Le Programme des mémoires de survivants de l’Holocauste

Eva Felsenburg Marx

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Né(e)
21 octobre 1937 Brno, Tchécoslovaquie

Map of Mukacevo, Czechoslovakia

Immigré(e)
1949 Montréal

Deux fillettes, nées à six mois d’écart et dans des pays différents, sont plongées brutalement dans la tourmente et la terreur de la Deuxième Guerre mondiale. Filles uniques, elles connaissent des parcours remarquablement similaires, Judit en Hongrie et Eva en Tchécoslovaquie. Séparées de leurs parents, obligées de se faire passer pour des chrétiennes, confrontées à des situations qui les dépassent, les deux fillettes vivent une enfance qui restera marquée à jamais par l’Holocauste. Leurs mémoires évoquent de manière expressive et personnelle les parcours parallèles et néanmoins uniques de ces deux enfants qui ont survécu là où tant d’autres ont péri.

À propos de Eva

Eva Marx est née à Brno, en Tchécoslovaquie, le 21 octobre 1937. En 1949, elle a immigré à Montréal, où elle est devenue enseignante au primaire. Elle et son mari, Herbert Marx, juge à la Cour supérieure du Québec, maintenant à la retraite, vivent à Montréal. Ils ont deux enfants et quatre petits-enfants.

Photos et Objets

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    Le grand-père paternel d’Eva, Heinrich Felsenburg.

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    Les arrière-grands-parents d’Eva, Ignacz et Rosa Berceller Rosenbaum.

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    Le grand-père maternel d’Eva, Gabriel (Gabor) Weisz.

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    La grand-mère maternelle, Sari Rosenbaum Weisz.

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    Le livre de prières qui a sauvé la vie du grand-père paternel d’Eva, Gabor Weisz, lorsqu’il a été atteint à la poitrine par une balle pendant la Première Guerre mondiale.

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    La mère d’Eva, Helen (Ilonka) Weisz, à gauche, avec sa soeur cadette, Hedi. Vers 1916.

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    Le père d’Eva, Eugene (Jenö) Felsenburg, debout à l’extrême droite, lorsqu’il servait dans l’armée austro-hongroise durant la Première Guerre mondiale. 1918.

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    Les parents d’Eva, Helen et Eugene Felsenburg. 1929.

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    Cette carte postale envoyée à Eva en 1980 par sa nourrice dévouée, Marka Piesikova, montre à quoi ressemblait la rue principale de Vráble avant la Deuxième Guerre mondiale.

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    Eva à l’âge de 2 ans environ, peu après son arrivée à Vráble, avec sa tante Hedi (à gauche), sa mère (au centre) et sa grand-mère, Sari Weisz. 1939.

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    La famille maternelle d’Eva à Paks, en 1940. Deuxième à partir de la gauche, son grand-oncle, Wilie Rosenbaum; troisième à partir de la gauche, sa mère; Eva est au centre à côté de sa grand-mère, Sari Weisz; et, troisième à partir de la droite, le grand-oncle d’Eva, Matyi.

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    Eva (au centre) avec ses amies. Vráble, vers 1942.

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    Eva, âgée d’environ 5 ans. Vráble, 1942.

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    La nourrice d’Eva, Marka Piesikova. 1944.

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    Eva (troisième à partir de la droite) lors d’une fête de Pourim, après la guerre. Brno, 1947.

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    Eva, au fond à droite, à l’âge de 10 ans, avec ses amis Karl Hanak (à gauche), Rudy Hanak (deuxième à partir de la gauche) et Jiří Kadlec. Konĕšín, Tchécoslovaquie, 1948.

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    Eva et son amie Jiří. Brno, 1948.

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    Eva (à gauche), avec sa tante Hedvig (au centre), la sœur aînée de son père, et sa mère (à droite) au parc du Mont-Royal. C’est tante Hedvig qui a parrainé l’immigration de la famille Felsenburg au Canada. Montréal, 1949.

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    Eva, âgée de 11 ans. Brno, 1949.

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    Eva à l’âge de 19 ans avec sa mère, lors de la remise de son diplôme du Collège Macdonald. Sainte-Anne-de-Bellevue, Québec, 1956.

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    La ville natale d’Eva, Brno, avec une vue sur la forteresse du Spielberg à l’arrière-plan. 1987.

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    Le grand magasin Dom Moderné Brnĕnký (DMB) – « La Maison de la femme moderne de Brno » – où les parents d’Eva avaient leur commerce de fourrures avant la Deuxième Guerre mondiale. Brno, 1987.

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    La maison des grands-parents d’Eva à Vráble, en Slovaquie. 1987.

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    La famille d’Eva au mariage de sa fille Sarah. De gauche à droite : (à l’arrière-plan) le mari d’Eva, Herbert Marx; et son gendre, Andrew Shalit; (rangée du centre) Sarah; le fils d’Eva, Robert; la femme de Robert, Rena; et Eva; (assise devant) la mère d’Eva, Helen Felsenburg. 1995.

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    Les 95 ans de mère d’Eva, Helen Felsenburg. Montréal, 2003.

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    Les petites-filles d’Eva, Ella (à gauche), 9 ans, et Hannah, 6 ans. 2010.

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    Les petits-fils d’Eva, Harry, 6 ans, et David, 1 an. 2011.

Le livre

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Retenue par un fil / Une question de chance

J’avais toujours aimé les jeux d’imagination, mais ils m’avaient fait comprendre que celui-ci était bien réel. Je n’ai jamais trahi mon secret.

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Retenue par un fil / Une question de chance

Alors que la guerre faisait rage autour de nous, nous avons entendu à la BBC que les Allemands perdaient du terrain et se repliaient. Nous en avons été ravis. On aurait pu penser que les Allemands auraient concentré leurs efforts sur la manière de consolider leur force, mais au lieu de cela, ils continuaient à être obsédés par l’anéantissement des Juifs. Ils faisaient du porte-à-porte, fouillant les maisons à la recherche de Juifs cachés. Ils ont perquisitionné notre immeuble et sont montés jusqu’au troisième étage.

Une veuve, dont feu le mari avait été Juif, vivait au troisième étage, juste au-dessous du nôtre. Elle connaissait notre présence à l’étage au-dessus et manifestait sa sympathie à l’égard de notre situation. Une fois que les ss eurent fouillé son appartement, elle leur a dit avec désinvolture : « Ce n’est pas la peine de monter, il n’y a personne au-dessus. » Heureusement, les ss ont suivi son conseil et n’ont pas cherché plus loin. Il s’en était fallu de peu. L’aimable veuve avait risqué sa vie pour sauver les nôtres.

Fin mars 1945, lorsque l’Armée rouge a marché sur Vienne pour attaquer les bastions allemands, le conflit sanglant a explosé en Slovaquie. À Nitra, les sirènes ont retenti pour avertir la population qu’il fallait se rendre aux abris au moment où les bombes soviétiques ont commencé à tomber alentour. Nous entendions le vrombissement des bombardiers et le sifflement de leur cargaison mortelle audessus de nous, mais nous n’avions aucun endroit où nous mettre à couvert. Nous avions peur de fuir : en tant que Juifs, il nous fallait rester cachés mais il était trop dangereux de demeurer dans l’appartement. Nous avons alors pris conscience que le moment était venu d’abandonner notre cachette. Nous étions terrifiés à l’idée que l’on nous reconnaisse comme Juifs, mais nous n’avions pas le choix. Nous nous sommes habillés aussi discrètement que possible et nous avons quitté l’appartement où nous ne sommes jamais retournés.

Les gens fuyaient Nitra, emportant ce qu’ils pouvaient, cherchant à s’abriter contre des bombes qui étaient principalement dirigées sur le centre de la ville. Nous formions une masse humaine en mouvement. Juifs et non-Juifs s’enfuyaient à toutes jambes en direction du mont Zobor.

Mon père avait une peur tout à fait compréhensible qu’on nous repère en tant que Juifs et qu’on nous prenne pour cible. Je me souviens que je portais un fichu bleu et qu’il m’a alors crié : « Enlève ça ! Ne sais-tu pas que le bleu est une couleur juive ? » La tension engendrait une véritable paranoïa.

Nous avons marché péniblement toute la journée, essayant d’échapper aux bombardements et à la dévastation qui avaient enveloppé Nitra. Maisons et immeubles n’étaient plus que ruines autour de nous. Les déflagrations, le crépitement des tirs d’artillerie et le hurlement des sirènes nous accompagnaient. Au cours de ce long et difficile périple qui nous a conduits vers la montagne, les trois familles de notre groupe sont restées ensemble. Au moment où la nuit est tombée, nous avons trouvé une grotte. Bien qu’humide et froide, elle nous a servi d’abri. Pendant cette longue nuit, j’ai dormi dans le giron de ma mère. Reconnaissante de son amour et de sa protection, je me souviens encore de la tendre attention aimante et désintéressée, du sacrifice dont elle m’a fait bénéficier. Je savais combien cela avait dû être inconfortable pour elle et combien elle avait peu dormi dans cet affreux endroit.

Au matin, nous avons repris notre long et difficile chemin sans avoir idée de notre destination. Nous savions seulement qu’il nous fallait fuir, essayer de rester en vie, éviter les bombes qui tombaient autour de nous et espérer ne pas être abattus par les Allemands. Soudain, alors que nous étions au plus profond de la forêt, nous sommes tombés sur un grand édifice tout en bois. Nous avons vite compris qu’il s’agissait d’un monastère. Là, en pleine montagne, au beau milieu de la forêt, nous étions arrivés par hasard au monastère de Zobor, un havre de sécurité potentiel. Nous étions exténués et avions désespérément besoin d’un refuge, de nourriture et de répit. Comment allait-on nous accueillir ?

Nous avons frappé à la grande porte d’entrée. Un moine, revêtu d’une longue soutane brune, est apparu. À la vue de notre groupe débraillé et épuisé, il nous a aimablement laissés entrer. Il a dû immédiatement comprendre que nous étions des Juifs en fuite. Il nous a conduits à l’étage dans une vaste pièce confortable où il y avait assez de lits pour nous tous. Il nous a expliqué que, puisque nous étions juifs, il nous laissait la jouissance privée de ces quartiers. Il y avait apparemment aussi de nombreux réfugiés non juifs de Nitra dans le vaste rez-de-chaussée du monastère. Nous nous sommes allongés avec gratitude pour nous reposer, soulagés d’avoir trouvé un sanctuaire.