Le Programme des mémoires de survivants de l’Holocauste

Muguette Myers

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Né(e)
05 décembre 1931 Paris, France

Map of Mukacevo, Czechoslovakia

immigré(e)
1947 Montréal

De l’effervescence de Paris au pittoresque village de Champlost, en France, Les lieux du courage raconte l’histoire de la jeune Muguette Szpajzer, âgée de 10 ans, et de sa famille qui tentent de trouver un abri sûr durant la guerre. Les mémoires de Muguette sont relatées en une série de brefs épisodes teintés du charme et de l’innocence de l’enfance. Ils offrent un riche aperçu de la vie rurale en temps de guerre et rendent hommage au courage sans faille de sa mère et des habitants de Champlost.

À propos de Muguette

Muguette Szpajzer-Myers est née en 1931 à Paris, en France. En 1947, elle, son frère aîné et leur mère ont immigré à Montréal, où Muguette a plus tard fondé une famille et œuvré comme traductrice. En 2005, Muguette Myers est retournée à Champlost, en France, à l’occasion d’une cérémonie en hommage à quatre membres de la communauté à qui Yad Vashem a décerné le titre de Juste parmi les nations pour avoir caché Muguette et sa famille pendant la guerre.

Photos et Artefacts

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    Les grands-parents paternels de Muguette, les Szpajzer, avec leurs enfants, Berek (à gauche), Salah (au centre) et Isaac (à droite). Varsovie, 26 octobre 1925.

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    Les parents de Muguette, Abraham Szpajzer et Bella Fiszman. Pologne, 1926.

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    Muguette, à l’âge de 9 ans (assise, à gauche) avec sa famille à Paris. À l’arrière-plan : la tante de Muguette, Deeneh (à gauche) et la mère de Muguette, Bella. À l’avant-plan, de gauche à droite : la grand-mère maternelle de Muguette; son frère, Jojo; et son oncle Yidele. 1940.

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    Le Bois Mouchet, où Muguette a vécu durant neuf mois durant la guerre.

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    La famille Roy, qui a hébergé Muguette et son frère, Jojo, durant la guerre. De gauche à droite : Marcel, M. Basile, Mme Basile (Léonide) et Maurice. Champlost, vers 1940.

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    Le frère de Muguette, Jojo (à l’arrière-plan, quatrième à partir de la gauche), à l’âge de 14 ans avec sa classe à Champlost. Vers 1940.

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    Les Savigny, que Muguette appelait Oncle et Tante. Le Bois Mouchet, vers 1942.

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    Des amis de Muguette à Champlost. À l’arrière-plan, de gauche à droite : Bernard Monjardet, Pierre Thierry, Jacques Delagneau, Yvonne Thierry, Colette Parigot, Mireille Voituret et Lucette Petit. À l’avant-plan, de gauche à droite : Jean-Pierre Voituret, Claude Voituret, Suzanne Savigny et Giselle. Photo prise à l’extérieur de la maison Monjardet, vers 1942.

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    Photographie d’école de Muguette, âgée de 10 ans. Champlost, 1942.

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    Le frère de Muguette, Jojo, à l’âge de 16 ans. Champlost, 1942.

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    Muguette au mariage de Marguerite Savigny et Maurice Roy. À l’arrière-plan : Lucette Savigny (quatrième à partir de la gauche); Jeannette Savigny (sixième à partir de la gauche); Suzanne Savigny (troisième à partir de la droite); et Muguette (à l’extrême droite). À l’avant-plan : la mère de Muguette, Bella (à l’extrême gauche); Maurice Roy et Marguerite Savigny; M. et Mme Savigny (assis à côté de leur fille); et Gilbert Savigny (troisième à partir de la droite). Le Bois Mouchet, 1942.

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    Désiré et Marie Nizier, les amis qui habitaient au-dessous de chez Muguette et sa mère à Champlost. Date inconnue.

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    Madame Bérault, l’enseignante adorée de Muguette. Champlost, 1942.

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    L’intérieur de l’église de Champlost, le village où Muguette a vécu pendant la guerre.

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    Notice nécrologique de l’abbé Henri Tallard, curé à Champlost au moment où Muguette y était cachée pendant la guerre. 1945.

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    Muguette avec sa mère, Bella, après la guerre. Paris, vers 1946.

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    Allocution de Muguette à l’occasion de la cérémonie de remise du titre de Justes parmi les nations par Yad Vashem aux familles Roy et Nizier. Champlost, juin 2005.

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    Médaille des « Justes parmi les nations » remise par Yad Vashem à la famille Nizier. La médaille est exposée au Musée de la Résistance à Joigny, près de Champlost.

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    Muguette (troisième à partir de la gauche), avec des amis à l’occasion de la cérémonie de remise du titre de Justes parmi les nations par Yad Vashem aux familles Roy et Nizier Champlost, 2005.

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    Muguette (quatrième à partir de la gauche), avec des amis à l’occasion de la cérémonie de remise du titre de Justes parmi les nations par Yad Vashem aux familles Roy et Nizier Champlost, 2005.

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    Article dans le bulletin municipal de Champlost concernant la réception donnée en l’honneur de Muguette, venue témoigner sa reconnaissance aux familles Roy et Nizier.

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    Muguette. Champlost, juin 2005.

Le livre

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Les Lieux du courage

Tout le monde à Champlost s’est employé à nous cacher.

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Les Lieux du courage

15 juillet 1942

Vers 21 heures, le 15 juillet, j’étais à la maison à Paris avec Maman. Mon frère Jojo se trouvait à Champlost, où il prêtait main-forte à muguette szpajzer-myers 35 monsieur Basile pour la récolte. Une amie de Maman, une femme non juive nommée madame Dumas, était en visite chez nous. Soudain, on a frappé à la porte. C’était la belle-soeur de Maman, à bout de souffle. Parlant plusieurs langues, elle travaillait comme traductrice au quartier général allemand, ce qui lui permettait d’être au courant des rafles qui se préparaient. Blonde aux yeux bleus, elle pouvait se faire passer pour une non-Juive (quelle houtzpah !).

« Vous devez partir immédiatement, a-t-elle dit à Maman et à moi, car demain, les Allemands viendront arrêter toutes les femmes et tous les enfants juifs ! » Plusieurs hommes avaient été emmenés au cours de l’année précédente. Puis, elle est partie précipitamment afin d’aller avertir d’autres personnes. Madame Dumas a demandé à Maman ce qu’elle comptait faire. « Que puis-je faire ? a-elle répondu, je n’ai nulle part où aller ! Demain, quand ils viendront, je vais prendre Muguette et je vais les suivre. » Je me suis mise à pleurer. « Je ne veux pas partir avec toi, ai-je dit à ma mère étonnée, je n’irai pas, non ! » Voyant que je devenais hystérique, madame Dumas a conseillé à Maman de préparer une valise avec le strict nécessaire et de la suivre. Elle nous a emmenées chez elle afin que nous y passions la nuit. Elle et Maman décideraient ensuite de ce qu’il conviendrait de faire.

Madame Dumas et Maman ont pris chacune une paire de ciseaux et ont enlevé les étoiles jaunes cousues sur nos manteaux, puis madame Dumas (je m’en souviendrai toujours) les a cachées dans son soutien- gorge. Nous avons quitté l’appartement et nous sommes dirigées vers le métro afin de nous rendre chez madame Dumas. Le couvrefeu pour les Parisiens commençait à 22 heures, mais pour les Juifs, il débutait à 20 heures et nous ne pouvions voyager que dans le dernier wagon du métro. Maman, madame Dumas et moi avons évité précisément ce wagon-là. Il y avait foule dans le métro, y compris des soldats allemands. Madame Dumas et Maman ont pris place ensemble sur une banquette. Je me suis assise seule sur un strapontin, un siège amovible placé à côté des portes. Sur la banquette en face de moi se trouvait un monsieur d’un certain âge. J’ai remarqué qu’il me dévisageait avec insistance. Il ne cessait de porter son regard de mon visage à mon manteau. J’étais à la fois apeurée et perplexe. Il a finalement capté mon regard, qu’il a soutenu, puis il a fixé mon manteau à nouveau. J’ai baissé les yeux et, à ma grande frayeur, j’ai vu pendre du côté gauche de mon manteau beige des fils jaunes qui provenaient de l’étoile récemment décousue. Je me rappelle avoir placé la main droite sur mon épaule gauche et commencé lentement à retirer les fils. J’ai vu le vieil homme sourire ; il est descendu à l’arrêt suivant.

Madame Dumas nous a emmenées à son appartement où nous avons passé la nuit. Le lendemain matin, le 16 juillet 1942 à 7 heures, Maman m’a laissée en compagnie de madame Dumas. Il avait été décidé que celle-ci m’emmènerait en train jusqu’à un hameau appelé Le Bois Mouchet, en Normandie. L’année précédente, j’y avais passé une partie de mes vacances. Quand ma mère est sortie, le couvre-feu n’était pas encore levé (il le serait à 8 heures), mais elle s’est quand même aventurée dans les rues désertes pour rejoindre la résidence de sa mère et de sa soeur afin de les mettre en garde contre la rafle qui se préparait et qu’on allait appeler la « rafle du Vel’ d’Hiv’ ».

Comme les portes du métro n’ouvraient qu’une fois le couvre-feu levé, elle a dû se rendre à pied chez sa soeur et sa mère. Elle m’a dit plus tard qu’elle se glissait furtivement d’une porte à l’autre, courait quand elle le pouvait et se cachait quand elle entendait des bruits de pas. Entre l’immeuble de madame Dumas et celui de ma grand-mère, le chemin était long, mais Maman l’a parcouru en un temps record. Gromè habitait au troisième étage et Maman a escaladé la volée d’escaliers en courant. Quand elle est parvenue au deuxième étage, se dirigeant vers le troisième, elle a vu sa soeur escortée par deux policiers français. Quand elle a aperçu ma mère, ma tante, qui ne pouvait toujours pas s’exprimer en français, lui a dit en yiddish : « Tu vois, ils m’emmènent ! » Maman s’est plaquée contre le mur et n’a pas osé proférer un mot, car elle savait qu’une réponse de sa part la condamnerait elle aussi. Elle a regardé sa soeur se faire emmener, et c’est la dernière fois qu’elle l’a vue. Plus tard, Maman a appris qu’on l’avait emmenée à Drancy, un camp de transit à proximité de Paris, puis déportée à Auschwitz. L’arrestation de ma tante a beaucoup tourmenté ma mère au cours de sa vie et elle s’est reprochée de n’avoir pas osé lui parler. « Ma soeur est allée à sa mort en croyant que j’étais fâchée contre elle », disait-elle souvent.