Le Programme des mémoires de survivants de l’Holocauste

Max Bornstein

Survivor Video

More Information

Map

Né(e)
12 novembre 1921 Varsovie, Pologne

Map of Mukacevo, Czechoslovakia

Immigré(e)
1947

Max Bornstein retrace le parcours d’un petit garçon juif né dans une famille pauvre en Pologne dans les années 1920. À 2 ans, il émigre au Canada, mais retourne en Europe en 1933, l’année de l’accession de Hitler au pouvoir. Réfugié apatride dans le Paris des années 1930, il réussit à fuir lors de la prise de la capitale par les nazis, mais sera interné dans un camp de concentration en Espagne.

Citoyen de nulle part décrit la longue errance physique et psychologique vécue par un jeune homme juif emporté dans la tourmente politique de son époque

À propos de Max

Max Bornstein est né le 12 novembre 1921 à Varsovie, en Pologne. Après la guerre, le 25 juin 1947, il est revenu au Canada. Max et sa femme, Min, ont été mariés plus de 60 ans. Min est décédée en 2010; et Max Bornstein est décédé en 2015.

Photos et Objets

  • Max Bornstein larger image and caption

    Grand-mère paternelle de Max en compagnie de son second mari, date inconnue.

  • Max Bornstein larger image and caption

    Grands-parents maternels de Max, Chayala (née Kahnneman) et Mordechaï Zalman Korman, date inconnue.

  • Max Bornstein larger image and caption

    La tante de Max, Jennie (à gauche), à côté d’une parente non identifiée ; la grand-mère maternelle de Max, Chayala (au centre), assise à côté de la tante de Max, Pola (à droite).

  • Max Bornstein larger image and caption

    La tante de Max, Pola, et son mari, date inconnue.

  • Max Bornstein larger image and caption

    La tante de Max, Sadie, et son mari, Morris. Années 1920.

  • Max Bornstein larger image and caption

    La tante de Max, Jennie, et sa mère, Liba, au mariage de Liba. Varsovie, Pologne, 1920.

  • Max Bornstein larger image and caption

    Max Bornstein, à l’âge de trois ans. Winnipeg, 1924.

  • Max Bornstein larger image and caption

    De gauche à droite : la tante de Max, Jennie ; Clarice, la sœur de Max, à l’âge de 2 ans ; Max, à l’âge de 5 ans qui se tient devant sa mère, Liba. Winnipeg, autour de 1926.

  • Max Bornstein larger image and caption

    Max, à l’âge de 10 ans, à la colonie de vacances B’nai Brith. Gimli, Manitoba, 1932.

  • Max Bornstein larger image and caption

    Max Kim, cousin de Max, âgé de 11 ans environ. Winnipeg.

  • Max Bornstein larger image and caption

    Favel et Sarah Silberstein, qui ont hébergé Max, sa mère et sa sœur à Paris en août et en septembre 1939. Paris, vers 1934.

  • Max Bornstein larger image and caption

    Membres de la famille de Max en France. À l’avant-plan : sa tante Leah assise à côté de la cousine de Max, Chai Liba (Luba). À l’arrière-plan, de gauche à droite : son cousin Philippe, son oncle Joseph et son cousin Pierre. Paris, 1936.

  • Max Bornstein larger image and caption

    Max à Paris avec son premier vélo, vers 1936.

  • Max Bornstein larger image and caption

    Max à l’âge de 16 ans.

  • Max Bornstein larger image and caption

    La cousine de Max, Luba (à gauche), et tante Leah à la fin des années 1930.

  • Max Bornstein larger image and caption

    La famille Bornstein en compagnie de tante Jennie lors de sa visite à Paris pour l’Exposition internationale « Arts et techniques dans la vie moderne ». À l’avant-plan : Max et sa sœur Clarice. À l’arrière-plan, de gauche à droite, Chiel (le père de Max), Jennie, sa tante, et Liba, sa mère. Paris, 1937.

  • Max Bornstein larger image and caption

    Le père de Max, Chiel Bornstein (photo de passeport), 1938.

  • Max Bornstein larger image and caption

    La tante de Max, Pola (à gauche), sa tante Jennie (au centre) et la fille de Pola, Hélène, 1937.

  • Max Bornstein larger image and caption

    Le cousin de Max, Philippe, dans son uniforme de l’armée française, 1940.

  • Max Bornstein larger image and caption

    Jack, cousin de Max, et fils aîné de tante Pola, au Canada, date inconnue.

  • Max Bornstein larger image and caption

    Clarice, la sœur de Max (à gauche), Liba, leur mère, et Chiel, leur père, à Buenos Aires, en Argentine, vers 1940. Liba tient le sac à main que Max lui avait offert pour lui souhaiter bon voyage.

  • Max Bornstein larger image and caption

    Max (à droite), et ses amis Jock (à gauche) et Hershorn (centre) au camp de Miranda de Ebro. Espagne, 1941.

  • Max Bornstein larger image and caption

    La sœur de Max, Clarice (à gauche), et Liba, sa mère, à Buenos Aires, en Argentine, 1942.

  • Max Bornstein larger image and caption

    Max au début de l’année 1942, peu après son arrivée en Angleterre.

  • Max Bornstein larger image and caption

    La sœur de Max, Clarice, dans son uniforme de la Women’s Auxiliary Air Force (WAAF). Angleterre, vers 1944.

  • Max Bornstein larger image and caption

    Max devant l’une des entrées de Hyde Park, où il aimait à se promener à Londres.

  • Max Bornstein larger image and caption

    Max (assis) et son cousin Pierre lors de la première visite de Max à Paris après la guerre, 1946.

  • Max Bornstein larger image and caption

    Solomon et Hélène, cousins de Max et enfants de tante Pola (debout), avec tante Jennie (au centre) et Paulette, la fille aînée d’Hélène. Paris, 1946.

  • Max Bornstein larger image and caption

    Pierre (à gauche), sa tante Jennie (au centre) et la femme de Pierre, Simone. Paris, 1946.

  • Max Bornstein larger image and caption

    Irma et Eddy, des amis de Max, avec leur enfant. Londres, autour de 1947.

  • Max Bornstein larger image and caption

    La sœur de Max, Clarice et George Stein lors de leur mariage. Toronto, début 1946.

  • Max Bornstein larger image and caption

    La sœur de Max, Clarice (à gauche), et tante Jennie au mariage de Clarice.

  • Max Bornstein larger image and caption

    Mariage de Max et de Minnie, Toronto, le 4 juillet 1948. À l’arrière-plan, de gauche à droite : Solomon, le cousin de Max ; sa femme, Anne ; Dave Moskowitz, un cousin ; tante Sadie ; tante Jennie ; Clarice, sa soeur ; George Stein, son mari. À l’avant-plan, de gauche à droite : le père de Max, Chiel ; Minnie ; Max ; et Liba, la mère de Max.

  • Max Bornstein larger image and caption

    La mère de Max, Liba (à gauche), tante Sadie (au centre) et tante Jennie (à droite) au mariage de Max et de Minnie. Toronto, 4 juillet 1948.

  • Max Bornstein larger image and caption

    Max et Minnie accompagnés de tante Sadie, qui leur avait rendu visite lors de leur lune de miel. Toronto, 1948.

  • Max Bornstein larger image and caption

    Max et Minnie avec leur fille, Linda, à Queen’s Park, Toronto, 1949.

  • Max Bornstein larger image and caption

    Familles de Max et de Clarice. À l’arrière-plan, de gauche à droite : Max ; le père de Max, Chiel ; sa mère, Liba ; et tante Jennie. À l’avant-plan, de gauche à droite : Minnie, la femme de Max ; et ses deux enfants, Jeffrey et Linda ; Clarice et ses deux fils, Allen et Morris. Toronto, 1955.

  • Max Bornstein larger image and caption

    Les enfants de Max et Minnie, Jeffrey et Linda. Vers 1956.

  • Max Bornstein larger image and caption

    Max et Minnie et leurs enfants, Jeffery et Linda, à Coronation Park. Burlington (Ontario), 1957.

  • Max Bornstein larger image and caption

    Des parents de Max à Paris à la fin des années 1960. À l’arrière-plan, de gauche à droite : oncle Joseph, sa seconde femme (Esther) et les deux filles de Pierre (Nadine et Lorette). À l’avant-plan, de gauche à droite : Pierre, son fils (Philippe), tante Sadie et Simone, la femme de Pierre.

  • Max Bornstein larger image and caption

    La bar mitsvah du fils de Max, Jeffrey Bornstein, 1966. De gauche à droite : tante Sadie ; Minnie, la femme de Max ; Jeffrey ; Linda, la fille de Max ; et Liba, sa mère.

  • Max Bornstein larger image and caption

    La bat mitsvah de l’arrière-petite-fille de Max. À l’arrière-plan, de gauche à droite : la petite-fille de Max (Danielle Warman Toledano) et son mari (Gilbert Toledano) ; la fille de Max (Linda Bornstein Warman) ; son arrière-petite-fille (Samantha Warman) ; son petit-fils (Jordan Warman) et la femme de Jordan (Lisa Menaker Warman). À l’avant-plan, de gauche à droite : l’arrière-petite-fille de Max (Jesse Toledano), Max Bornstein et son arrière-petit-fils (Joshua Warman). Toronto, février 2012.

Le livre

Cover of Citoyen de nulle part

Citoyen de nulle part

J’ai plongé dans la rivière glacée. À mi-chemin, mes forces ont commencé à me faire réellement défaut… Malgré tout, quelques instants plus tard, je touchais la berge opposée. J’entrais enfin en Zone libre.

Explorer l'histoire de Max dans Re:Collection

More Survivors

Close

Citoyen de nulle part

L’Occupation et l’évasion

J’ai remarqué que les gardes allemands flânaient jusqu’au poste suivant, qui se trouvait assez loin, puis s’arrêtaient pour bavarder, parfois pendant près d’une demi-heure. Tout semblait jouer en ma faveur si ce n’était que le soleil n’allait pas tarder à se coucher et qu’il me serait beaucoup plus difficile de faire la traversée dans le noir. Je n’avais pas envie de passer la nuit au beau milieu d’un champ, mais je n’avais guère le choix. Requinqué par les merveilleux sandwiches que ma tante avait préparés pour mon voyage, je me suis installé pour ce qui allait sans doute être la nuit la plus longue de ma vie. Alors que le crépuscule cédait peu à peu aux ténèbres les plus noires et que je ne voyais plus rien derrière mes jumelles, j’ai essayé de me servir de mon sac à dos comme oreiller et j’ai tenté de dormir. En dépit de tous mes efforts, je n’arrivais pas à trouver une position confortable. Étant de plus complètement frigorifié, j’ai passé une nuit plutôt agitée. L’aube n’arriverait-elle donc jamais ?

Lorsque le jour s’est enfin levé, je n’avais qu’une seule envie : boire un café au lait. Ma montre indiquait 5 heures et il commençait à faire assez clair. Lorsque j’ai regardé à travers les jumelles, je me suis demandé si j’avais des hallucinations. Il n’y avait pas un seul Allemand en vue. Par quelque étrange miracle, ils avaient tous disparu, me laissant libre de m’enfuir et de franchir la rivière en toute sécurité. J’étais si nerveux que je n’arrêtais pas de vérifier pour bien m’assurer qu’ils n’étaient pas juste en train de faire un somme ou de se cacher, prêts à bondir pour m’arrêter. J’ai rassemblé tout mon courage, ramassé mon sac que j’ai remis sur mon dos, puis je me suis avancé prudemment vers le poste de contrôle allemand jusqu’à ce que j’en sois suffisamment près pour constater qu’effectivement, sans l’ombre d’un doute, la sentinelle allemande n’était pas à son poste.

J’étais franchement perplexe, c’est le moins qu’on puisse dire ! Cependant, sans hésiter plus longtemps, j’ai tiré parti de la situation et j’ai foncé droit vers la rivière. J’ai enlevé tous mes vêtements, à l’exception du maillot de bain que je portais en dessous, puis j’ai rangé le tout dans mon sac à dos avant de le sangler solidement sur mes épaules. Après un dernier coup d’oeil alentour à travers mes jumelles pour m’assurer que j’étais bien seul, j’ai plongé dans les eaux glacées de la rivière. Le choc brutal m’a coupé le souffle. Mon sac à dos qui était encombrant rendait chaque brasse plus laborieuse que la précédente.

N’étant pas particulièrement bon à la nage, je n’étais capable de couvrir que de courtes distances avant de m’essouffler. J’avais aussi tendance à paniquer dès que je m’éloignais du bord. Dans ces circonstances, je ne pouvais compter que sur ma volonté pour continuer. La température glaciale de l’eau ne représentait qu’un souci mineur comparé au problème nettement plus sérieux consistant à me maintenir à flot. À mesure que je faiblissais, mes bras semblaient être de plomb, m’obligeant à marquer une pause. J’ai alors réellement cédé à la panique après avoir bu plusieurs fois la tasse. Lorsque j’ai vérifié où j’en étais après ces incidents, j’ai constaté à mon grand désarroi que je n’avais franchi qu’un tiers de la distance. Puisant dans toutes les réserves d’énergie qui me restaient, et malgré ma crainte de voir mes forces me lâcher, je me suis forcé à accélérer et à continuer à nager machinalement.

Je me suis dit que les Allemands pouvaient me repérer et m’abattre, ce qui m’a donné l’élan dont j’avais besoin pour poursuivre. Cependant, alors que j’avais couvert les deux tiers de la distance et que je me trouvais à portée de la Zone libre, mes forces ont commencé à me faire réellement défaut. J’étais submergé par la peur et tellement épuisé que je ne parvenais qu’à battre sporadiquement des pieds. Au moment même où je me suis senti complètement vidé, incapable de me maintenir à flot une seconde de plus et sur le point de sombrer, j’ai trouvé au fond de moi une énergie nouvelle tenant de la pure détermination. J’ai réussi à surmonter l’épuisement et, quelques instants plus tard, je touchais la berge opposée. J’entrais enfin en Zone libre, en terre de liberté.