Le Programme des mémoires de survivants de l’Holocauste

Tommy Dick

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Né(e)
17 avril 1925 Budapest, Hongrie

Map of Mukacevo, Czechoslovakia

immigré(e)
1948 Calgary

Tommy Dick, dix-neuf ans, est assassiné. Mais il va miraculeusement survivre. Né dans une famille juive hongroise qui avait renoncé au judaïsme, l’auteur se rend rapidement compte qu’aux yeux des nazis, il est resté « un Juif », une cible à abattre. En cavale et déguisé, il est poursuivi par la mort, mais la chance lui sourit. Objectif : survvre, récit saisissant et captivant, décrit comment il fut possible, à une époque des plus cruelles, grâce aux actes de bravoure accomplis par d’autres, à des amitiés inébranlables et à l’extraordinaire vivacité d’esprit de l’auteur, d’élaborer le plan qui permettra de sauver la vie de ce jeune homme aventureux et déterminé.

À propos de Tommy

Tommy Dick est né en 1925 à Budapest, en Hongrie. En 1948, il a immigré au Canada et quelques années plus tard, il s’est installé à Calgary. À l’âge de 36 ans, Tommy s’est inscrit à la faculté de droit de l’Université de Calgary, puis a ensuite exercé la profession d’avocat dans cette même ville durant 30 ans. Tommy Dick est décédé en 1999.

Photos et Artefacts

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    Tom, comme un adolescent.

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    Tommy Dick, adolescent, en Autriche.

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    Tommy en Autriche. Vers 1947.

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    Tommy Dick, travaillant comme représentant régional de l’Organisation internationale des réfugiés. Autriche, vers 1947.

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    Tommy et Lilian Dick au cours de leur lune de miel. Californie, États-Unis, 1954.

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    Tom et sa mère, Clara, venue en visite à Linz avant le départ de Tommy pour le Canada.

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    Tommy Dick, Ivan Ronec et Peter Fargo, des amis d’enfance de Budapest. San Francisco, États-Unis, 1958.

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    Tommy Dick, diplômé en droit de l’Université de l’Alberta. 1967.

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    Andris Beck (avec qui Tommy Dick a été arrêté), Clara (la mère de Tommy), Tommy et Lilian (sa femme).

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    Célébration en famille du 90e anniversaire de naissance de la mère de Tommy, Clara Dick. 1988.

Le livre

Cover of Objectif : survivre
Lauréat de la Médaille d’Argent des Independent Publisher Book Awards 2008

Objectif : survivre

Il a pointé son fusil et sa baïonnette dans ma direction et m’a ordonné de m’arrêter. Ma mâchoire, pendante, était en sang. J’étais incapable de parler et je tremblais.

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Objectif : survivre

L’Occupation allemande

J’ai été envoyé dans un camp de travail quelque part dans la banlieue de Budapest, soit à Kispest (« la petite Pest », située au sud de la ville) soit à Újpest (« la nouvelle Pest », plus au nord). Je suis resté dans la banlieue de Budapest tout le temps que j’ai effectué des travaux forcés. Dans le camp principal, certes le chef et les gardes restaient indifférents à notre sort, mais ils n’étaient pas sadiques. Les détenus étaient représentatifs de l’ensemble de la société juive hongroise. Il y avait parmi nous des Juifs orthodoxes qui portaient la kippa en travaillant et priaient tous les soirs en châle de prière et des Juifs assimilés – ceux qui n’étaient pas juifs dans le sens religieux du terme, mais qui se retrouvaient « juifs » en vertu du décret de Hitler. Les travailleurs forcés étaient de tous horizons sociaux, de tous âges, de tous niveaux d’études. Je maniais la pelle aux côtés du Dr Schisha, le chirurgien vasculaire qui m’avait opéré des varices quand j’avais 14 ans, et d’un juge de la Kúria, la plus haute cour du pays. Il y avait bien sûr beaucoup d’autres personnes bien moins notables. La nourriture était correcte. Le plus souvent, c’était du mouton qui ne sentait pas bon, mais des colis venus de la maison venaient améliorer l’ordinaire. Nous avions de temps à autre des laissez-passer pour la journée et nous pouvions rentrer chez nous, retrouver nos familles et nos amis, prendre un bain chaud et savourer la cuisine familiale. Ainsi allait la vie dans le camp principal. De la mi-juillet à la mi-septembre, j’ai été envoyé, avec de nombreux autres jeunes provenant de différents camps situés à l’extérieur de Budapest, à Háros-sziget, une île située au sud de l’île de Csepel, au sud de Budapest. Cette expérience a été d’une dureté extrême. Elle a été pire que la précédente du fait du sadisme du chef de camp et de la méchanceté et de la malveillance des gardes qui travaillaient sous ses ordres. Les décombres de la ville bombardée étaient transportés sur l’île par camion et déversés en tas de forme pyramidale. Notre travail consistait à niveler rapidement ces pyramides. Je me rappelle le moment où sont arrivés sur l’île de gros blocs provenant des toits en verre armé de nos gares bombardées. Sans gants de travail, nous devions les casser en petits morceaux et manier ces fragments coupants et sales. Officiellement, le travail avait pour but de combler la partie marécageuse de l’île. Mais en fait, il s’agissait simplement de nous faire travailler, puisque tout ce fatras aurait pu être transporté et déversé directement des camions dans les marais.

Vers la mi-septembre, un nouveau groupe est venu prendre le relais et nous sommes donc retournés dans le camp principal. Des laissez-passer d’une journée étaient distribués occasionnellement et il m’arrivait parfois de rentrer à la maison en même temps que mon père et que Jancsi. Ils travaillaient dans des camps différents à Budapest et tenaient bien le coup. Maman habitait notre appartement au numéro 6 ter de la rue Hold. Son frère Feri, la femme de ce dernier, Blanka, et plusieurs amis avaient emménagé avec elle. Chaque chambre abritait une famille, ce qui réduisait le risque que les autorités n’installent des étrangers dans l’appartement.

C’est dans cette atmosphère que, le 15 octobre 1944, nous nous sommes tous retrouvés à la maison au moment où nous avons entendu à la radio, en milieu de journée, l’amiral Horthy parler à la nation. Il a avoué que l’Allemagne et la Hongrie avaient quasiment perdu la guerre. Il appelait la population à éviter toute autre effusion de sang et à arrêter de résister à l’armée soviétique qui se trouvait à environ 50 kilomètres à l’est de Budapest. La nouvelle nous a remplis de joie. Nous nous sommes tous mis à rire, à crier et à nous embrasser, pensant que ce discours annonçait la fin de la guerre et que nous avions tous miraculeusement survécu. Nous savions que la majorité des Juifs qui habitaient la campagne, à l’extérieur de la capitale, avaient été déportés et tués. Mais le revirement soudain de Horthy, très certaine-ment motivé par le désir de modifier son image de collaborateur en prévision de l’après-guerre, nous accordait un sursis. Nous pensions que les nazis avaient fait leur temps. Les Soviétiques arriveraient bientôt et tout irait bien.

L’euphorie a duré à peine une heure. Puis nous avons commencé à recevoir des nouvelles contradictoires. Finalement, nous avons appris que Horthy avait été arrêté par la Gestapo et que Ferenc Szálasi, le chef du parti d’extrême droite des Croix-Fléchées, avait été désigné par les Allemands pour constituer un nouveau gouvernement. Dans l’après-midi même, il entamait son règne de terreur.

C’est cet après-midi-là aussi que je voyais mon père pour la dernière fois. Nous avons eu une longue conversation et nous nous sommes entendus sur deux choses : premièrement, tant que nos camps respectifs se trouvaient à Budapest, nous y serions plus en sécurité que si nous essayions de nous échapper et de nous cacher immédiatement et, deuxièmement, juste avant que les camps ne soient déplacés, nous ferions tout notre possible pour nous enfuir afin d’échapper à la déportation.