Le Programme des mémoires de survivants de l’Holocauste

Paul-Henri Rips

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Né(e)
23 octobre 1929 Anvers, Belgique

Map of Mukacevo, Czechoslovakia

Immigré(e)
1997 Toronto

Paul-Henri Rips, fils d’un diamantaire de la célèbre bourse du diamant d’Anvers, était âgé de dix ans lorsque les nazis ont envahi la Belgique en mai 1940, mettant un terme définitif à ce qu’il appelle sa « jeunesse dorée ». Ces mémoires fascinants donnent à voir à travers ses yeux d’enfant les expériences d’une famille avec pour toile de fond des événements de dimension internationale. Guidé par deux recommandations que lui a faites son père : « A klapt vargayt, a wort bestayt » (Un coup reçu peut s’oublier, mais un mot reste pour toujours) et « Sei a mensch » (Sois quelqu’un de bien), Rips nous transmet sa foi inébranlable en l’importance de conserver son humanité face à l’incommensurable inhumanité.

À propos de Paul-Henri

Paul-Henri Rips est né en 1929, à Anvers, en Belgique. Il a quitté sa ville natale en 1950 pour s’établir d’abord au Congo belge, puis en Afrique du Sud, où il a épousé sa femme, Lily. En 1997, Paul-Henri et Lily ont immigré à Toronto pour y retrouver leurs enfants et leurs petits-enfants.

Photos et Objets

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    Paul-Henri Rips à l’âge de 2 ans, en compagnie de sa sœur Sina, 5 ans, et de ses tantes Pessia (à gauche) et Rachel (à droite), à la station balnéaire du Zoute. Été 1932.

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    Faja et Sina Rips, la mère et la sœur de Paul-Henri. Vers 1932.

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    Les parents de Paul-Henri, Faja et Isidore, ainsi que Sina, sa sœur, devant la maison familiale d’Anvers. Vers 1932.

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    De gauche à droite : Bella (une cousine de Paul-Henri); Raya (une amie de la famille); Sina, 8 ans; et Paul-Henri, 5 ans. Le Zoute, été 1935.

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    Les dernières vacances en famille des Rips à Nice (France). 1938.

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    La foule regarde l’incendie de la synagogue de l’avenue Van den Nest pendant le pogrom d’Anvers, le 14 avril 1941. Les pompiers sont présents sur les lieux, mais n’interviennent pas. © Musée juif de la Déportation et de la Résistance, Malines (Belgique) – Fonds Van Oeteren.

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    La foule regarde l’incendie de la synagogue de l’avenue Van den Nest pendant le pogrom d’Anvers, le 14 avril 1941. Les pompiers sont présents sur les lieux, mais n’interviennent pas. © Musée juif de la Déportation et de la Résistance, Malines (Belgique) – Fonds Van Oeteren.

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    La cour de la caserne Dossin, à Malines, en Belgique, servant de camp de transit, lors de l’arrivée d’un groupe de Juifs récemment arrêtés. Été 1942. © Musée juif de la Déportation et de la Résistance, Malines – Fonds Kummer.

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    Photographie du camp de Pithiviers. Le père de Paul-Henri y passait ses journées dans les baraques de l’infirmerie, no 1 et no 2, qui étaient séparées du reste du camp par une barrière et des barbelés. Pithiviers, 1941-1942. © Cercil, Orléans (France)

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    La Citadelle de Liège (Belgique), où Paul-Henri a été détenu à la suite de son arrestation à l’école du Château de Bassines à l’automne 1943. Les enfants de l’école ont été temporairement logés à l’étage du « pavillon des réfractaires », le bâtiment situé à l’arrière-plan, au centre, sur la photo.

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    Paul-Henri, âgé de 15 ans. Bruxelles, 1944.

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    La sœur de Paul-Henri, Sina, à 18 ans, au balcon du 51, avenue Montjoie peu après la libération de Bruxelles en 1944.

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    Charles et Adèle Frantz, ainsi que leur fille, Berthe Lemlyn, qui ont caché Paul-Henri, sa mère, Faja, et sa sœur, Sina, des nazis. Bruxelles, 1944.

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    Faja, la mère de Paul-Henri, et Sina, sa sœur, avec la grand-mère de Paul-Henri au domicile familial des Rips à Anvers, en 1945.

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    Une photo récente de l’hôpital Louis Pasteur à Dole (France), où Paul-Henri a été admis pendant quelques semaines après l’arrestation de sa famille en septembre 1941.

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    Un dessin par Paul-Henri de sa chambre à l’hôpital Louis Pasteur.

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    Fac-similé de la lettre écrite par le commandant du camp d’internement de Pithiviers en date du 23 octobre 1941 documentant l’arrestation de Paul-Henri Rips et de sa famille, ainsi que de leur convoyeur Albert Boruchowitz, alors qu’ils tentaient de traverser la ligne de démarcation dans les environs de Dole en septembre 1941. (Image 1 de 2) © Archives départementales du Loiret 138 w 25864

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    (Image 2 de 2)

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    Fac-similé de la lettre écrite en allemand par M. Martin-Sané, préfet délégué du Loiret, au commandant de la Feldkommandantur d’Orléans, en date du 24 mars 1942, lui conseillant d’autoriser la libération de la famille Rips en raison de l’état de santé d’Isidore Rips. © Archives départementales du Loiret 15 w 6282

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    Fac-similé de la lettre écrite en allemand par M. Martin-Sané au commandant de la Feldkommandantur d’Orléans, en date du 9 mai 1942, l’informant que la famille Rips a été escortée jusqu’à la frontière franco-belge de Givet par deux inspecteurs de la police spéciale le 28 avril 1942. © Archives départementales du Loiret 15 w 6282

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    Fac-similé du mot jeté par Paul-Henri Rips depuis le train reliant Liège à Malines, le 16 novembre 1943. Le mot est adressé à la mère et à la sœur de Paul-Henri, leur indiquant que le groupe d’enfants quitte la citadelle de Liège pour une destination inconnue, probablement Malines. Le mot est signé Henri Ryckmans, le nom figurant sur les faux papiers de Paul-Henri, et mentionne la présence de Joseph Perelman dans le train. © Musée juif de Belgique, Bruxelles, no 06136

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    Sur cette page, Paul-Henri remercie par avance la personne se trouvant en possession du mot d’avoir la bonté de l’envoyer à l’adresse indiquée. Le mot a effectivement été trouvé et acheminé jusqu’à la mère de Paul-Henri à Bruxelles. © Musée juif de Belgique, Bruxelles, no 06136

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    Ce dessin de Paul-Henri est un plan sommaire du dortoir qu’il partageait à la caserne Dossin avec 170 hommes, femmes et enfants qui avaient également reçu une carte de type « E ». Le lit qu’occupait Paul-Henri avec les jeunes frères Arouette est marqué d’une croix et se trouve vers le milieu du côté gauche. La section réservée aux garçons du Château de Bassines se trouve en bas à gauche et est entourée d’une ligne pointillée.

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    Ce dessin de Kurt Lewy, un détenu de la caserne Dossin à Malines, dépeint les inspections des pieds décrites par Paul-Henri Rips. Les SS étaient très préoccupés par l’hygiène des pieds et menaient des inspections inopinées, souvent nocturnes. Afin de faciliter ces inspections, les détenus étaient censés dormir les pieds nus et dépassant des couvertures. © Fonds Felix-Nussbaum-Haus, Osnabrück

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    Plan du camp de Pithiviers. Le père de Paul-Henri y passait ses journées dans les baraques de l’infirmerie, no 1 et no 2, qui étaient séparées du reste du camp par une barrière et des barbelés. Pithiviers, 1941-42. © Cercil, Orléans (France)

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    Photo récente de la maison du 51, avenue Montjoie, à Bruxelles, où Berthe et Willy Lemlyn, ainsi que Charles et Adèle Frantz, les parents de Berthe, ont caché Paul-Henri, sa mère, Faja, et sa sœur, Sina, des nazis.

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    Une carte de type « E » semblable à celle que Paul-Henri Rips, matricule E/96, devait porter autour du cou lors des appels à la caserne Dossin, à Malines, en Belgique. © Archives de la Fondation Auschwitz, Bruxelles

Le livre

Cover of Matricule E/96
Lauréat de la Médaille d’Or des Moonbeam Children’s Book Awards 2009

Matricule E/96

« Ne bougez pas ! N’ouvrez pas la porte ! » Je dois avouer que j’avais les jambes flageolantes et que je tremblais de façon incontrôlable. Sina a attrapé son imperméable et a déclaré : « Je m’en vais. Ils vont revenir et je n’ai aucune envie d’être arrêtée et de finir dans un camp. »

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Matricule E/96

Cette nuit-là, nous avons dormi sur ce que nous avons trouvé et comme j’avais dix ans et que j’étais épuisé, je me suis juste étendu sur le sol à côté du camion et je me suis endormi. Nous n’avions pas grand-chose à manger, seulement les restes des provisions que nous avions réussi à recueillir les deux jours précédents. Le lendemain, j’ai été réveillé à l’aube par mes parents et à nouveau, nous avons repris notre route. Le chauffeur s’était arrangé pour obtenir de l’essence et du pain dans une ferme ou dans le hameau que nous avions traversé. Il semblait que même dans cette confusion, on pouvait trouver l’essentiel – en y mettant le prix.

Nous voulions traverser la Somme, pensant être plus en sécurité de l’autre côté, mais nous ne l’avons jamais atteinte. L’armée allemande y était arrivée avant nous et avait été temporairement stoppée par la destruction d’un pont. Il y avait des réfugiés qui rentraient chez eux, incitant les gens à s’en retourner et leur disant que la guerre était finie pour eux. Tout se passait de façon fort civile, avec de jeunes soldats allemands souriants se réjouissant de leur victoire dans la bataille. Ils nous ont offert du pain, des conserves et des Leberwurst, les fameuses saucisses de foie. Quand ils ont su que nous manquions d’huile et d’essence, ils sont descendus de leur voiture blindée, ont rampé dessous et ont siphonné de l’huile de leur moteur qu’ils nous ont remise. C’était un soulagement pour nous car le vieux camion perdait dangereusement son huile. Toujours avec de grands sourires, ils nous ont aussi donné de l’essence, répétant sans arrêt que la guerre était finie pour nous et que nous devions rentrer à la maison. Incapable de faire autre chose, nous avons fait demi-tour et nous sommes repartis vers le nord, vers la Belgique, Anvers et notre maison.

Le vétéran juif de la Première Guerre mondiale qui avait rejoint notre groupe à La Panne ne cachait pas son aversion pour les Allemands et malgré les avertissements de tous les adultes, persistait à se déclarer vétéran belge et juif. Nous nous sommes arrêtés à Amiens pour prendre de l’essence à la Kommandantur – le quartier général militaire allemand – et nous y avons trouvé le commandant, un homme de grande taille, aux cheveux gris, qui se tenait juste devant. Quelqu’un l’avait peut-être averti de la présence du vétéran juif ou peut-être estce à cause de l’insistance de ce dernier à affirmer si ostensiblement son identité et son opinion des Allemands. Toujours est-il que l’officier a ordonné au vieil homme de descendre du camion, menaçant de ne pas nous donner d’essence s’il n’obtempérait pas. « Vous, le Juif, vous marchez » a-t-il dit. Nous avons continué le coeur gros. Tout au long de notre voyage de retour vers Anvers, nous avons constaté les marques de la défaite des troupes alliées et l’écrasante domination de l’armée allemande. Toujours plus de chars – petits, moyens et gros – grondaient sur les routes, repoussant les colonnes de réfugiés sur les bas-côtés. Où que nous regardions dans les champs au-delà de la route, il y avait des soldats allemands nettoyant leurs armes et leurs machines. Et au-dessus de tout ce spectacle, le soleil brillait de façon incongrue dans un ciel parfaitement bleu.