Le Programme des mémoires de survivants de l’Holocauste

Henia Reinhartz

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Né(e)
03 novembre 1926 Lodz, Pologne

Map of Mukacevo, Czechoslovakia

immigré(e)
1951 Toronto

Lódz, Pologne, 1944. Henia Rosenfarb, alors adolescente, et sa famille sont assises dans une petite chambre secrète, se cachant des soldats nazis qui les recherchent. Alors que l’étau se resserre, la jeune femme se fait deux promesses : qu’un jour elle se rendra à Paris et qu’elle deviendra enseignante. Plus tard, grâce au soutien de sa famille et à son engagement dans le Bund, un mouvement politique défendant la justice sociale, Henia Rosenfarb s’emploie à réaliser ces deux promesses. La jeune femme à la chevelure rousse flamboyante est loin d’imaginer le tour que va prendre sa vie, de la Pologne en temps de guerre au Canada d’aujourd’hui. Ces « fragments » nous laissent entrevoir un passé tourmenté et une foi profonde dans l’avenir.

À propos de Henia

Née dans la ville polonaise de Łódź en 1926, Henia Reinhartz a survécu au ghetto établi dans sa ville natale, puis aux camps d’Auschwitz et de Bergen-Belsen. Après la guerre, elle est allée habiter à Paris, où elle a obtenu un diplôme en enseignement du yiddish et de l’hébreu et où elle a rencontré son mari. Henia Reinhartz a immigré au Canada en 1951 et s’est installée à Toronto en 1952.

Photos et Artefacts

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    La sœur d’Henia, Chava; son père, Avrom Rosenfarb; Henia; sa mère, Simma. Pologne, 1927. Il s’agit de la seule photographie qui subsiste du père d’Henia.

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    Tziotzia (en bas à gauche), la tante d’Henia, avec sa famille. Pologne, début des années 1930.

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    Henia (à droite sur la photo) lors d’une manifestation du Bund. Bruxelles, vers 1948.

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    Henia (à droite) avec des amis dans un camp organisé par le Bund. Bruxelles, 1948.

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    La mère d’Henia, Simma. Belgique, fin des années 1940.

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    Bono Wiener, un ami d’Henia, militant du Bund. Pologne, date inconnue.

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    De gauche à droite : Chava, la sœur d’Henia; le mari de Chava, Henry Morgentaler; la mère d’Henia, Simma; et Henia. Bruxelles, fin des années 1940.

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    Henia et sa meilleure amie, Krysia. Paris, vers 1948.

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    Henia. Bruxelles, vers 1948.

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    Nochem Reinhartz, le futur mari d’Henia. Paris, vers 1948.

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    Henia. Bruxelles, vers 1948.

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    Henia et son futur mari, Nochem. Nord de Toronto, vers 1951.

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    La sœur d’Henia, Chava Rosenfarb.

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    Henia et Nochem. Toronto, 1951.

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    La mère d’Henia, Simma Rosenfarb, avec la fille d’Henia, Adele. Toronto, 1953.

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    Henia et sa fille, Adele. Toronto, 1953.

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    Henia et sa meilleure amie, Krysia. Toronto, années 1980.

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    Le fils d’Henia, Avrom, dit « Bamie »; Henia; sa fille, Adele; et son mari, Nochem, à l’occasion du mariage d’Adele. Toronto, 1980.

Le livre

Cover of Fragments de ma vie
2008 Independent Book Publisher Book Award Gold Medal Winner 2008 Canadian Jewish Book Award Winner

Fragments de ma vie

Ma famille et moi nous cachions… Soudain, j’ai entendu quelqu’un qui haletait dans les escaliers… Nous avons retenu notre souffle. Qui venait à cette heure-ci ?

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Fragments de ma vie

La guerre

Ma première rencontre avec la cruauté nazie ne s’est pas fait attendre très longtemps. Je me tenais près de la fenêtre de notre appartement et je regardais mon père traverser la rue pour aller faire de la monnaie dans un magasin. C’est alors que j’ai vu avec horreur deux soldats allemands l’approcher, le pousser et lui ordonner de marcher devant eux. Je suis immédiatement sortie en courant pour supplier les soldats de le laisser partir. Je les ai implorés, en leur disant que c’était mon papa et qu’ils ne pouvaient pas lui faire ça. Ils ont ri, m’ont poussée sur le côté, ont rassemblé d’autres hommes juifs au passage et les ont tous emmenés de force jusqu’au centre-ville. Je marchais à leurs côtés, accompagnée de ma mère et d’autres femmes juives. Ils ont forcé les hommes juifs à creuser des tranchées au beau milieu de la ville jusque tard dans la nuit. Quand mon père a été relâché, nous avons couru jusque chez nous en traversant les rues désertes. Ma soeur Chava nous attendait avec un repas chaud. À partir de ce moment-là, mon père n’a plus jamais quitté l’appartement. Nous étions constamment sur nos gardes et lorsque nous voyions des soldats allemands rassembler des hommes juifs et les tirer hors de chez eux, nous rentrions à la maison en courant pour enfermer mon père à l’intérieur. Ils n’ont plus jamais emmené mon père.

Au rez de chaussée de notre maison se trouvait une boulangerie tenue par un vieux couple d’Allemands. Les premiers jours de la guerre, ils vendaient des pains à leurs voisins. Ils le faisaient avant d’ouvrir la boutique pour leur éviter de faire la queue toute la nuit, ce qui nous a beaucoup aidés. Nous achetions quatre pains et nous en troquions certains contre des oeufs et du beurre. Les produits d’alimentation se faisaient déjà rares et les articles disponibles étaient assez chers. Avant le début de la guerre, les gens parlaient déjà d’une pénurie de vivres. Mon père nous a annoncé qu’il avait apporté nos chaussures d’hiver chez le cordonnier pour fabriquer des cachettes dans les talons où nous pourrions dissimuler de l’argent et la montre en or de ma mère, le seul objet de valeur qu’elle possédait. Il voulait que chacun de nous ait de l’argent sur soi au cas où nous serions séparés. Je ne sais pas combien d’argent nous avions, mais je suis sûre que ça ne représentait pas grand chose. Nous ne savions pas non plus combien de temps durerait la guerre.

Quelque temps plus tard, nos voisins allemands ont arrêté de se montrer généreux avec leurs voisins juifs et nous devions attendre comme tous les autres. La boutique ouvrait ses portes le matin, mais les gens commençaient à faire la queue la veille au soir. Un soir, nous sommes descendues pour rejoindre la file d’attente. Mon père est resté enfermé dans l’appartement. Je me tenais derrière ma mère et devant ma soeur Chava. À l’aurore le matin suivant, la boulangerie a ouvert et la file a commencé à avancer lentement et dans le calme. Je n’étais pas loin de la porte lorsque, soudain, un soldat allemand accompagné d’un petit garçon polonais, qui n’avait pas plus de cinq ou six ans, est apparu. Le petit garçon a pointé un doigt sur moi en disant au soldat : « Jude ! Jude ! » (Juif ! Juif !). Le soldat m’a fait brutalement sortir de la file d’attente. Je suis rentrée en courant sans rien dire à mon père. Je me suis jetée sur le lit, le visage inondé de larmes. Je ne pouvais pas m’arrêter de pleurer. Mon univers s’effondrait et plus rien n’était comme avant. J’étais déconcertée et je n’arrivais pas à comprendre ce qui venait de se produire. J’étais humiliée et en colère. Je ne parvenais pas à contenir ma rage. Ma mère est arrivée et a essayé de me consoler. « Ne pleure pas, regarde, j’ai deux pains. J’en ai pris un et je l’ai caché sous mon châle, puis je suis allée voir l’autre vendeur et j’en ai acheté un autre pour toi. Ne pleure pas. » Le doigt de ce petit garçon polonais pointé sur moi, disant au soldat allemand que j’étais juive, a transpercé mon coeur de jeune fille de douze ans. Aujourd’hui encore, ce souvenir reste douloureux.