Le Programme des mémoires de survivants de l’Holocauste

Zsuzsanna Fischer Spiro

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Né(e)
18 novembre 1925 Tornyospálca, Hongrie

Map of Mukacevo, Czechoslovakia

immigré(e)
1957 Toronto

Zsuzsanna Fischer est jetée dans la tourmente quand l’Allemagne commence à occuper la Hongrie et brise le cours de son enfance paisible. Au printemps 1944, alors qu’elle est envoyée dans des ghettos puis à Auschwitz, Zsuzsanna trouve refuge auprès de celles qui ont toujours été présentes dans sa vie, ses grandes sœurs. Voici un aperçu de l’amour féroce d’une sœur et de l’incroyable épreuve qu’elle a traversée pour survivre.

À propos de Zsuzsanna

Zsuzsanna Fischer est née en 1925 à Tornyospálca, en Hongrie. Après la guerre, elle s’est mariée à Joseph Spiro, survivant de l’Holocauste. Ils ont vécu à Budapest avec leurs deux fils jusqu’à l’insurrection de 1956 – un événement relaté par Zsuzsanna dans son journal – et ont émigré au Canada en 1957. Zsuzsanna Spiro est décédée à Toronto le 17 août 2016.

Photos et Artefacts

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    Le grand-père paternel de Zsuzsanna, Elias, avec son père Ervin et ses oncles Laszlo et Miklos. Kisvárda, vers 1900.

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    Gizella (Funk) Fischer, la mère de Zsuzsanna. Date inconnue.

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    Zsuzsanna à l’âge de 10 ans (troisième en partant de la gauche) avec ses frères Endre (tout à gauche) et Tibor, et sa grande sœur Klara. Tornyospálca, vers 1935.

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    La famille Fischer avant la guerre. Debout au second plan, de gauche à droite : Klara, Endre, Tibor et Zsuzsanna. Devant : leur mère Gizella et leur père Ervin. Kisvárda, 1942.

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    Le journal que Zsuzsanna a commencé à écrire à Leipzig, en Allemagne, 1945.

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    Zsuzsanna (tout à gauche), Tibor et Klara avec leur père Ervin, après la guerre.

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    Zsuzsanna à Kisvárda, 1946.

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    À Budapest, 1949.

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    Photo du mariage de Zsuzsanna (Susan) et Józsi (Joseph) Spiro. Budapest, 11 Septembre 1949.

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    Zsuzsanna et Józsi, 1983.

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    Zsuzsanna avec un chandelier de l’ancienne synagogue de Kisvárda.

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    Zsuzsanna et Józsi, 2010.

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    Avec ses enfants et petits-enfants, en 2013. Au second plan, de gauche à droite : Jason, Eli, sa belle-fille Frances et ses fils Peter et David. Au premier plan, de gauche à droite : Zsuzsanna, Hannah, sa belle-fille Rachel avec Shoshana, Devorah, Jacob et Ariel.

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    Lors de la célébration de la Préservation de la Mémoire de 2014, en compagnie de Fran Weisman (tout à gauche), la bénévole qui l’aidée à écrire ses mémoires, et les petits-enfants de Zsuzsanna, Ariel, Devorah, Jacob, Shoshana et Hannah.

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    Zsuzsanna montre le numéro qu’on lui a tatoué à Auschwitz-Birkenau.

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    Cérémonie d’illumination de bougies lors du Jour commémoratif de l’Holocauste, 2015.

Le livre

Cover of In Fragile Moments (Traduction française à venir)

In Fragile Moments (Traduction française à venir)

Je ne suis plus celle que j’étais… L’espoir est tout ce qu’il me reste.

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In Fragile Moments (Traduction française à venir)

Tout a changé à jamais

Le 19 mars 1944 restera à jamais gravé dans ma mémoire. C’est à cette date que notre horrible avenir a été scellé. Ce jour-là, les Allemands ont envahi Budapest et pris le contrôle de la Hongrie. Le bruit courait que les Juifs vivant à la campagne étaient plus en sécurité que ceux de Budapest, mais hélas, c’était faux. La plupart des Juifs qui avaient quitté Budapest en croyant qu’ils seraient en sécurité ont péri à Auschwitz. Les Hongrois chrétiens, nos « chers » concitoyens, nous ont laissés à la merci des Allemands. Ceux qui étaient nos amis sont devenus nos ennemis et nous ont tourné le dos comme si nous avions la peste. De nouvelles lois contre les Juifs ont été mises en place. L’une d’elle stipulait que tous les Juifs devaient porter une étoile jaune. Je me souviens du jour où l’on a reçu l’ordre de porter cette étoile comme si c’était hier et, depuis lors, je déteste le jaune. Pendant des journées, je ne suis pas sortie de la maison, non que j’avais honte d’être juive, mais parce que je me sentais attaquée au plus profond de moi. Plus ils s’en prenaient à nous, plus j’étais fière d’être juive, mais je ne sortais que si c’était vraiment nécessaire. Malgré mes 18 ans, je ne voulais voir personne. Tout m’énervait. Je n’avais pas conscience que j’aurais dû profiter de ces moments car mon univers allait basculer dans les semaines à venir. Je ne savais pas que je vivais les derniers jours où nous étions encore réunis, mes parents, ma sœur Klari, mon frère Tibi et moi. Comment imaginer que le diable était sorti de l’enfer?

Début avril 1944, durant la Pâque, la population juive des villages alentours a été conduite au ghetto de Kisvárda. Ces pauvres gens n’ont eu le droit d’emporter que des vêtements de rechange et un peu de nourriture. Fin avril, nous aussi avons dû quitter notre domicile et rejoindre le Ghetto qui avait été mis en place dans le quartier le plus densément peuplé de Juifs, celui qui entoure la synagogue et les rues Csillag et Petőfi. Tous les Juifs vivant dans un rayon de trente à quarante kilomètres de Kisvárda ont été conduits et entassés dans ce Ghetto au périmètre si réduit.

Chacun en ville savait où se trouvait le Ghetto. Il était gardé par des gendarmes hongrois et des barrières en fermaient les voies d’accès. Par chance, ma famille avait des proches qui habitaient dans une rue du Ghetto et nous avons pu loger chez eux. Nous dormions par terre et devions partager notre espace avec des inconnus. Personne n’avait sa propre chambre. Je ne me souviens pas comment nous parvenions à nous nourrir car on ne nous ravitaillait pas. Comme il n’y avait rien à faire au Ghetto, j’aidais les mères à s’occuper de leurs enfants et je rendais aussi service à la cuisine communale. La plupart des hommes étaient absents, envoyés dans des camps de travaux forcés. Nous vivions dans une peur croissante, mais nous gardions espoir que la situation s’améliore.

Fin mai 1944, tous les Juifs du Ghetto ont été déportés. Quelques jours avant le début des déportations, j’ai vu pour la première fois un officier allemand. Beaucoup d’autres sont arrivés peu après, et immédiatement nous ont forcés de rester debout en rangs pendant des heures, le temps qu’ils nous comptent. Ils ont établi une liste de tous les noms mais je n’en ai jamais compris la raison car, en quelques jours, beaucoup des déportés étaient morts dans l’anonymat et ceux qui étaient encore en vie et en mesure de travailler étaient devenus des squelettes méconnaissables. Nous étions réduits à n’être plus que des numéros sur les listes de nos assassins.

Les habitants du Ghetto ont été séparés en deux convois. Le premier est parti le lundi 29 mai et le second le mercredi 31 mai 1944. La rumeur disait que nous étions envoyés en Allemagne et que les plus jeunes allaient travailler pendant que les personnes âgées s’occuperaient des enfants. Nous ignorions totalement où l’on nous conduisait. Nous savions simplement qui était dans le premier convoi et que ceux de notre rue partaient avec le second. Nous étions donc heureux d’avoir encore deux jours à passer ensemble en famille. Nous avons pleuré au moment de dire au revoir à nos proches et à nos amis qui partaient avec le premier convoi et, sans savoir pourquoi, nous pressentions que nous ne les reverrions plus jamais.

Deux jours plus tard, c’était au tour des habitants du second convoi de se préparer. Nous avons dû également nous tenir debout en rangs avec les quelques sacs que nous possédions. Nous n’avions rien d’autre, mais j’aurais préféré que les Allemands nous prennent tout, y compris les vêtements sur nos morts, pour avoir le droit de rester ensemble. Je n’ai pas de mot pour décrire la situation terrible que nous vivions. Personne ne peut imaginer une telle horreur. Aujourd’hui, je ne peux retenir mes larmes en repensant aux vieilles personnes malades qui voulaient simplement mourir en paix là où elles étaient nées, ou à ces bébés innocents qui ne pouvaient faire de mal à personne mais qui sont morts du seul fait d’être nés Juifs.