Le Programme des mémoires de survivants de l’Holocauste

Pinchas Gutter

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Né(e)
21 juillet 1932 Łódź, Pologne

Map of Mukacevo, Czechoslovakia

immigré(e)
1985 Toronto

À 10 ans, le jeune Pinchas est déporté du ghetto de Varsovie vers le camp de mise à mort de Majdanek, puis vers différents camps de concentration. Il se replie sur lui-même pour se protéger des horreurs dont il est témoin quotidiennement, faisant de son mieux pour passer inaperçu et ne pas attirer l’attention. Après sa libération, sa mémoire eidétique continue de le tourmenter dans des cauchemars et des souvenirs intrusifs, alors qu’il essaie d’élever une famille et de soigner ses blessures psychologiques.

En savoir plus sur Pinchas

Né le 21 juillet 1932 à Łódź, en Pologne, Pinchas Gutter est le seul survivant de sa famille proche. Suite à sa libération en 1945, il a vécu en Grande-Bretagne puis en France, en Israël, au Brésil et en Afrique du Sud avant d’émigrer au Canada en 1985. Il est le premier survivant de l’Holocauste dont le témoignage a été immortalisé de manière interactive, en trois dimensions, dans le cadre du projet New Dimensions in Testimony de la Shoah Foundation à USC (Université de Californie du Sud). Pinchas vit aujourd’hui à Toronto.

Photos et Artefacts

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    La synagogue Wilker, située au 56 de la rue Zachodnia à Łódźen Pologne. Celle-ci se trouvait à deux portes du lieu de naissance de Pinchas, situé au 54 de la même rue. La synagogue et le domicile de Pinchas ont aujourd’hui disparu. Construite entre 1875 et 1878, la synagogue a été détruite par les nazis en 1940. (Crédit photo : Synagoga Wilker Shul w Łodzi, Wikimedia Commons.)

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    Sabina Shpiegelglas, la tante de Pinchas, chez qui la famille Gutter a été hébergée à Varsovie après avoir fui Łódź, vers 1920.

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    Fête du mariage du cousin de Pinchas, Michael, avec Terenya Levinson. Dans la rangée du fond : oncle Moishe Shlome Levinson, le père de Terenya (tout à gauche) ; Libel Lipsker, le neveu du père de Pinchas (troisième en partant de la gauche) ; rav Krol (cinquième en partant de la gauche). Michael, le cousin que Pinchas a croisé à Skarżysko-Kamienna, est au premier rang, le troisième en partant de la gauche. Łódź, 1938.

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    Copies des deux premières pages de la Häftlings-Personal-Karte(carte personnelle de détenu) de Pinchas à Buchenwald, émise le 20 janvier 1945. On peut lire sur la carte que Pinchas a été arrêté car il était un Politische-Pole-Jude, un « Juif polonais politique ».

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    Copies des deux premières pages de la Häftlings-Personal-Karte(carte personnelle de détenu) de Pinchas à Buchenwald, émise le 20 janvier 1945. On peut lire sur la carte que Pinchas a été arrêté car il était un Politische-Pole-Jude, un « Juif polonais politique ».

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    Pages trois et quatre de la Häftlings-Personal-Karte. Comme sur le premier document, on lit en haut qu’il est né en 1927, Pinchas ayant, sur le conseil de son père, donné une fausse date de naissance aux nazis. En se déclarant plus âgé de cinq ans, il a ainsi pu survivre aux sélections. Janvier 1945.

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    Pages trois et quatre de la Häftlings-Personal-Karte. Comme sur le premier document, on lit en haut qu’il est né en 1927, Pinchas ayant, sur le conseil de son père, donné une fausse date de naissance aux nazis. En se déclarant plus âgé de cinq ans, il a ainsi pu survivre aux sélections. Janvier 1945.

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    Pinchas, âgé de 14 ans environ, portant son nouveau costume après la guerre. Ascot (Angleterre), 1946.

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    Pinchas (au second rang, deuxième en partant de la gauche) avec la famille Diamond, chez qui il a vécu en pension à Londres. Rangée du fond, de gauche à droite : Keith Friedman, un des gendre des Diamond ; Pinchas ; oncle Izzie et l’autre gendre des Diamond. Première rangée, de gauche à droite : David, le fils des Diamond ; Mme Diamond ; M. Diamond et leurs filles Helen et Golda. Londres, vers 1947.

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    Pinchas (à gauche) avec des amis, également survivants de l’Holocauste, en Angleterre, 1947.

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    Pinchas (debout, à gauche), avec son cousin rav Abraham Krol (assis, tenant l’assiette) et sa femme Andja Krol. Paris, 1949.

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    La famille Krol. Devant, de gauche à droite : Regina, la sœur de rav Krol ; Andja ; rav Krol. À l’arrière : Therese, la fille des Krol. France, vers 1949.

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    Pinchas posant devant sa nouvelle voiture. Paris, 1950.

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    Pinchas (à gauche), pose avec un ami à bord du SS Negbaà destination d’Israël, où il va s’engager dans l’armée. Décembre 1951.

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    Pinchas au volant d’une jeep de l’armée. Herzliya (Israël), 1952.

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    Pinchas (à droite) lors d’une fête d’officiers. Israël, 1953.

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    Pinchas en Israël en 1954.

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    Dorothy (née Gelcer) et Pinchas Gutter le jour de leur mariage. Londres, 6 janvier 1957.

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    La photo de mariage de Dorothy et Pinchas. Londres, 6 janvier 1957.

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    Pinchas officiant en tant que chantre à la synagogue Kiever de Kensington Market. Toronto, 1987. La congrégation a été fondée en 1912. Aujourd’hui encore, Pinchas y demeure chantre honoraire et permanent.

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    Alan Judelman remettant le Prix du président à Pinchas pour son travail de bienfaisance au Centre Baycrest en soins gériatriques. Toronto, 1989.

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    Pinchas, officiant en tant qu’aumônier, anime un Séder de Pessah au Queen Elizabeth Hospital, un centre de soins de longue durée. Toronto, début des années 2000.

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    Pinchas et Dorothy. Toronto, 1989.

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    La famille Gutter à Majdanek lors du tournage du documentaire de Stephen Smith The Void: In Search of Memory Lost (Le vide : à la recherche de la mémoire perdue]. De gauche à droite : Lauren, la belle-fille de Pinchas, son fils Jan, Pinchas, Dorothy, et leurs filles Rumi et Tanya. 2002.

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    Pinchas et Dorothy avec leur famille lors de l’hommage intitulé Treasures of Baycrest (Les trésors de Baycrest) qui honore les donateurs et ceux qui ont contribué leur temps pour s’occuper des personnes âgées de la communauté. Derrière (de gauche à droite) : Lauren, la belle-fille de Pinchas, son petit-fils Daniel, son fils Jan, son petit-fils Adam et sa fille Rumi. Devant : Pinchas et Dorothy. Toronto, 2004.

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    Lara, la petite-fille de Pinchas. Toronto, 2017.

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    Pinchas s’adresse aux enseignants participant au voyage d’étude sur l’Holocauste organisé par le Sarah and Chaim Neuberger Holocaust Education Centre, à l’endroit où était établi le ghetto de Varsovie. Varsovie, juillet 2016.

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    Pinchas devant le mur du ghetto de Varsovie, à l’occasion du voyage d’étude sur l’Holocauste pour les enseignants. Varsovie, 2016.

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    Voyage d’étude sur l’Holocauste pour les enseignants. Varsovie, 2016.

Le livre

Cover of Memories in Focus (Traduction française à venir)

Memories in Focus (Traduction française à venir)

J’ignore pourquoi je n’avais pas peur. Je crois que j’avais fait le vide dans ma tête. Je ne ressentais plus rien. Je m’étais isolé de ce qui se passait autour de moi. C’était comme si mes yeux étaient devenus des caméras et mon cerveau un écran. Je mémorisais tout passivement, sans ressentir la moindre émotion.

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Memories in Focus (Traduction française à venir)

Souvenirs du soulèvement du ghetto de Varsovie

J’avais emmené mon livre Autant en emporte le vent dans notre abri, je le lisais depuis un moment déjà, je l’ai alors relu d’une seule traite à plusieurs reprises. Notre abri devait être éclairé et muni d’une petite trappe qu’on pouvait ouvrir pour faire rentrer un peu d’air frais durant la nuit, lorsque les nazis n’effectuaient pas de ronde. Malgré cela, il fallait rester prudent lorsque nous quittions notre refuge ; des informateurs sortaient le soir, se mêlait aux gens et les suppliaient de les laisser entrer dans leurs abris. C’est ainsi qu’ils prenaient connaissance des lieux où nous nous cachions. Le lendemain, ils en révélaient l’existence aux Allemands qui, armés de lance-flammes et de toute leur artillerie, venaient avertir leurs occupants que si ceux-ci ne sortaient pas dans la demi-heure, ils réduiraient leur refuge en cendres. Voilà comment les Allemands ont fini par détruire entièrement le ghetto.

Nous sommes restés environ trois semaines dans notre abri. Les derniers jours, nous n’en sortions plus, nous ne voulions pas nous aventurer à l’extérieur. Les gens s'exprimaient seulement à voix basse, et celle-ci révélait une certaine forme d’hystérie. Puis, durant la première semaine de mai, sans vraiment être surpris, nous avons entendu des coups frappés sur la trappe, et des voix ont résonné à travers les conduits d’aération. Ils nous avaient débusqués. Les voix — je ne me souviens plus si elles étaient allemandes ou polonaises — nous disaient que si nous ne sortions pas dans la demi-heure, ils allaient lancer une bombe à gaz dans l’abri et nous allions tous mourir.  En sortant, nous avons vu des Allemands munis de mitrailleuses ; ils ont quand même incendié l’immeuble.

Je garde en mémoire une image bien précise : en sortant de l’abri, nous avons vu des parachutistes allemands vêtus de noir, tels le diable en personne, affublés de casques noirs et munis de mitraillettes sanglées en travers de la poitrine. Ils ne cessaient de crier : « Hände hoch ! Hände hoch ! Nicht schießen!» (Les mains en l’air ! Les mains en l’air ! Ne tirez pas !). Pensant que nous étions armés, ils avaient peur de nous. J’ai ressenti une énorme fierté.

Ils nous ont fouillés et forcés à nous allonger près de l’immeuble, nous plaçant sous la surveillance de soldats ukrainiens. Dorénavant, les collaborateurs étaient ukrainiens, lettons ou lituaniens. Nous sommes restés ainsi un long moment, tandis qu’ils rassemblaient les habitants, les regroupant en files. Il faisait sombre quand nous nous sommes mis en marche, au milieu des bâtiments en flammes. Certains prisonniers tentaient de s’échapper, quittant leur file en courant ; un homme a détalé tout droit vers les flammes d’un bâtiment en feu tandis qu’un des gardes l’a visé et a déchargé son arme sur lui. Hilare, il ne semblait même pas se soucier d’avoir atteint sa cible ou non, car peu lui importait que l’homme meure par balle ou brûlé vif. Ce souvenir a été le premier à me hanter régulièrement dans mes cauchemars. Pendant des années, j’ai rêvé qu’on me tirait dans le dos et que je mourais après m’être jeté dans les flammes.