Le Programme des mémoires de survivants de l’Holocauste

John Freund

Survivor Video

More Information

Map

Né(e)
06 juin 1930 České Budějovice, Tchécoslovaquie

Map of Mukacevo, Czechoslovakia

immigré(e)
1948 Toronto

Enfant, John Freund aimait le football et l’écriture. La Fin du printemps raconte comment son enfance joyeuse fut basculé après l’invasion par les nazis de son pays d’origine, la Tchécoslovaquie. Espérant au début que le conflit et les persécutions prendraient rapidement fin, sa famille a enduré l’érosion systématique de ses droits et ce, jusqu’à sa déportation vers Theresienstadt, avant d’être conduite au camp de la mort d’Auschwitz. Le récit des souffrances de John Freund et de la perte de son innocence sont d’autant plus poignants que ses mémoires témoignent d’une foi inébranlable en l’humanité, d’un optimisme constant et de la détermination de l’auteur à refaire sa vie au Canada.

À propos de John

John Freund est né en 1930 à České Budějovice, une ville de Tchécoslovaquie située au sud de Prague. Libéré par les troupes américaines en 1945, il a immigré au Canada en mars 1948. John et sa femme, Nora, vivent à Toronto.

Photos et Artefacts

  • John Freund larger image and caption

    John Freund, bébé, sa mère Erna, ainsi que son frère aîné Karel. České Budějovice, 1930.

  • John Freund larger image and caption

    Erna Jung Freund, la mère de John, à l’âge de 19 ans. Pisek, Tchécoslovaquie, 1917.

  • John Freund larger image and caption

    Leopold Jung, l’oncle maternel de John Freund, avec sa femme Manja et leurs enfants, Eva et Hannah (que John ne peut identifier individuellement). Prague, 1938.

  • John Freund larger image and caption

    John Freund, âgé d’environ 10 ans (au premier plan) en compagnie d’autres enfants juifs. À part John, le seul autre survivant est le garçon portant un haut noir, dont la mère n’était pas juive. České Budějovice, 1940.

  • John Freund larger image and caption

    John Freund à l’âge de 10 ans. České Budějovice, 1941.

  • John Freund larger image and caption

    Des enfants juifs de la ville natale de John Freund; ils s’étaient autoproclamés les solelim (les bâtisseurs). John (à l’extrême droite) et le deuxième garçon à partir de la gauche sont les seuls à avoir survécu. České Budějovice, 1941.

  • John Freund larger image and caption

    Illustration où l’on reconnaît John qui s’adonne au passe-temps préféré de son enfance. Cette illustration est extraite du magazine Klepy (Potins), dont chaque numéro a été réalisé et illustré à la main durant les étés 1940 et 1941 par John Freund et ses amis. Les numéros originaux sont conservés au Musée juif de Prague (Židovské muzeum v Praze). Le magazine avait pour mission de « (…) prouver que nous conservons un esprit sain et un bon sens de l’humour; que nous ne sommes pas amoindris par les difficultés quotidiennes; et que nous sommes capables, dans les moments où nous nous reposons de notre labeur, de plaisanter et de nous occuper à des choses qui en valent la peine. »

  • John Freund larger image and caption

    Illustration où l’on reconnaît le frère de John, Karel, et la petite amie de ce dernier, Susan Kopperl; la légende de l’illustration se traduit par : « Tu es unique au monde. » Cette illustration est extraite du magazine Klepy (Potins), dont chaque numéro a été réalisé et illustré à la main durant les étés 1940 et 1941 par John Freund et ses amis. Les numéros originaux sont conservés au Musée juif de Prague (Židovské muzeum v Praze). Le magazine avait pour mission de « (…) prouver que nous conservons un esprit sain et un bon sens de l’humour; que nous ne sommes pas amoindris par les difficultés quotidiennes; et que nous sommes capables, dans les moments où nous nous reposons de notre labeur, de plaisanter et de nous occuper à des choses qui en valent la peine. »

  • John Freund larger image and caption

    Illustration extraite du magazine Klepy (Potins), dont chaque numéro a été réalisé et illustré à la main durant les étés 1940 et 1941 par John Freund et ses amis. Les numéros originaux sont conservés au Musée juif de Prague (Židovské muzeum v Praze). Le magazine avait pour mission de « (…) prouver que nous conservons un esprit sain et un bon sens de l’humour; que nous ne sommes pas amoindris par les difficultés quotidiennes; et que nous sommes capables, dans les moments où nous nous reposons de notre labeur, de plaisanter et de nous occuper à des choses qui en valent la peine. »

  • John Freund larger image and caption

    Illustration extraite du magazine Klepy (Potins), dont chaque numéro a été réalisé et illustré à la main durant les étés 1940 et 1941 par John Freund et ses amis. Les numéros originaux sont conservés au Musée juif de Prague (Židovské muzeum v Praze). Le magazine avait pour mission de « (…) prouver que nous conservons un esprit sain et un bon sens de l’humour; que nous ne sommes pas amoindris par les difficultés quotidiennes; et que nous sommes capables, dans les moments où nous nous reposons de notre labeur, de plaisanter et de nous occuper à des choses qui en valent la peine. »

  • John Freund larger image and caption

    Illustration extraite du magazine Klepy (Potins), dont chaque numéro a été réalisé et illustré à la main durant les étés 1940 et 1941 par John Freund et ses amis. Les numéros originaux sont conservés au Musée juif de Prague (Židovské muzeum v Praze). Le magazine avait pour mission de « (…) prouver que nous conservons un esprit sain et un bon sens de l’humour; que nous ne sommes pas amoindris par les difficultés quotidiennes; et que nous sommes capables, dans les moments où nous nous reposons de notre labeur, de plaisanter et de nous occuper à des choses qui en valent la peine. »

  • John Freund larger image and caption

    Illustration extraite du magazine Klepy (Potins), dont chaque numéro a été réalisé et illustré à la main durant les étés 1940 et 1941 par John Freund et ses amis. Les numéros originaux sont conservés au Musée juif de Prague (Židovské muzeum v Praze). Le magazine avait pour mission de « (…) prouver que nous conservons un esprit sain et un bon sens de l’humour; que nous ne sommes pas amoindris par les difficultés quotidiennes; et que nous sommes capables, dans les moments où nous nous reposons de notre labeur, de plaisanter et de nous occuper à des choses qui en valent la peine. »

  • John Freund larger image and caption

    Illustration extraite du magazine Klepy (Potins), dont chaque numéro a été réalisé et illustré à la main durant les étés 1940 et 1941 par John Freund et ses amis. Les numéros originaux sont conservés au Musée juif de Prague (Židovské muzeum v Praze). Le magazine avait pour mission de « (…) prouver que nous conservons un esprit sain et un bon sens de l’humour; que nous ne sommes pas amoindris par les difficultés quotidiennes; et que nous sommes capables, dans les moments où nous nous reposons de notre labeur, de plaisanter et de nous occuper à des choses qui en valent la peine. »

  • John Freund larger image and caption

    Illustration extraite du magazine Klepy (Potins), dont chaque numéro a été réalisé et illustré à la main durant les étés 1940 et 1941 par John Freund et ses amis. Les numéros originaux sont conservés au Musée juif de Prague (Židovské muzeum v Praze). Le magazine avait pour mission de « (…) prouver que nous conservons un esprit sain et un bon sens de l’humour; que nous ne sommes pas amoindris par les difficultés quotidiennes; et que nous sommes capables, dans les moments où nous nous reposons de notre labeur, de plaisanter et de nous occuper à des choses qui en valent la peine. »

  • John Freund larger image and caption

    Illustration extraite du magazine Klepy (Potins), dont chaque numéro a été réalisé et illustré à la main durant les étés 1940 et 1941 par John Freund et ses amis. Les numéros originaux sont conservés au Musée juif de Prague (Židovské muzeum v Praze). Le magazine avait pour mission de « (…) prouver que nous conservons un esprit sain et un bon sens de l’humour; que nous ne sommes pas amoindris par les difficultés quotidiennes; et que nous sommes capables, dans les moments où nous nous reposons de notre labeur, de plaisanter et de nous occuper à des choses qui en valent la peine. »

  • John Freund larger image and caption

    Le père et la mère de John Freund, Gustav et Erna. Juin 1941.

  • John Freund larger image and caption

    John (à gauche), à l’âge de 11 ans, avec ses parents, Erna et Gustav, ainsi que son frère aîné, Karel. Vers 1941.

  • John Freund larger image and caption

    John Freund, âgé de 15 ans, dans une aire de baignade. České Budějovice, 1945.

  • John Freund larger image and caption

    Tante Anna (Anda), la sœur de la mère de John (Erna), qui habitait en Autriche. Prague, 1946.

  • John Freund larger image and caption

    John (à droite), avec ses compagnons de voyage Tomy et Miriam, en route pour le Canada à bord de l’Aquitania. 1948.

  • John Freund larger image and caption

    John, à 18 ans (à droite) avec son ami Tomy Newman, en route pour le Canada à bord de l’Aquitania. Mars 1948. Tomy et John sont toujours amis.

  • John Freund larger image and caption

    John Freund en face du magasin de beignets Downy-Flake, où il a occupé son premier emploi. Sunnyside, Toronto, 1948.

  • John Freund larger image and caption

    John Freund, âgé de 20 ans. Toronto, près de l’intersection des rues Bathurst et College, 1950.

  • John Freund larger image and caption

    L’immeuble dans lequel John Freund a vécu de sa naissance à 1942. Photo prise par un ami. České Budějovice, 1950.

  • John Freund larger image and caption

    John Freund et tante Anna, la sœur de son père. Canada, 1959.

  • John Freund larger image and caption

    John Freund (à droite); ses petits-enfants Jonah, Karly, Jack, Orlee, Michayla, Shira, Arielle, Gideon, Emily et Amanda; et son gendre Daniel Bell (à gauche). Canada, 2006.

  • John Freund larger image and caption

    John Freund et sa femme Nora. Toronto, 2007.

Le livre

Cover of La fin du printemps
Lauréat de la Médaille d’Or des Independent Publisher Book Awards 2008

La fin du printemps

Vers un nouveau monde, un rêve m’a emporté,
Celui de ne jamais plus voir couler le sang
Mais puis-je vraiment me débarrasser
Des rêves qui ont souillé ma jeunesse?

Explorer l'histoire de John dans Re:Collection

More Survivors

Close

La fin du printemps

Le Départ

En avril 1942, la ville a perdu près d’un millier d’habitants. On nous avait informés que nous devions nous présenter avec nos bagages à un vaste entrepôt situé près de la gare. Les Juifs de Budějovice avaient un sens civique aigu – nous ne faisions pas d’histoires. Nous avions l’habitude de faire ce que l’on nous disait de faire, nous nous sommes donc rendus à l’entrepôt, avons présenté nos documents, des numéros nous ont été attribués et nous nous sommes préparés pour la nuit. Des enfants pleuraient et quelques garçons plus âgés ont commencé à chahuter.

Le jour suivant, on nous a dit de monter à bord d’un train de passagers qui nous emmènerait à un lieu de rassemblement. Notre souci principal était de savoir si ce nouvel endroit se trouvait en Tchécoslovaquie. C’était comme si nous avions moins de souci à nous faire tant que nous restions dans notre propre pays. Lorsque le train s’est mis en branle, nous avons eu pour la première fois l’occasion d’apercevoir les cruels SS (Schutzstaffel, escouade de protection) – les troupes d’élite nazies qui surveillaient les camps de concentration. Ils portaient des uniformes parfaitement repassés et leurs visages avaient des expressions quasi animales. Une de ces bêtes – un officier de haut rang avec de nombreuses étoiles à son revers – a inspecté le train. Aboyant des ordres en allemand, il a donné des coups de poing et des coups de pied à plusieurs personnes qui se trouvaient sur son passage. Le train a filé vers le nord, en direction de Prague, puis vers l’ouest. À la fin de la journée, on nous a débarqués à Terezín, le lieu de rassemblement. Terezín était une ville ancienne et comptait de nombreuses casernes de soldats, des immeubles de briques massifs à trois étages et plusieurs grandes esplanades. Un fossé faisait tout le tour de la ville, ce qui rendait toute tentative d’évasion impossible.

Lors de cette première nuit passée à Terezín, nous avons dormi dans un vaste entrepôt, accolés les uns aux autres, avec juste assez d’espace pour nous déplacer sur la pointe des pieds. Le lendemain, toutes les familles ont été séparées. Les femmes ont été emmenées dans l’une des grandes casernes et les hommes dans une autre. Nous n’avons pas eu beaucoup de temps pour nous dire au revoir car nous devions nous mettre en rang rapidement. La nourriture était distribuée à partir de grands tonneaux dans de petits pots qui étaient attribués à chacun des détenus de Terezín. Notre principal repas quotidien se composait de pain, de pommes de terre et de jus de viande.

Nous sommes restés à Terezín d’avril 1942 à novembre 1943. La ville était de plus en plus surpeuplée avec les convois de Juifs arrivant d’autres parties de la Tchécoslovaquie. Les personnes âgées et les personnes malades ont commencé à mourir rapidement. Chaque matin, nous voyions des corps recouverts de draps blancs être empilés dans des wagons, en attendant d’être transportés au crématorium.

Au début, nous habitions tous dans les casernes, à beaucoup dans une pièce, dormant par terre. Pourtant, en dépit de tout, les enfants trouvaient le moyen de s’amuser un peu. Nous étions autorisés à aller jouer dans la cour, à chanter et à jouer aux devinettes. Je me rappelle un enseignant chantant une chanson qui était sa préférée et ma préférée aussi : « Le printemps reviendra, le mois de mai n’est pas loin. »