Traduire les témoignages de l'Holocauste : Une conversation entre les études sur l'Holocauste et la traductologie

Colloque virtuel - Mardi 10 novembre 2020

Notre connaissance de l'Holocauste a été façonnée par des récits auxquels les mondes anglophone et souvent francophone ont pu accéder grâce à la traduction. Le transfert linguistique et culturel, bien qu’il soit rarement reconnu, est essentiel car il détermine comment notre histoire commune est appréhendée et commémorée. La traduction ne se réduit pas à substituer mécaniquement une langue à une autre, elle implique la définition d’un nouveau cadre à mesure que les textes passent de leur contexte d'origine à de nouvelles « écologies » de réception. Le choix du style, du ton et des termes historiques sont autant d’éléments qui déterminent la force et le lisibilité d’un témoignage.

La traduction au sens large est invoquée pour réfléchir aux pratiques de transmission entre les périodes historiques, les cultures et les genres ; elle est également essentielle pour répondre aux impératifs de l’enseignement de l’histoire de l’Holocauste aujourd’hui.

Le colloque est présenté par la Fondation Azrieli, en partenariat avec l'Université Concordia.

Inscription: Pour vous inscrire, cliquer ici.

Veuillez consulter les ressources préliminaires ci-dessous avant le colloque. Les présentations vidéo seront également diffusées sur Zoom avant chacune des sessions.


Programme

9h00 (HNE). Diffusion des ressources préliminaires au colloque (optionnel)

10h30 (HNE). Memory Across Languages [La Mémoire à travers les langues]

  • Peter Davies Université d'Édimbourg
  • Hannah Pollin-Galay Université de Tel-Aviv
  • Naomi Seidman Université de Toronto
  • Irene Kacandes Dartmouth College
  • Sherry Simon Université Concordia

11h45 (HNE). Diffusion des ressources préliminaires au colloque (optionnel)

13h00 (HNE). Shoah de Claude Lanzmann et la mise en scène de la traduction [Claude Lanzmann’s Shoah and the Mise en scène of Translation]

  • Dorota Glowacka Université de King’s College
  • Francine Kaufmann Université Bar-Ilan
  • Rémy Besson Université de Montréal
  • Catherine Person Fondation Azrieli

Colloque organisé par Sherry Simon (Université Concordia) et Catherine Person (Fondation Azrieli)


Ressources préliminaires au colloque


Peter Davies Université d'Édimbourg

Shifting the Focus to the Interpreter [Recentrer l'attention sur l'interprète]

Peter Davies (Université d'Edimbourg) explique comment, en tant que germaniste, il s'est intéressé aux questions de traduction dans le cadre de son enseignement – après que des étudiants lui ont fait remarquer des divergences dans des traductions de témoignages de l'Holocauste. Dès lors, il a commencé à considérer le traducteur comme un agent pleinement impliqué dans la transmission du sens. Il s'est ensuite plongé dans la recherche de témoignages livrés dans le cadre de procès, notamment celui de Francfort, et il a exploré le rôle des interprètes indépendants comme Wera Kapkajew. Peter Davies discute d'un éventuel désaccord entre les études sur l'Holocauste et la traductologie quant au rôle de la traduction. Il discute ici de ses recherches avec Sherry Simon.

Peter Davies est professeur d'études allemandes modernes à l'Université d'Édimbourg. Il a publié de nombreux ouvrages sur la relation entre la traductologie et les études sur l'Holocauste, notamment des essais sur des auteurs tels que Tadeusz Borowski, Elie Wiesel et Krystyna Żywulska. Parmi ses travaux, on peut citer Holocaust Testimony and Translation (numéro spécial de Translation and Literature, 2014), New Literary and Linguistic Perspectives in the German Language, National Socialism, and the Shoah avec Andrea Hammel (Edinburgh German Yearbook, 2014) et Witness Between Languages: The Translation of Holocaust Testimonies in Context (2018). Il mène actuellement des recherches sur le travail des interprètes lors des procès de l'Holocauste, en particulier celui de Francfort dans les années 1960.


Hannah Pollin-Galay Université de Tel Aviv

Ecologies of Witnessing: Language, Place, and Holocaust Testimony [Écologies du témoignage : Langue, lieu et récit de l'Holocauste]

Hannah Pollin-Galay (Université de Tel Aviv) raconte comment elle s'est intéressée aux questions de langue dans les témoignages de l'Holocauste après avoir mené des entretiens auprès de survivants lituaniens. Ces recherches lui ont fait prendre conscience que les contextes géographique, culturel et linguistique déterminent les souvenirs qu'ont les survivants de l'Holocauste. Elle explique ce qui l'a amenée à choisir le terme « écologies » pour évoquer les témoignages et ses méthodes d'analyse. Elle conclut son intervention par des exemples tirés de témoignages précis qui révèlent différentes façons de se remémorer le passé. Hannah discute ici de ses recherches avec Sherry Simon.

Hannah Pollin-Galay est maître de conférences au département de littérature de l'Université de Tel Aviv, où elle enseigne le yiddish, le récit oral et la mémoire. Ses recherches se concentrent sur la relation entre langue, éthique et imaginaire historique dans les témoignages contemporains de l'Holocauste. Dans son livre Ecologies of Witnessing: Language, Place, and Holocaust Testimony (2018), elle cherche à savoir comment les témoins peuvent avoir différents souvenirs selon la langue et le contexte géographique et, à partir de récits oraux, elle s’intéresse aux différences d’expression de la mémoire en yiddish, en hébreu et en anglais.


Documents complémentaires à la présentation d'Hannah Pollin-Galay

Les témoignages de Jack Arnel et Esther Ancoli sont issus des archives de l'Institut d’histoire visuelle et d’éducation de la Fondation de la Shoah à l'Université de Californie du Sud (USC). Pour plus d'informations : http://dornsife.usc.edu/vhi

Naomi Seidman Université de Toronto

The Untranslatable [L'Intraduisible]

Naomi Seidman (Université de Toronto) parle de son article influent Elie Wiesel and the Scandal of Jewish Rage (1996), de la façon dont elle a alors interprété l'incidence de l'auto-traduction de Wiesel du yiddish au français, puis dix ans plus tard, dans son livre Faithful Renderings (2006). Elle parle ensuite le l'expérience de son père en tant que traducteur et explique comment la traduction peut s’avérer utile dans le cadre des études sur l'Holocauste. Naomi discute ici de ses recherches avec Sherry Simon.

Naomi Seidman est professeure de sciences humaines à l’institut Jackman de l'Université de Toronto, au sein du département d'étude de la religion et du Centre pour la diaspora et les études transnationales. Elle est l'auteure de A Marriage Made in Heaven: The Sexual Politics of Hebrew and Yiddish (1997), Faithful Renderings: Jewish-Christian Difference and the Politics of Translation (2006), The Marriage Plot: Or, How Jews Fell in Love with Love, and with Literature (2016), et plus récemment de Sarah Schenirer and the Bais Yaakov Movement: A Revolution in the Name of Tradition (2019), pour lequel elle a été récompensée aux National Jewish Book Awards. Elle a également obtenu une bourse Guggenheim en 2016.


Irene Kacandes Dartmouth College

Remembering Through Language [Se souvenir à travers la langue]

Irene Kacandes (Dartmouth College) aborde les problèmes liés à la langue dans les témoignages de Juifs grecs, survivants de l'Holocauste, un sujet relativement peu connu. Elle a développé un intérêt pour ce sujet alors qu'elle recueillait les témoignages de membres de sa propre famille, qui a vécu en Grèce pendant la Seconde Guerre mondiale. Irene a étudié les témoignages de survivants grecs de l'Holocauste, collectés par David Boder en 1946 dans des camps de personnes déplacées ; elle analyse l’influence de la langue dans laquelle l'entretien est mené sur la richesse des témoignages. Elle encourage les universitaires à approfondir l’analyse des témoignages de l'Holocauste en s’appuyant sur un large éventail de facteurs, notamment la facilité d’expression des personnes interrogées dans la langue choisie et les changements de langue au cours des entretiens, et elle souligne ce qui disparaît lorsque ces aspects ne sont pas pris en compte. Irene discute ici de ses recherches avec Sherry Simon.

Irene Kacandes est professeure d'études allemandes et de littérature comparée à Dartmouth College. Dans le cadre de sa spécialisation en narratologie, études culturelles et écriture biographique, elle s’est intéressée à l'oralité et l'alphabétisation, à la linguistique féministe, aux études sur les traumatismes et la mémoire, à l'Holocauste et à la mémoire de l’Holocauste, ainsi qu’aux mémoires expérimentales. Parmi ses publications, on peut citer Talk Fiction: Literature and the Talk Explosion (2001), Daddy's War: Greek American Stories. A Paramemoir (2009) et Let's Talk About Death: Asking the Questions that Profoundly Change the Way We Live and Die avec Steve Gordon (2015) et Eastern Europe Unmapped: Beyond Borders and Peripheries, edited with Yuliya Komska (2018). Elle a aussi publié A User's Guide to German Cultural Studies (1997), Teaching the Representation of the Holocaust (2004) avec Marianne Hirsch, Eastern Europe Unmapped: Beyond Borders and Peripheries (2018) avec Yuliya Komska ainsi qu’un essai intitulé « Witness » co-écrit avec Kathryn Abrams et paru dans un numéro spécial de Women's Studies Quarterly (2008).


Dorota Glowacka Université de King’s College

Found in Translation: From False Witness to Co-witnessing in Claude Lanzmann’s Shoah [Traduction retrouvée : Du faux témoin au co-témoignage dans Shoah de Claude Lanzmann]

La présentation de Dorota Glowacka se concentre sur les rushes polonais du film Shoah de Claude Lanzmann, en particulier sur la séquence dans laquelle un survivant (Srebrnik) discute avec un témoin polonais sur l'ancien site du camp dans Chełmno. Elle qualifie certains de ces échanges de « co-témoignages », en opposition à ce qu'elle perçoit comme un mépris de la part du réalisateur pour le polonais et sa volonté de contrôler voire de supprimer les témoignages dans cette langue. Elle s’intéresse à l'utilisation du polonais dans ces séquences, aux expressions particulières employées par les personnes interrogées dans cette langue et aux tentatives du traducteur pour avancer sur ce terrain linguistique controversé.

Dorota Glowacka est professeure de sciences humaines à l'Université de King's College, où elle a enseigné la théorie critique, les études sur l'Holocauste et le génocide, et les théories du genre et de la race dans le cadre du Programme d'études contemporaines. Parmi ses publications figurent Disappearing Traces: Holocaust Testimonials, Ethics and Aesthetics (2012), Imaginary Neighbors: Mediating Polish-Jewish Relations after the Holocaust avec Joanna Zylinska (2007), Po tamtej stronie: świadectwo, afekt, wyobraźnia [De l'autre côté : témoignage, affect, imagination] (2017), ainsi que de nombreux articles et chapitres de livres, dont « 'Traduttore traditore': les traductions polonaises de Claude Lanzmann » dans The Construction of Testimony: Claude Lanzmann’s Shoah and its Outtakes [La construction du témoignage : le film Shoah de Claude Lanzmann et ses scènes coupées] (2020).


Francine Kaufmann Université Bar-Ilan

Le rôle de l’interprète dans Shoah de Claude Lanzmann

Francine Kaufmann (Université Bar-Ilan) revient sur son expérience en tant qu’interprète de l’hébreu au français sur le tournage du film Shoah de Claude Lanzmann à l’automne 1979. Elle témoigne des contraintes établies par le réalisateur, avec lesquelles elle a dû composer pour restituer au mieux des témoignages complexes et multilingues, et ainsi permettre un dialogue entre le réalisateur et les témoins. Elle livre son ressenti quant au rôle de l’interprète, et sa mise-en-scène, dans le film.

Francine Kaufmann est chercheur et essayiste (littérature de la Shoah, traduction juive et biblique, traduction pour les média), interprète de conférence et traductrice de poésie. Docteur ès lettres (1976), titulaire d’une maîtrise de théâtre (1968), du diplôme supérieur d’hébreu de l’Ecole des Langues Orientales (1968) et d’un diplôme de l’Institut de Communication Publique de l’Université de Boston (1984), elle a été assistante de langue et de littérature hébraïques à Paris III de 1969 à 1974, ainsi qu’à l’INALCO et à l’Université de Vincennes avant de s’installer à Jérusalem en 1974. Professeur retraitée de l’Université Bar-Ilan, en Israël, elle a enseigné de 1974 à 2011, au Département de traduction, d’interprétation et de traductologie, qu’elle a dirigé à deux reprises. Interprète de conférence (membre A.I.I.C.), elle est l’interprète d’hébreu en français dans les films de Claude Lanzmann : Shoah et Sobibor, 14 octobre 1943, 16 heures.


Document complémentaire à la présentation de Francine Kaufmann

Témoignage de Yits’hak Dugin et Motke Zaïdel (Claude Lanzmann Shoah Collection. USHMM)

Forcés de prendre part à l'Aktion 1005 visant à supprimer les traces du génocide, ils ont été contraints de déterrer les corps de Juifs tués par balles à Ponari, en Lituanie.


Rémy Besson Université de Montréal

Dites-lui (2020), réalisé par Rémy Besson, montage: Anne Gabrielle Lebrun Harpin.


Incompréhensions à la suite de prises de paroles simultanées, désaccords au sujet de la traduction d’un document, tensions autour de l’usage d’un terme, présence des mots des bourreaux dans les témoignages des victimes, Dites-lui revient sur le rôle des traductrices et de la traduction dans la création de Shoah (1985). Ce sujet est abordé en montant uniquement des séquences tournées par Lanzmann pour son film, à la fin des années 1970.

Chargé de cours de l’Université de Montréal, Rémy Besson a soutenu une thèse en histoire à l’EHESS (Paris), portant sur la mise en récit du film Shoah de Claude Lanzmann. Celle-ci a été publiée (MkF Éditions) et a donné lieu à un documentaire réalisé par C. Hébert: Ziva Postec, la monteuse derrière le film Shoah (2018). Il est actuellement le coordinateur scientifique du partenariat international de recherche TECHNÈS.

À venir.