentir, de prier et de pardonner. jour du Jugement : Autre nom pour désigner Rosh Hashanah, le Nouvel An juif, qui se réfère au jugement final du monde, lorsque l'humanité toute entière sera jugée. Chemoneh Esreh : Aussi appelée Amidah, la prière juive qui est récitée trois fois par jour, face à l'est, en direction de Jérusalem. Le rabbin Hirschprung (au centre) avec le rabbin Menachem Mendel Eiger (à gauche) et le rabbin Yechiel Menachem Singer (à droite). Pologne, années 1930.Première Rosh Hashanah au Canada Aîné d’une famille de sept enfants, Willie Sterner est le seul membre de sa fratrie à avoir survécu à l’Holocauste. Après la guerre, il a vécu dans des camps de personnes déplacées en Autriche, jusqu’à ce qu’il n'émigre au Canada en 1948 avec sa femme Eva. Dans ses mémoires, Les Ombres du passé, il témoigne de sa première célébration de Rosh Hashanah à Halifax, au lendemain de son arrivée dans son nouveau pays. Accueilli par des membres de la communauté juive locale, Willie renoue avec l’esprit familial de cette fête et prend plaisir à découvrir les différences culturelles qui caractérisent les traditions à la synagogue au Canada. Les Grandes Fêtes deviennent ainsi un moyen pour Willie d’en apprendre davantage sur son pays d’adoption. « Quand notre bateau a accosté à Halifax, c’était la veille du Nouvel An juif – Rosh Hashanah – et des gens de la communauté juive locales sont montés à bord pour savoir si nous désirions rester quelques jours sur place. Sinon, nous aurions à passer la fête dans le train en route pour Montréal. Ma femme et moi, ainsi que quelques autres personnes, avons décidé d’accepter cette généreuse invitation. Les Juifs d’Halifax étaient très gentils ; ils nous parlaient en yiddish et nous nous sentions presque en famille. Ils nous ont tous emmenés dans un bel hôtel. Le lendemain, c’était Rosh Hashanah. Le matin, un homme de la communauté juive d’Halifax est passé nous prendre à l’hôtel pour nous emmener à la synagogue. Elle était construite dans un style moderne. L’office aussi était un peu différent de ce que nous avions connu dans notre pays d’origine, mais je l’ai trouvé intéressant et le chantre était très bon. Rosh Hashanah à Halifax a été notre première vraie fête depuis que nous avions été séparés de nos proches en 1942. Aussi, cette fête a revêtu une grande importance pour nous parce que c’était la première que nous passions au Canada. Après l’office, on nous a emmenés visiter des familles juives d’Halifax. Notre groupe – la famille Shnitzer, ma femme et moi – s’est rendu chez les Zemel. Ils nous ont accueillis chaleureusement et nous nous sommes sentis très à l’aise en leur compagnie. Comme Eva et moi n’avions pas assisté à une fête juive depuis des années, nous avons eu l’impression d’appartenir à leur famille. Mme Zemel nous a placés autour d’une grande table dans la salle à manger. Eva s’est levée et a demandé à Mme Zemel si elle pouvait l’aider. Mme Zemel et tous ses invités ont été agréablement surpris. Mme Zemel a emmené Eva à la cuisine et elles sont revenues avec des plats traditionnels délicieux, spécialement préparés pour Rosh Hashanah. J’étais si fier d’Eva – elle a beaucoup aidé Mme Zemel et a été appréciée par nos hôtes et leurs invités. » Débarquement de Willie à Halifax la veille de Rosh Hashanah, 1948.

Always Remember Who You Are

Anita avec ses parents, Edzia et Fisko. Synowódzko Wyżne, Pologne, 1937. Une évasion miraculeuse Nous ignorions où ma mère avait été emmenée. Personne ne savait ce qui se tramait dans cette région de Pologne. Des rumeurs d’assassinats au gaz circulaient mais qui pouvait croire à de telles histoires? Les nazis dissimulaient délibérément les informations à leurs victimes par crainte de résistance ou de représailles. Ils étaient passés maîtres dans l’art de la tromperie. Après cet incident, mon père semblait avoir perdu tout espoir, seule la protection de sa fille unique lui importait. Il savait que si je restais dans le ghetto, je serais arrêtée lors de la prochaine Aktion. Même si mon père ne savait pas exactement ce qu’il advenait des personnes déportées, il comprenait qu’elles ne reviendraient pas. Nous avions entendu dire que les transports qui partaient de notre région avaient pour destination un camp situé dans la petite ville de Belzec.Des rumeurs terrifiantes circulaient, on racontait que des meurtres de masse y étaient mis en œuvre. Mon père ne cherchait plus à me cacher la vérité. Alors qu’il tentait désespérément d’assurer ma survie, il m’expliquait clairement ce qui se passait. J’avais confiance en mon père et je savais qu’il ferait tout en son pouvoir pour me sauver.[…] Quand les Allemands ont compris que l’expertise comptable de mon père leur serait d’une grande utilité, ils l’ont transféré dans un bureau situé en ville. Mon père y a rencontré des non-Juifs qui étaient autorisés à vivre en dehors du ghetto. Il s’est rapidement lié d’amitié avec un Polonais catholique, Josef Matusiewicz, qui avait été transféré de son village pour s’occuper de la gestion des stocks dans notre ville.Après la disparition de ma mère, mon père ne savait plus vers qui se tourner ni quoi faire. Il redoutait le jour où, en rentrant du travail, il découvrirait que j’avais disparu à mon tour. Mais demander à Josef de m’aider était dangereux. Dans la Pologne sous occupation allemande, des lois strictes interdisaient à quiconque de venir en aide aux Juifs, notamment en leur procurant de la nourriture ou une cachette. Toute personne prise ou même accusée d’une telle action risquait sa vie et mettait en danger sa famille et parfois même sa communauté. Lorsqu’il a accepté de me prendre avec lui, Josef savait qu’il enfreignait les règlements nazis. Il n’était pas un proche de la famille et je ne le connaissais pas. De nombreuses années plus tard, j’ai pris connaissance du déroulement de la nuit où il a annoncé à sa femme qu’il voulait cacher une fillette juive dans leur maison. Il lui a expliqué la situation et ce qui lui avait été demandé. La fille adoptive de Josef, Lusia, m’a révélé que sa mère, Paulina, avait été consternée par sa requête : « Es-tu devenu fou ? Tu veux amener une petite fille juive dans notre maison? Tu vas mettre nos vies en danger, tu ne peux pas faire ça! » Je crois que Josef était un homme extrêmement courageux, puisqu’il a répondu que Dieu leur viendrait en aide. Sa famille était très religieuse et croyait fermement que Dieu leur viendrait en aide. Josef avait vu le désespoir sur le visage de mon père et il ne pouvait détourner le regard. C’est ainsi que, malgré les risques encourus, ils ont accepté de m’accueillir.Mon père a essayé de me préparer à ce nouveau bouleversement. Il m’a expliqué qu’il était primordial que je comprenne qu’il ne pouvait plus assurer ma sécurité. Chaque jour passé au ghetto m’exposait à de nombreux risques. Je savais qu’être Juif était dangereux. Ma mère avait déjà disparu. Je ne voulais pas perdre mon père aussi. Il m’a assuré que je vivrais avec des gens bienveillants qui prendraient soin de moi, que ma vie avec eux serait bien meilleure que dans le ghetto. Étant enfant unique, j’ai été extrêmement protégée jusqu’à notre emménagement dans le ghetto. Inutile de dire qu’après y avoir passé un an, ce n’était plus le cas. Je ne voulais pas partir, mais mon père m’a fait comprendre que je n’avais pas le choix. Je devais y aller. Sinon, je risquais de mourir. J’avais contemplé la mort dans le ghetto, mais je ne sais pas si à huit ans, j’en saisissais la signification. Je savais seulement que c’était définitif.Mon père m’a rassurée en me disant qu’il irait bien et que nous nous retrouverions bientôt. « Ça ne sera pas long. Tout ira bien. Je viendrai te voir et je te ramènerai à la maison… » Il m’a fait les promesses que tout parent ferait à son enfant de 8 ans. Ainsi, lorsque que Josef Matusiewicz est venu me chercher, je suis partie avec lui. J’étais terrifiée car je ne connaissais pas cet homme croisé à quelques occasions seulement. Je ne voulais pas quitter mon père.La poste qu’occupait Josef Matusiewicz lui donnait un accès privilégié au ghetto, autrement restreint. Une nuit, il a réussi à pénétrer dans l’enceinte pour venir me chercher. Au moment de dire au revoir à mon père, je me suis accrochée à lui, sans vouloir le relâcher. Ne pouvant davantage retarder l’inévitable, Josef m’a cachée dans un grand sac et m’a fait sortir du ghetto, comme un sac de pommes de terre. On m’avait sommé de ne pas faire de bruit, de ne pas bouger et de ne pas attirer l’attention. Des années plus tard, j’ai appris qu’un poste de police était situé juste à côté de l’endroit par lequel nous avons quitté le ghetto. Je ne sais pas comment Josef est parvenu à m’exfiltrer. Mon évasion relevait du miracle. À propos de l'auteure Anita Helfgott Ekstein est née le 18 juillet 1934 à Lwów en Pologne (aujourd’hui en Ukraine), et a grandi dans la petite ville de Synowódzko Wyżne au sud du pays. Seule rescapée de sa communauté, Anita a retrouvé sa tante Sala après la guerre. Ensemble, elles ont émigré à Paris en 1946, puis à Toronto en 1948. Le 5 juin 1955, Anita a épousé Frank Ekstein avec qui elle a eu trois enfants. En 1985, Anita et son fils ont été diplômés de l’Université York, Anita validant un baccalauréat en psychologie. Bénévole dévouée au Circle of care, un centre destiné aux personnes âgées, Anita participe également à un groupe d’étude affilié au Conseil national des femmes juives du Canada. Elle se consacre aussi à l’enseignement de l’histoire de l’Holocauste depuis 1989 et a d’ailleurs fondé une association destinée aux enfants survivants et aux enfants cachés qui ont émigré à Toronto. Elle a présidé la Marche des vivants à trois reprises, en plus d’y avoir participé dix-huit fois en tant que survivante. Aujourd’hui encore, Anita est une conférencière de premier plan au Neuberger Holocaust Education Centre de Toronto. Elle a reçu de nombreux prix et hommages, et grâce à ses efforts, les membres de la famille Matusiewicz, ses sauveurs, ont obtenu le titre de Juste parmi les Nations délivré par Yad Vashem.Pour commander les mémoires d'Anita, cliquez ici.

In Search of Light

La famille Abel après la guerre. De gauche à droite : la soeur de Martha, Eta, sa mère, Sári, son père, Ödön, et Martha. Cluj, Roumanie, vers 1946.La Fin de mon enfance Après l’arrivée au pouvoir des nazis, une partie de notre maison a été réquisitionnée pour servir aux officiers de l’armée allemande, notamment aux recrues de la SS. Un jour, l’un d’eux a dit à mon père : « Herr Doktor, wir haben das Krieg verloren » (Docteur, nous avons perdu la guerre). Terrorisé, mon père n’a pas su s’il devait confirmer ou contester l’affirmation de l’officier allemand, de peur que ce dernier n’y voit de la provocation. Nous étions en 1944, la guerre tirait à sa fin, et il se pouvait fort bien que certains soldats aient été conscients de la défaite imminente de leur armée. Malgré tout, la propagande d’Hitler demeurait extrêmement puissante et efficace. Un jour, les officiers allemands ont annoncé à mes parents qu’ils voulaient organiser une fête dans notre maison, exigeant de ma mère qu’elle cuisine, et de mon père qu’il nettoie et range après. Mes parents n’étaient pas autorisés à quitter la maison, ils étaient terrorisés à l’idée que les soldats s’enivrent et que la situation ne dégénère. À leur demande, j’ai passé la nuit chez des amis avec pour consigne, dans l’éventualité que les soldats tuent mes parents durant la nuit, de me réfugier chez un proche. Aujourd’hui encore, je me souviens que je n’ai pas pleuré. Les expériences vécues m’avaient transformée en adulte, capable de voir le monde tel quel et non tel que je le concevais dans mes rêveries d’enfant. Le 2 mai, un enseignant du secondaire, un Allemand de souche, a frappé à la fenêtre de notre maison pour avertir mon père que nous serions emmenés le lendemain matin. Sans possibilité de fuite et sans cachette, nous nous sommes résignés à rassembler nos affaires pendant la nuit. Avant de poursuivre mon récit, je tiens à préciser que la terreur vécue durant les mois précédents avait, d’une certaine manière, fait de moi une adulte. En l’espace de quelques mois, j’avais perdu mon innocence. En effet, au matin du 3 mai 1944, des membres de la csendőrség (gendarmerie) hongroise sont venus à la maison. Ils nous ont forcés à défaire nos bagages et contraints de prendre beaucoup moins d’effets que prévu – ne permettant qu’un seul vêtement de rechange – puis ils nous ont chargés sur un camion. En route, un officier a remarqué que mes parents portaient encore leurs alliances et les a avertis qu’ils n’étaient pas autorisés à les garder. Mon père a alors retiré la bague de ma mère, puis la sienne, et les a lancées sur la route. Curieusement, ce sont les seuls objets à valeur sentimentale qui ont survécu. À notre retour, mes parents ont récupéré les deux anneaux dans une enveloppe conservée à la mairie. Le reste de nos possessions a disparu. Les gendarmes nous ont conduits dans un ghetto aménagé dans une briqueterie située à l’extérieur de la ville. Sur l’ensemble de la population juive du ghetto, on comptait trois médecins dont mon père et ma mère. Quand nous sommes arrivés, un officier SS a pris son pistolet et l’a braqué sur mes parents en disant : « Si quelqu’un tente de fuir, je vous abattrai, ou bien peut-être toi, ou toi encore. » Cette scène dont j’ai été témoin reste gravée dans ma mémoire. En réalité, personne ne pouvait s’échapper, il s’agissait seulement d’une mise en scène visant à nous terroriser.À propos de l'auteure Dre Martha Salcudean est née en 1934 à Cluj en Roumanie. Elle a émigré au Canada en 1976 où elle a enseigné à l’Université d’Ottawa, puis occupé le poste de directrice du département de génie mécanique à l’Université de la Colombie-Britannique (UBC). À ce jour, Martha est titulaire de trois doctorats honorifiques et de plusieurs prix et distinctions prestigieuses. Aujourd’hui, elle est professeure émérite à UBC et vit à Vancouver.Pour commander les mémoires de Martha, cliquez ici.

Stories of Pesach: Holocaust Survivors Remember

La Pâque juive, Pessah en hébreu, occupe une place particulière dans les témoignages de survivants qui, enfants, ont survécu à l’Holocauste. Initiés dès leur plus jeune âge aux rites culturels et religieux de cette fête, les auteurs partagent avec joie et nostalgie les coutumes et saveurs liées à ces souvenirs d’enfance heureux. Publiés dans le cadre du Programme des mémoires de survivants de l’Holocauste, les extraits suivants montrent comment Pessah était célébré à travers l’Europe avant la guerre. Ils témoignent à la fois d’une identité culturelle commune mais également d’une pluralité nourrie par la grande diversité des communautés juives. Les mémoires révèlent aussi comment les Juifs ont continué de fêter Pessah durant l’Holocauste, parfois dans des conditions précaires, s’efforçant malgré tout de célébrer leur identité juive en dépit des persécutions. Aujourd’hui, Pessah demeure une période de réjouissances pour nos auteurs-survivants, l’occasion de perpétuer en famille les traditions ancestrales dans le pays qui les a accueillis au lendemain de la Seconde Guerre mondiale. Pessah, une fête de traditions Durant huit jours, Pessah commémore la délivrance et l’Exode des Israélites, retenus esclaves en Égypte durant le règne du Pharaon Ramsès II. La fête commence par un repas rituel copieux, le Séder, au cours duquel l’histoire de l’Exode est racontée à partir de la lecture de la Haggadah. Avec ses mets spéciaux, ses chants et ses coutumes, le Séder constitue le rituel central de la célébration de Pâque et fait l’objet d’une grande réunion familiale. Pendant Pessah les Juifs s’abstiennent de manger le hamets — tout aliment contenant de l’orge, du blé, du seigle, de l’avoine et de l’épeautre fermentés —, afin de commémorer le fait que, en quittant l’Égypte, ils n’avaient pas eu le temps de laisser lever leur pain. Avant la fête, ils font également le grand ménage annuel de leurs maisons pour en retirer ces aliments et tout ce qui a été en contact avec eux. Ils utilisent d’ailleurs un service de vaisselle distinct n’ayant jamais été en contact avec le hamets et qui ne sert que pour la Pâque. Née en 1931 à Paris (France), Muguette Myers témoigne dans ses mémoires, Les Lieux du courage, des différentes traditions de Pessah qui ont marqué son enfance. Si ses grands-parents maternels, les Fiszman, étaient très pieux, ses grands-parents paternels, les Szpajzer, n’étaient pas croyants, ce qui, en ce jour de fête, donnait parfois lieu à des situations cocasses. « Traditionnellement, à Pessah (la Pâque juive), toute trace de produits au levain, jusqu’à la plus petite miette, doit être débusquée et éliminée des placards à provisions. De même, toute la vaisselle doit être remplacée par celle de Pâque. Tandis que la maisonnée Fiszman était occupée au grand nettoyage, les Szpajzer, eux, ne s’en souciaient pas le moins du monde. Un jour, gromè [grand-mère] Fiszman a décidé de rendre visite aux Szpajzer pour la Pâque. Comme leurs fenêtres donnaient sur la cour, ils ont aperçu Gromè sortant de chez elle pour venir les voir. Gromè Szpajzer a alors couru chez un voisin aussi peu pratiquant qu’elle et ils ont rapidement échangé les bouilloires ainsi que plusieurs tasses, soucoupes, fourchettes et cuillères, afin que gromè Fiszman croie que la vaisselle avait été changée pour Pâque. » Outre cette anecdote, Muguette conserve aussi d’excellents souvenirs des mets juifs qu’elle savourait pendant Pessah. « Quand la Pâque arrivait, nous avions des matsoh [pain azyme sans levain et croustillant fait à base de farine blanche et d’eau], de la soupe au poulet avec des boulettes de matsah, du gefilte fish [pour les Ashkénazes, il s’agit de carpe farcie, tandis que pour les Séfarades ce sont des boulettes de poisson blanc bouillies]. Pour Pessah, Gromè fabriquait aussi son propre vin provenant de raisins secs, une opération qu’elle commençait juste après la fête de Rosh Hashanah. Elle le laissait fermenter avant de le filtrer, puis elle le laissait reposer pendant un mois supplémentaire et le filtrait à nouveau. Elle répétait cette opération environ trois fois avant que le vin ne soit prêt à être consommé. J’aimais beaucoup ce vin. Quand je restais chez elle, chaque fois que nous recevions des visiteurs, on m’accordait le droit d’en boire un petit verre durant le repas. » Muguette, à l’âge de 9 ans (assise, à gauche) avec sa famille à Paris. À l’arrière-plan : la tante de Muguette, Deeneh (à gauche) et la mère de Muguette, Bella. À l’avant-plan, de gauche à droite : la grand-mère maternelle de Muguette; son frère, Jojo; et son oncle Yidele. 1940. Des souvenirs en partie partagés par Georges Stern, qui dans ses mémoires, Une jeunesse perdue, témoigne des dons de vins kasher qu’offrait sa famille aux moins fortunés d’Újpest (Hongrie),le jour de Pessah. « Une des traditions de Pessah veut que les gens qui en ont les moyens distribuent aux moins fortunés des denrées que l’on consomme pendant la fête, comme le matsah, les œufs, le poulet et le vin. Mon père, Ernő, et mon oncle Jenő avaient conservé cette coutume d’entraide en faisant don de vin kasher de leur vignoble. Juste avant Pessah, les familles pauvres pouvaient se rendre dans notre cour, où se trouvait la cave, et prendre la quantité de vin dont elles avaient besoin. À l’âge de 8 ans, on m’a accordé l’honneur de leur distribuer le vin et j’ai donc rempli les bouteilles qu’elles apportaient, les unes après les autres. Cela avait pris presque toute la journée, car nous en distribuions quelques centaines de litres, mais ce travail m’avait réjoui, car il s’agissait d’une mitsvah, c’est-à-dire d’une bonne action. »George (deuxième à partir de la gauche) avec son père, Ernő (à gauche), sa sœur, Ágnes (deuxième à partir de la droite) et sa mère, Leona (à droite). Bien qu’elle accorde aussi une grande importance à la nourriture, Ann Szedlecki met, quant à elle, en lumière les rituels de la Pâque dans le quartier juif de Łódź (Pologne). Ses mémoires, L’Album de ma vie, présentent d’ailleurs le repas familial du Séder, le dernier qu’Ann a passé avec ses proches avant la guerre. « Au printemps 1939, les rites annuels de la saison ont débuté, comme chaque année, lorsque les femmes ont jeté la vieille paille des matelas et l’ont remplacée par de la fraîche. Cela signifiait que la Pâque juive était proche.Pour la Pâque, je recevais toujours de nouveaux vêtements – des rubans neufs pour mes tresses, des sous-vêtements et des chaussettes, une robe et des chaussures.[…]Les préparatifs de la Pâque se faisaient sentir partout. Le plancher de bois de notre cuisine – pièce où mon père travaillait et où ma mère cuisinait – a été récuré avec du sable pour enlever les taches d’huile laissées par les machines à coudre. Ma mère a distillé du vin : il tombait goutte à goutte à travers un linge, laissant un dépôt. Elle préparait aussi un gros pot de betteraves en tranches avec de l’eau – l’eau fermenterait et serait utilisée à la place du vinaigre qui était un aliment interdit parce qu’il est un produit du blé, ou hamets, interdit à la consommation pour la Pâque. Quant aux betteraves, on s’en servirait pour faire le bortsch (soupe de betteraves). Notre grand panier à linge, à présent bien nettoyé et doublé d’un grand drap blanc, était prêt à recevoir le matsah (pain sans levain). Nous avions de la vaisselle et des couverts spéciaux pour la Pâque, mais nous ne possédions qu’une seule batterie de cuisine. Un homme est passé avec une charrette contenant des cuves métalliques remplies d’eau chaude. Après avoir été trempées dans cette eau, nos poêles et nos casseroles de tous les jours étaient devenues kasher pour la Pâque.Après tous ces préparatifs, nous avons accompagné notre père dans la maison la veille au soir de la Pâque. Nous portions chacun une bougie à la main tandis que mon père tenait une plume et nous sommes allés dans tous les recoins pour débusquer les dernières miettes de hamets cachées dans les fissures. Selon la tradition, nous devions brûler ce hamets le lendemain matin.Le lendemain, à midi, tout était prêt pour la fête. La belle nappe blanche fraîchement repassée, les chandeliers en argent poli, le fauteuil dans lequel mon père allait s’asseoir, appuyé sur un gros oreiller, pour le premier Séder. Sur la table, nous avions disposé la vaisselle en porcelaine, les couverts, les serviettes, les verres à vin et une assiette de matsah recouverte d’une belle serviette brodée devant la place de mon père. Dans le plat rond du Séder, il y avait un œuf cuit puis légèrement brûlé, un jarret, des herbes amères et d’autres ingrédients. Tout l’après-midi, des odeurs appétissantes avaient embaumé la cuisine. Mon estomac gargouillait, mais il devait attendre.Le Séder a commencé lorsque les femmes ont allumé les bougies et récité les grâces, et lorsqu’on a ouvert les Haggadot [livre de lectures utilisé pendant la cérémonie du Séder]. Mon frère a posé les « quatre questions », même si, à l’exception du bébé, j’étais la plus jeune. J’ai vérifié si Élie avait bu dans sa coupe. Les prières et les lectures du Séder se sont poursuivies harmonieusement jusqu’au moment du Dayyénou [chant traditionnel de gratitude chanté pendant le repas rituel, ou Séder]. D’aussi loin que je me souvienne, j’avais toujours ri en entendant ce chant. Cette année-là, comme j’avais presque 14 ans, ma tante et moi espérions que j’avais dépassé l’âge de rire. Nous n’avons pas eu cette chance. Le moment de chanter le Dayyénou approchant, mon père a fixé sur moi ses yeux bleus sous ses épais sourcils noirs, comme pour me demander de bien me conduire. Je me suis levée de table, la main sur la bouche, et quand je suis arrivée à la cuisine, les gloussements que je retenais ont fusé. » La dernière photo qu’Ann Szedlecki a reçue de sa famille alors enfermée dans le ghetto de Varsovie (photo prise à Bolimów, en Pologne). De gauche à droite : le père d’Ann, Shimshon Frajlich ; sa mère, Liba Bayla Frajlich, tenant sa petite-fille Miriam dans ses bras ; sa sœur Manya et ses deux tantes, Tauba et Sarah. Pessah sous la politique antisémite nazie (durant l’Holocauste)Les traditions de Pessah ont toutefois été bouleversées par la politique antisémite nazie. En effet, celle-ci prévoyait l’annihilation de la population juive d’Europe et conséquemment, la destruction systématique de son patrimoine culturel et religieux. Néanmoins, malgré l’oppression, les Juifs se sont efforcés de maintenir la pratique de leurs coutumes et rituels, afin de préserver leur dignité humaine et leur identité. Ainsi, les extraits qui suivent révèlent comment durant l’Holocauste, la fête de Pessaha donné lieu à une forme de résistance spirituelle, et ce, même dans les circonstances les plus difficiles.Au premier soir de la Pâque juive, le 19 avril 1943, des combattants de la Résistance du ghetto de Varsovie attaquent les soldats allemands dans une révolte, mieux connue sous le nom de Soulèvement du ghetto de Varsovie. Réfugiée dans un abri souterrain secret, la famille de Pinchas Gutter se recueille avec émotions durant le Séder, cherchant à travers ce rituel, paix et réconfort.« Nous avons existé… en nous cachant, jusqu’au 19 avril 1943, jour d’Erev Pessah, veille de la Pâque, ainsi que du soulèvement du ghetto de Varsovie. Ce jour-là, une alarme a retenti. Les quelques téléphones que l’on trouvait au Ghetto fonctionnaient encore — surtout dans les appartements occupés par les médecins ou les personnes considérées comme importantes — et le mouvement de résistance polonais qui, depuis l’extérieur, coopérait avec les résistants juifs a appelé quelqu’un du Ghetto pour prévenir les habitants que les nazis arrivaient et allaient les déporter. Il existait déjà à ce moment-là de nombreux bunkers dans le Ghetto. Nous en avions également construit un sous les ruines à l’avant de notre immeuble. Le concierge, ainsi que les hommes de notre immeuble, dont mon père, l’avaient creusé, aménageant une partie centrale, qui faisait office d’entrée, et deux pièces supplémentaires de part et d’autre de cette entrée. Ne voulant pas rendre les armes et se faire prendre par les Allemands, ils y avaient entreposé de la nourriture et installé des arrivées d’électricité et d’eau, ainsi que des bouches d’aérations, pour qu’on ne puisse pas repérer le bunker depuis l’extérieur. Mon père et ma mère nous ont préparé, nous les enfants, au jour où nous aurions à nous y rendre. Ils nous ont expliqué que le moment venu, il ne faudrait poser aucune question et se préparer aussi vite que possible. Ce jour-là, nous sommes descendus dans l’abri souterrain où nous étions environ 150 personnes […] Mon père avait dû se procurer du vin et quelqu'un d’autre des matsoth, car en soirée, ils ont préparé le Séder. Les autres occupants de l’abri, majoritairement des Juifs religieux, pleuraient et priaient. Ils connaissaient par cœur la Haggadah, le texte juif qui énonce les rituels du Séder durant la Pâque. Encore aujourd’hui, je reste émerveillé par ces Juifs qui, dans des circonstances aussi difficiles, n’ont jamais oublié leur culture et leurs valeurs. De même, ils ont toujours veillé à s’occuper de leurs enfants et à leur trouver un refuge. » - Pinchas Gutter, Dans la chambre noireAprès avoir échappé de justesse à la fusillade de masse qui a décimé sa famille, Michael Kutz, 12 ans, devient membre d’un groupe de partisans dans la forêt biélorusse. À l’approche de Pessah, avec ses compagnons d’infortune, ils tentent de reproduire les mets traditionnels et les rituels de cette fête. Si ces célébrations clandestines leur rappellent avec nostalgie l’absence des êtres chers, elles leur donnent aussi le courage et la volonté de résister. « En avril 1942, on comptait 22 partisans juifs dans notre groupe. Étant donné que nous avions tous perdu nos proches, nous avions recomposé une sorte de famille, devenant des frères et des sœurs les uns pour les autres. L’un des Juifs de notre groupe, Moishe Abramowitz, qui s’était échappé de la ville de Bobrouïsk, avait apporté un petit livre de prières avec lui qu’il cachait dans ses bottes. Il nous aidait à surmonter nos difficiles conditions de vie dans la forêt et le sort tragique de notre peuple. Nous rappelant que Pessah approchait à grands pas, il a réussi à obtenir des betteraves pour cuisiner une soupe rouge en substitut au vin qu’on servait traditionnellement pendant le rituel de cette fête religieuse. Nous n’avions pas de matsah, mais il avait déterré des raiforts dans les champs voisins. Le soir du premier Séder, nous nous sommes rassemblés près de notre bunker souterrain.Comme j’étais le plus jeune, il avait été décidé que je poserais les Quatre questions, le Ma nishtanah. Je les connaissais bien puisque, cadet de ma famille, j’avais toujours été le candidat désigné. Cependant, là, dans la forêt, j’ai proposé des réponses différentes de celles de la tradition.“Pourquoi cette nuit est-elle différente de toutes les autres nuits ?” J’ai offert cette explication :“ Parce que lors du dernier Pessah tous les Juifs étaient attablés avec leurs familles devant des tables magnifiquement garnies de matsah et de timbales de vin rouge. L’an dernier, chacun de nous avait une timbale sur son assiette et écoutait l’aîné de notre maisonnée conduire le Séder. Ce soir, dans la forêt, notre groupe solitaire et orphelin, après avoir survécu par miracle, se souvient de ceux qui nous sont chers et qui nous ont été enlevés à jamais.” Les larmes coulaient sur nos joues. Après cela, nous avons continué à maintenir les traditions liées à toutes les fêtes juives, ce qui nous a donné le courage et la volonté de tenir bon. Avec l’aide de Dieu, nous allions enfin vivre dans ce monde en tant que peuple libre. » - Michael Kutz, Si par miracleMichael (premier rang, à droite) en compagnie des partisans. Łódź, vers 1945. Pessah au Canada Cachée avec sa famille durant l’Holocauste, Muguette Myers a émigré à Montréal en 1947. Aujourd’hui, bien que non-pratiquante, elle est heureuse de célébrer Pessah avec ses enfants, ses petits-enfants et son arrière petite fille. Elle aime déguster les mets typiquement juifs préparés par sa fille, qui de son côté, perpétue l’héritage culinaire et religieux de ses grands-parents maternels, les Fiszman. Muguette conserve aussi précieusement les recettes traditionnelles de son enfance, rédigées par sa mère, et qu’elle a généreusement accepté de partager dans le cadre de cet article.Biscuits aux noix de Pessah 2 œufs¾ tasse de sucre1 pincée de sel1 citron1 tasse ou plus de noix3 c. à soupe de farine à gâteau 1. Mélanger tous les ingrédients. 2. Cuire pendant 15 minutes dans un four à 325oFGalettes de pommes de terre (latkes) au fromage de Pessah ½ lb de fromage cottage pressé 3 œufs 2 c. à soupe de sucre 1 c. à soupe de beurre fondu ou d’huile ½ c. à thé de cannelle ¼ tasse de crème sûre ½ tasse de farine de matzah ou à gâteau 1.Battre tous les ingrédients au mélangeur jusqu’à l’obtention d’une pâte lisse. 2.Faire fondre 2 c. à soupe de beurre et d’huile dans une large poêle à feu moyen. 3.Faire cuire les galettes de chaque côté, jusqu’à ce qu’elles soient dorées.