Le Programme des mémoires de survivants de l’Holocauste

Leslie Meisels

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Né(e)
20 février 1927 Nàdudvar, Hongrie

Map of Mukacevo, Czechoslovakia

Immigré(e)
1958 Toronto

En juin 1944, Leslie Meisels, 17 ans, ne songe qu’à sortir sa famille du terrible ghetto de Debrecen, en Hongrie. Malgré les objections de sa mère, il force sa famille à rejoindre un convoi. Ils se retrouveront parmi les quelque 20 000 « Juifs en attente » dont les vies seront échangées contre de l’argent, des objets de valeur et du matériel militaire lors d’un marché secret conclu entre Rezső Kasztner, avocat juif hongrois, et le dirigeant SS Adolf Eichmann.

À propos de Leslie

Leslie Meisels est né le 20 février 1927, à Nádudvar, en Hongrie. Tous les membres de sa famille immédiate ont survécu à l’Holocauste. Il a immigré aux États-Unis en 1958, dans la foulée de la Révolution hongroise, puis au Canada en 1967. Il a épousé Eva Silber en 1961, et le couple vit à Toronto.

Photos et Objets

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    Leslie Meisels, âgé de un an et demi. Nádudvar, 1928.

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    Leslie, âgé de 3 ans, 1930.

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    Les frères Meisels en 1938. De gauche à droite : George, Leslie et Frank.

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    La seule photo que possède Leslie de sa grand-mère paternelle, prise avant la guerre lors d’une visite à la famille élargie. À l’arrière-plan, de gauche à droite : la grand-tante de Leslie, Emma; son frère Frank; Leslie; et sa cousine Magda. À l’avant-plan, de gauche à droite : la grand-mère de Leslie; son cousin Pista; et la grand-tante de Leslie, Juliska.

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    Document d’identité de Leslie, délivré après sa libération par l’armée américaine. Hillersleben, juin 1945.

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    Document d’identité de Leslie, délivré après sa libération par l’armée américaine. Hillersleben, juin 1945.

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    La famille Meisels dans leur jardin peu de temps après leurs retrouvailles. À l’arrière-plan, de gauche à droite : son frère Frank; Leslie; et son frère George. Assis à l’avant-plan : Etelka et Lajos Meisels, ses parents. Nádudvar, 1945.

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    Leslie, âgé de 21 ans. 1948.

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    Leslie et ses frères, vers 1955. De gauche à droite : Frank, George et Leslie.

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    Leslie en Autriche, alors qu’il attend son visa pour les États-Unis. 1958.

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    Leslie et Eva (née Silber), avec leurs parents respectifs, célébrant les fiançailles du couple. De gauche à droite : la mère de Leslie, Etelka; son père, Lajos; Eva; Leslie; et les parents d’Eva, Irene et Erno Sugar. Novembre 1960.

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    Photo de fiançailles de Leslie et Eva. 26 novembre 1960.

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    Mariage de Leslie et Eva. Mai 1961.

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    Les filles de Leslie et Eva Meisels, Judy (à gauche) et Edith. Toronto, 1970.

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    Leslie et sa famille devant leur maison à Toronto en 1988. De gauche à droite : Judy, sa fille; Eva, sa femme; Leslie; et Edith, sa fille.

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    La fille de Leslie, Edith, en Hongrie, devant la maison où Leslie a grandi. Nádudvar, 1991.

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    Le jour où Edith, la fille de Leslie, a reçu son diplôme en droit. De gauche à droite : le beau-père de Leslie, Erno; Edith; Leslie; sa femme, Eva; et sa fille Judy. 1991.

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    Frank, le frère de Leslie (à gauche), avec Leslie, à l’occasion du mariage de la fille de Leslie, Judy. 29 août 2004.

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    Leslie et sa femme, Eva, célébrant le jour de la Fête des mères avec leurs enfants et petits-enfants. À l’arrière-plan, de gauche à droite : le gendre de Leslie, Stuart Levson; son gendre, Philip Dover; sa fille, Edith; et Leslie. À l’avant-plan (de gauche à droite) : sa fille Judy et le fils de cette dernière, Jordan; la fille d’Edith, Jessica; Eva; et la fille d’Edith, Rachel. Toronto, 2005.

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    Leslie et son petit-fils Jordan. Décembre 2006.

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    Leslie et Eva à l’occasion de leur cinquantième anniversaire de mariage, lors d’une fête organisée par leurs enfants. À l’arrière-plan, de gauche à droite : Jessica (leur petite-fille); Edith (leur fille); Philip (le mari d’Edith), Jordan (leur petit-fils); Judy (leur fille); Stuart (le mari de Judy); et Jaimee (leur petite-fille). À l’avant-plan : Eva; Leslie; et Rachel (leur petite-fille). Mai 2011.

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    Certificat remis à Leslie Meisels lorsqu’il a été fait membre honoraire de l’association des vétérans de la 30e division d’infanterie de l’armée américaine, après ses retrouvailles avec ses libérateurs. Hudson Falls, État de New York, 2009.

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    Certificat de reconnaissance remis à Leslie Meisels par le gouvernement de l’Ontario et la Canadian Society for Yad Vashem, pour souligner ses nombreuses réalisations et sa contribution à l’enseignement de l’Holocauste.

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    Leslie Meisels (deuxième à partir de la gauche) photographié en compagnie du premier ministre de l’Ontario de l’époque, Dalton McGuinty (à l’extrême gauche), du député Eric Hoskins et du député Monte Kwinter (à droite). Toronto, 26 avril 2010.

Le livre

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Soudain, les ténèbres

Cette nuit-là, une bataille aérienne féroce s’est jouée autour de notre train. Les balles fusaient, les bombes explosaient… À l’aube, il n’y avait plus aucun garde SS en vue. Ce sont des soldats américains qui nous ont trouvés et ont entendu nos cris : « Nous sommes libres ! »

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Soudain, les ténèbres

Un tragique silence

À la fin de la journée, on nous a convoyés à la gare. Je n’étais pas du tout préparé à ce qui nous attendait sur la rue principale. Une foule s’était rassemblée le long des trottoirs et tous ces gens, dont plusieurs douzaines de membres des Croix fléchées, nous criblaient de quolibets, riaient et applaudissaient bruyamment pour exprimer leur joie de voir partir les Juifs. Ils songeaient sans doute déjà au bonheur qu’ils auraient le lendemain à piller nos maisons abandonnées. Derrière eux, des centaines de personnes observaient la scène en silence, réaction qui m’a rempli de douleur et m’a profondément perturbé. Jusqu’alors, j’avais cru qu’ils nous manifesteraient leur soutien.

En Hongrie centrale, aucun groupe ne s’est soulevé contre les nazis et leurs collaborateurs, comme cela s’est fait en Slovaquie et en Pologne. Depuis le début des années 1920, la société hongroise présentait un caractère homogène dans un État policier réglementé, et j’imagine que personne n’osait prendre le risque d’attiser la colère de ces brutes antisémites. Malgré tout, cette passivité de la part des citoyens de notre propre ville nous a porté un coup. La vue de cette foule silencieuse m’a causé un choc dont je ne me suis jamais remis.

Le lendemain matin, nous sommes arrivés à Debrecen, où les policiers concentraient les Juifs provenant des petits ghettos de la région avant de les déporter ailleurs par convois ferroviaires. La plupart de ces centres de rassemblement étaient d’anciennes briqueteries, ou des établissements de même type, situés en bordure de ville. À Debrecen, il s’agissait d’une tannerie, un endroit pire que ne l’aurait été une briqueterie. Comme on y faisait tremper les peaux en plein air dans des cuves d’eau pour faciliter l’enlèvement des poils, il n’y avait que des murs, et pas de plafond car la pluie ou la neige accélérait le processus. Pour les Allemands et leurs associés hongrois, c’était tout ce que nous méritions.

Je ne me souviens plus du nombre de bâtiments à ciel ouvert qui s’y trouvaient, mais de 3 000 à 5 000 personnes étaient entassées en ce lieu. Celui où l’on nous a forcés à nous installer était si bondé que nous ne pouvions que déposer nos biens par terre. Le soir, ma grand-mère et mes petits frères se recroquevillaient sur les bagages pour tenter de dormir. Ma mère et moi restions debout, les pieds plantés parmi eux, nous appuyant l’un contre l’autre pour essayer nous aussi de dormir ou du moins de sommeiller un peu. Il s’est mis à pleuvoir dès le premier soir sur cette foule compressée de façon inhumaine, et cela a duré sans interruption deux jours et deux nuits. Le sol n’était plus que boue ; nous étions trempés jusqu’aux os.

Durant la journée, on nous autorisait à nous déplacer à l’intérieur de l’enceinte. J’y ai vu des policiers sadiques à l’oeuvre ; ils avaient été recrutés dans d’autres régions du pays pour éviter toute forme de clémence à l’égard de personnes qu’ils auraient pu connaître. Ils battaient les gens, les punissaient pour la moindre infraction. Le premier jour, j’ai aperçu l’un des citoyens les plus âgés de ma ville, Louis Angyal, malentendant, faible et presque aveugle, qui marchait avec sa canne blanche au beau milieu de la cour où se trouvaient des wagons de marchandises, portes ouvertes. Alors qu’il se déplaçait d’un pas traînant, un garde lui a crié de s’arrêter, mais comme M. Angyal entendait mal, il a continué à marcher. Après le troisième cri, ils l’ont saisi, l’ont battu et l’ont accroché par les poignets à un coin de la porte ouverte d’un wagon. Il s’est évanoui en l’espace de quelques minutes, mais ils ne l’ont pas décroché. Ils l’ont laissé là pour montrer aux autres ce qui les attendait s’ils n’obéissaient pas à leurs ordres. Ils ont fait cela simplement parce que nous étions juifs.