Le Programme des mémoires de survivants de l’Holocauste

Amek Adler

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Né(e)
20 avril 1928 Lublin, Pologne

Map of Mukacevo, Czechoslovakia

Immigré(e)
1954 Toronto

« Combien de temps encore allons-nous pouvoir tenir ? » déplore Amek Adler, seize ans, à son arrivée dans un énième camp de concentration au printemps 1945. Des ghettos de Lodz et Varsovie au camp de travaux forcés de Radom, du camp de concentration de Natzweiler à Dachau, Amek a été le témoin de trop de scènes de destructions et de tragédies pour pouvoir endurer davantage de souffrances. Pour garder l’espoir d’une possible survie, il rêve de la vie qu’il a eue avec ses parents et ses trois frères, se remémore les vacances, soirées et dîners ; il rêve d’une existence sans souffrances et sans faim ; il rêve de l’avenir. Enfin libéré, Amek est déterminé à saisir toutes les opportunités qui se présentent à lui.

À propos de Amek

Abram (Amek) Adler est né le 20 avril 1928 à Lublin, en Pologne. Après plusieurs années passées dans divers camps de travail et de concentration, il fut libéré en avril 1945 et put enfin retrouver sa mère et ses deux frères. Amek a vécu en Italie de 1945 à 1947, avant d’émigrer en Suède en 1948, puis au Canada en 1954, accompagné de sa femme Ruth. À Toronto, Amek a rencontré le succès dans l’industrie de la fourrure ainsi que dans la bijouterie, devenant président de l’Association canadienne des bijoutiers en 1989. Il a partagé avec de nombreux auditoires les expériences qu’il a vécues durant l’Holocauste et sensibilisé au sujet un nombre incalculable d’étudiants lors de la Marche des Vivants. Très impliqué auprès des Anciens combattants juifs du Canada, il vit à Toronto.

Photos et Objets

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    Les parents d’Amek, Simon and Fay Adler (debout), avec ses grands-parents maternels, Frida et Noah Elfenbein, et son frère aîné Arthur. Lublin, 1919.

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    Le grand-père maternel d’Amek, Noah Elfenbein. Lublin, vers 1910.

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    Simon, le père d’Amek, et son frère Joseph, en vacances. Pologne, 1935.

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    Pierre tombale du grand-père maternel d’Amek, Noah Elfenbein. De gauche à droite : un cousin de la grand-mère maternelle d’Amek, non-identifié ; Frida Elfenbein, la grand-mère maternelle d’Amek ; Arthur, le frère d’Amek ; son père Simon ; sa mère Fay et son frère Ben. Lublin, 1936.

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    Amek à l’âge de neuf ans avec sa mère Fay, en vacances. Krynica, Pologne, 1937.

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    Papier d’identité d’Amek pour le Bétar, 1946–1947.

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    Papier d’identité d’Amek pour le Bétar, 1946–1947.

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    Le passeport d’Amek fourni par la Croix-Rouge, 1947.

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    Le passeport d’Amek fourni par la Croix-Rouge, 1947.

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    Amek (à gauche) avec son frère Arthur. Ancône, Italie, 1946.

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    Ben, le frère d’Amek. Dachau, 1946.

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    Amek. Stockholm, vers 1949.

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    Amek (au centre), avec ses amis Kuba (à gauche) et Eddie (à droite). Stockholm, 1949.

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    Amek avec sa femme Ruth Elias, le jour de leur mariage. Stockholm, 1950.

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    Amek et Ruth avec leurs enfants Barry et Rose. Toronto, dans les années 1960.

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    Fay, la mère d’Amek, lors d’une fête célébrant ses 80 ans. Toronto, 1980.

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    Amek (au centre), avec ses frères Arthur (à gauche) et Ben (à droite). Toronto, 2001.

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    Les enfants, le gendre, la belle-fille et les petits-enfants d’Amek, lors de la bat mitsvah de sa petite-fille Staci. Derrière, de gauche à droite : Rose, la fille d’Amek ; son gendre Jeff Weinberg ; son petit-fils Evan et son fils Barry. Devant, de gauche à droite : Jordan, le petit-fils d’Amek ; sa petite-fille Staci ; sa petite-fille Megan et sa belle-fille Melissa. Toronto, 2001.

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    La famille du fils d’Amek à la bar et bat mitsvah conjointes de ses enfants. De gauche à droite: Melissa, la belle-fille d’Amek ; Jordan, son petit-fils ;  Megan, sa petite-fille ; et Barry, son fils. Coral Springs, Floride, 2004.

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    Amek et sa famille. De gauche à droite : Melissa, la belle-fille d’Amek ; Barry, son fils ; Ruth, sa femme ; Eva Robbins, sa nièce, et son mari Steve ; Rose, la fille d’Amek ; Jeff son gendre. Los Angeles, Californie, 2004.    

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    Amek et Ruth. Detroit, 2006.

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    Amek, quatrième à partir de la droite, tenant à la main une image du futur monument à la mémoire des anciens combattants juifs durant la cérémonie d’inauguration des travaux. Toronto, 2011.

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    Famille de Mark Adler, fils d’Arthur, le frère d’Amek. De gauche à droite : Adam, le petit ami de la fille de Mark ; Maya, la fille de Mark ; Susan, sa femme ; Mark ; Ilan, le fils de Mark. Toronto, 2013.

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    Rose, la fille d’Amek, et sa famille. De gauche à droite : Jeff, son gendre ; Rose ; Nick, l’ami de la petite-fille d’Amek ; Staci, la petite-fille d’Amek ; Jon, l’ami du petit-fils d’Amek ; Evan, le petit-fils d’Amek. Toronto, 2016.

Le livre

Cover of Six Lost Years (Traduction française à venir)

Six Lost Years (Traduction française à venir)

« J’avais vu ma famille être déchirée et humiliée, et j’avais craint pour ma vie. Même si j’avais le cœur brisé, je m’étais endurci et j’avais appris à ne pas pleurer. »

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Six Lost Years (Traduction française à venir)

À la rencontre du malheur

Durant les cinq mois suivants, nous avons connu une certaine tranquillité ; nous jouissions de plus de liberté et de paix. Avant la guerre, il y avait eu une importante communauté juive à Radom qui s’était agrandie avec l’arrivée de Juifs des environs. Ça n’était pas une situation paradisiaque ni même la vie avant-guerre, mais nous avons réussi à préserver une certaine qualité de vie de famille.

Mon frère Ben s’est lié d’amitié avec un homme plus jeune que lui dont le père réparait des montres. Passionné de mécanique, Ben était fasciné par les rouages des montres et a appris les ficelles du métier en un rien de temps. Il a également fait la connaissance d’une jeune femme, Etta, et a vite insisté sur le besoin de l’épouser.

Puis, en avril 1941, le ghetto de Radom a vu le jour. Au début, la vie y était plus supportable que dans les ghettos de Lodz ou de Varsovie, mais il n’est pas tardé à devenir surpeuplé suite à l’afflux massif de Juifs issus d’autres communautés. Le manque d’appartements et d’emplois rappelait la situation à Varsovie, avec des gens qui mendiaient et dormaient dans la rue, certains d’entre ne se réveillant jamais.

Au ghetto, les nazis ont mis sur pied une police juive. Ben a été sollicité, mais il a décliné la proposition. Nous étions autorisés à sortir seulement si nous devions travailler à l’extérieur du ghetto. Il nous fallait avoir des documents officiels prouvant notre lieu de travail, porter des brassards blancs frappés d’une étoile de David et nous devions respecter le couvre-feu fixé à dix-neuf heures. Passée cette heure, nous nous retrouvions entre gamins dans la cage d’escalier de notre immeuble pour nous amuser ensemble.

Grâce au Conseil juif responsable de l’administration du ghetto (sous commandement nazi), Ben a trouvé un emploi de concierge et d’homme à tout faire au Service de sécurité allemand, le Sicherheitsdienst (« SD »), qui occupait tout un bâtiment de six étages. Les Allemands s’étant pris d’affection pour lui, il rentrait parfois à la maison avec du pain, du saucisson ou du fromage. On lui a également donné un vélo et des papiers spéciaux l’autorisant à sortir du ghetto quand bon lui semblait. Une plaque était fixée au vélo, sur laquelle était écrit : « Ce vélo appartient au Service des Forces spéciales » ; personne ne pouvait le lui réclamer. Il n’était pas commun qu’un Juif possède un vélo, mais l’idée était que Ben puisse se rendre au travail sur-le-champ.

Ben avait un don ; les gens se prenaient toujours d’affection pour lui. Manuel et créatif, il avait fabriqué un radioréveil à l’âge de quatorze ans. C’était un génie de la mécanique qui pouvait tout réparer. Il maîtrisait l’horlogerie et la photographie, et pouvait même réparer des pistolets. Je lui ai demandé s’il pouvait leur demander de m’embaucher comme assistant. Ben s’en est ouvert à son chef et, en un tournemain, je suis devenu son bras droit. Il m’a montré comment installer les lignes électriques et les prises de courant, comment fabriquer les stores et réparer de petits appareils. Nous avons travaillé ensemble sur de nombreux projets.

Comme nous travaillions dans un bâtiment militaire, nous avons vu des Polonais qui y avaient été conduits, appartenant à des organisations clandestines ou à l’intelligentsia polonaise – des dirigeants, avocats, prêtres, médecins et enseignants. Ils ont été interrogés et torturés ; on les a vus se faire frapper à un point qui dépasse l’imagination. J’entends encore leurs cris résonner dans mes oreilles.