Le Programme des mémoires de survivants de l’Holocauste

Eva Meisels

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Né(e)
03 juillet 1939 Budapest, Hongrie

Map of Mukacevo, Czechoslovakia

immigré(e)
1957 Toronto

Alors qu’elle avait 5 ans, Eva Meisels (née Silber) a été entassée avec 63 000 autres personnes au ghetto de Budapest où elle a logé dans une des 293 habitations surpeuplées qui le constituaient. Survivre est devenu un combat permanent. Les déflagrations des bombes et le spectacle de cadavres empilés place Klauzál l’ont marquée à vie. Si les mémoires d’Eva évoquent la douleur de voir disparaître les membres de sa famille ou encore l’angoisse de passer de longues semaines enfermée dans un abri antiaérien sans voir la lumière du jour, ils servent aussi et surtout à nous rappeler qu’un simple geste bienveillant a suffi pour lui redonner espoir et que les risques pris par de courageux individus ont permis sa survie.

À propos de Eva

Eva Meisels est née à Budapest, en Hongrie, le 3 juillet 1939. Quand les nazis ont occupé son pays, elle et sa mère se sont retrouvées dans le ghetto de Budapest. Grâce à de faux documents fournis par Raoul Wallenberg, elles ont pu déménager dans une « maison protégée », puis elles ont été libérées par l’armée soviétique en janvier 1945. À la suite de la Révolution hongroise, sa famille a fui en Autriche, vivant à Vienne pendant une brève période, avant d’immigrer au Canada. Ils se sont installés à Montréal, où Eva a rencontré son mari, Leslie. Les Meisels sont ensuite partis vivre à Toronto. Ils ont deux filles et quatre petits-enfants.

Photos et Artefacts

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    Juliska et Adolf, les grands-parents maternels d’Eva. Date inconnue.

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    Photo de mariage des parents d’Eva, Erno et Irene Silber. Budapest, 14 août 1938.

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    Les grands-parents paternels d’Eva. Date inconnue.

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    Eva et ses parents devant l’immeuble où se trouvait leur appartement, vers 1940.

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    Eva, âgée de un an. Budapest, 1940.

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    • Eva, âgée de 3 ans environ.
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    Eva en visite dans la famille de sa mère à Ibrány avant l’occupation. À l’arrière-plan, de gauche à droite : la tante d’Eva, Elisabeth; son oncle Ben (Bela); sa mère, Irene; sa tante, Jolan; son oncle Leonard (Lajos) et sa tante Olga. Au deuxième rang : Eva et ses grands-parents. À l’avant-plan, les trois plus jeunes frères et sœur de sa mère. 1942.

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    Le père d’Eva, Erno Silber, vers 1942.

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    Eva, âgée de 4 ans, 1943.

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    Fête organisée à l’occasion de Hanoukkah pour les élèves de la maternelle que fréquentait Eva. Eva, au premier rang (avec une boucle dans les cheveux), est assise à côté des camarades qui se sont retrouvées avec elle dans l’abri antiaérien durant la Bataille de Budapest. 1943.

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    Le père d’Eva, Erno (à l’arrière-plan, à l’extrême droite), et d’autres membres d’une unité de travailleurs forcés.

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    Eva et sa famille à l’occasion du mariage de sa tante, Olga, après la guerre. À l’arrière-plan, de gauche à droite : les parents d’Eva, Irene et Erno; sa tante Olga; son oncle Josef; et sa grand-mère paternelle, Margaret. À l’avant-plan : son oncle Alex (Sanyi) et sa femme, Eta, avec leur fils, Zoli; et Eva. Budapest, 1948.

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    Eva et ses parents après la guerre. Budapest, 1950.

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    La grand-mère d’Eva, Margaret, qui a survécu à Auschwitz. Montréal, vers 1957.

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    Eva, âgée de 16 ans.

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    Eva et ses parents peu après leur immigration au Canada. Montréal, 1957.

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    Eva et Leslie, le jour de leur mariage, photographiés en compagnie de membres de la famille de la mère d’Eva. Montréal, 1961.

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    • La mère d’Eva, Irene (assise), avec ses quatre frères et sœurs qui ont survécu à la guerre. De gauche à droite : Bözsi, Leonard, Ben et Olga.
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    Eva et son père, Erno Sugar, à l’occasion du 80e anniversaire de naissance de ce dernier. Toronto, 1993.

Le livre

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Soudain, les ténèbres

Un jour, par contre, nous n’avons pas réussi à y échapper. On nous a fait marcher le long des berges du Danube. Nous n’avions aucune idée de l’endroit où l’on nous emmenait.... Je voyais les cadavres tomber dans le fleuve...

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Soudain, les ténèbres

Sauvetage et libération

...un parent éloigné a réussi à nous obtenir de faux papiers auprès de Raoul Wallenberg, un diplomate suédois. Ma mère, ma grand-tante et moi avons alors mis tout ce que nous possédions dans une brouette (que nous avions trouvée je ne sais comment) et nous sommes parvenues à nous rendre dans une « maison protégée », située tout près, juste en bordure du Ghetto, au Akácfa utca 26 (26, rue Akácfa).

C’était l’hiver. Il faisait très froid. Je me souviens qu’il y avait beaucoup de monde dans cette « maison protégée ». Je me rappelle aussi que je tentais de me procurer un peu d’eau. Pas tellement pour nous laver – nous utilisions la neige pour ça –, mais pour boire. Les robinets se trouvaient dans la cour. Nous devions faire la queue pour recueillir l’eau qui tombait au compte-gouttes dans mon pot, parce qu’elle était gelée. Je ne sais pas comment nous parvenions à obtenir de la nourriture à l’époque, mais je ne me souviens pas d’avoir eu faim. Ma mère m’a raconté plus tard qu’elle trempait parfois des morceaux de pain sec dans la neige.

Quand nous nous sommes tous installés dans un abri antiaérien au sous-sol, ma mère et les autres femmes montaient tour à tour à l’étage afin de préparer à manger pour les enfants et tous les gens qui se trouvaient en bas. Elles utilisaient l’appartement d’un Juif qui avait encore quelques provisions dans sa cuisine. Un jour, une bombe est tombée sur notre immeuble au moment même où ma mère se trouvait à l’étage. Elle s’est précipitée en bas et, constatant que j’étais saine et sauve, elle s’est jetée sur moi en hurlant pour me protéger. Ses cheveux étaient tout blancs, comme s’ils avaient changé de couleur d’un coup, mais il s’agissait de la poussière provenant de l’immeuble bombardé.

On me demande souvent ce que nous faisions toute la journée dans un sous-sol, nous les enfants. Ma mère m’avait confectionné une poupée avec une chaussette sur laquelle elle avait dessiné un visage et c’est avec ce jouet que je passais le temps en compagnie des autres fillettes.

Nous avons été libérés par les Soviétiques en janvier 1945. Ils allaient de maison en maison à la recherche de nazis qui s’étaient habillés en civils pour se fondre dans la population. Quand nous avons vu descendre au sous-sol des combattants avec leurs armes puissantes pointées sur nous – car ils ignoraient ce qui les attendait –, nous étions terrorisés. Je ne savais pas du tout qui ils étaient ni ce qui se passait. Ils parlaient une langue étrangère que je devais sans doute prendre pour de l’allemand. Un jeune soldat s’est approché du coin où nous nous étions blottis, moi et d’autres enfants. Il tenait un énorme fusil à la main et, de l’autre, il a fouillé dans sa musette pour en sortir un morceau de pain noir qu’il nous a offert. Je me souviendrai de ce pain noir toute ma vie. Nous n’en avions pas vu depuis très longtemps, et le fait que ce soit un militaire armé jusqu’aux dents qui nous l’ait donné m’a beaucoup impressionnée.

Lorsque nous avons enfin quitté le sous-sol, je n’y voyais plus du tout. Ma mère m’a raconté plus tard que j’ai été privée du sens de la vue durant trois ou quatre jours. Mes yeux n’étaient plus habitués à la lumière du jour. Maman me disait de garder les yeux fermés et de ne les ouvrir que de temps à autre, l’espace de quelques minutes. J’ai suivi son conseil, gardant les yeux ouverts un peu plus chaque jour, jusqu’à ce que tout rentre dans l’ordre. Après la libération, on a recommencé à utiliser le sous-sol pour y entreposer du charbon et du bois, mais j’avais toujours très peur de m’y rendre, car je me souvenais bien du coin où un voisin était mort et à quel endroit une autre personne avait succombé à la faim. Si je devais absolument y descendre, j’y allais en chantant et en sifflant. Mes parents devaient penser que j’étais folle de craindre toutes ces ombres sorties de mes souvenirs.