Le Programme des mémoires de survivants de l’Holocauste

Zuzana Sermer

Survivor Video

More Information

Map

Né(e)
29 août 1924 Humenné, Tchécoslovaquie

Map of Mukacevo, Czechoslovakia

Immigré(e)
1968 Toronto

Âgée de 15 ans au moment où les nazis imposent un régime fasciste dans sa Slovaquie natale, Zuzana Sermer fait tout en son pouvoir pour protéger son père et sa mère malade. Quatre ans plus tard, ayant décidé de fuir vers une Hongrie prétendument sûre, Zuzana et son fiancé, Arthur, devront plutôt affronter maintes situations dangereuses lorsque l’Allemagne envahira le pays en 1944. Dans ses mémoires, Zuzana Sermer offre un témoignage éloquent de ce qui a assuré sa survie durant ces terrifiantes années.

À propos de Zuzana

Zuzana Sermer est née dans la petite ville de Humenné, en Tchécoslovaquie. Elle a épousé Arthur Sermer en 1945 et a vécu dans la Tchécoslovaquie communiste pendant les 23 années suivantes. Quand les Soviétiques ont occupé le pays en août 1968, Zuzana et sa famille ont fui au Canada et se sont installés à Toronto.

Photos et Objets

  • Zuzana Sermer larger image and caption

    Le père de Zuzana, Samuel Weinberger. Humenné, 1925.

  • Zuzana Sermer larger image and caption

    Zuzana Sermer, âgée de 3 ans. Humenné, 1927.

  • Zuzana Sermer larger image and caption

    La mère de Zuzana Sermer, Vilma (née Stern) Weinberger. Humenné, Tchécoslovaquie, 1932.

  • Zuzana Sermer larger image and caption

    Zuzana, âgée de 10 ans, figurant sur sa photo de classe de 4e année. Elle est assise à côté de son enseignante, au deuxième rang, quatrième à partir de la gauche. Seuls 4 de ses 24 camarades de classe juifs ont aussi survécu. Humenné, 1934.

  • Zuzana Sermer larger image and caption

    Zuzana, âgée de 12 ans (à l’arrière-plan, au centre), en compagnie de ses amies Irena (au premier plan); Anna (à gauche) et Irma (à droite). Humenné, 1936.

  • Zuzana Sermer larger image and caption

    Zuzana, âgée de 14 ans, figurant sur sa photo de classe de 9e année. Elle est assise au deuxième rang, à l’extrême droite. Un seul de ses huit camarades de classe juifs a aussi survécu. Humenné, 1938-1939.

  • Zuzana Sermer larger image and caption

    Zuzana, âgée de 14 ans (à droite), en compagnie de ses amies Vera (au centre) et Betty (à gauche). Humenné, 1938.

  • Zuzana Sermer larger image and caption

    Zuzana avec ses cousins à Humenné en 1939. À l’arrière-plan, de gauche à droite : Feri, Zuzana et Jozsi. Au premier plan, assis : Gyuri, un cousin du côté de son père, et Erwin.

  • Zuzana Sermer larger image and caption

    Zuzana et son cousin Feri. Humenné, 1939.

  • Zuzana Sermer larger image and caption

    Zuzana, âgée de 16 ans (à droite), portant le brassard jaune imposé aux Juifs, en compagnie de son amie Annie Moskovicova. Humenné, 1940.

  • Zuzana Sermer larger image and caption

    Zuzana (à droite) en compagnie de ses amies Regina (à gauche) et Berta (au centre), portant toutes l’étoile de David jaune désormais obligatoire. Humenné, 1940.

  • Zuzana Sermer larger image and caption

    Zuzana (à l’arrière-plan, à gauche) lors d’un voyage de camping organisé par le Hashomer Hatzaïr en 1940.

  • Zuzana Sermer larger image and caption

    Zuzana en compagnie de ses amis Ernie (à gauche) et Ladislav Grossman (à droite), auteur du scénario du film primé The Shop on Main Street (Le Miroir aux alouettes, 1965). Humenné, 1940.

  • Zuzana Sermer larger image and caption

    Zuzana et ses amis à Humenné en 1941. De gauche à droite : Jan, Bela, Viola, Zuzana et Jan, qu’elle a aidé à sortir de prison après la guerre.

  • Zuzana Sermer larger image and caption

    Zuzana lors de son voyage de noces dans les Hautes Tatras après la guerre. 1945.

  • Zuzana Sermer larger image and caption

    Zuzana et son mari, Arthur, avec le frère d’Arthur, Victor (à gauche), et une amie. Bratislava, 1947.

  • Zuzana Sermer larger image and caption

    Zuzana et son mari, Arthur Sermer en 1950.

  • Zuzana Sermer larger image and caption

    Arthur, le mari de Zuzana, avec ses frères après la guerre. De gauche à droite : Eman, Victor et Arthur. Bratislava, vers 1950.

  • Zuzana Sermer larger image and caption

    Zuzana et son mari, Arthur, avec les frères d’Arthur et leurs femmes, à Toronto, à la fin des années 1970. De gauche à droite : Zuzana et Arthur, Eman et Yolana, Victor et Mary.

  • Zuzana Sermer larger image and caption

    Zuzana et Arthur, à l’occasion du mariage de leur fils Michael. New York, 1983.

  • Zuzana Sermer larger image and caption

    Zuzana et Arthur, à l’occasion du mariage de leur fils Matthew. Toronto, 1990.

  • Zuzana Sermer larger image and caption

    Zuzana et Arthur Sermer en compagnie de leurs petits-enfants à l’occasion de la bat mitsvah de leur petite-fille Julie. Debout à l’arrière-plan, de gauche à droite : David, Mark, Tanya, Nicole et Julie. Au premier plan, de gauche à droite : Corey, Arthur, Jessica, Zuzana et Becky. Toronto, 1996.

  • Zuzana Sermer larger image and caption

    Toute la famille Sermer à l’occasion de la bat mitsvah de la petite-fille de Zuzana, Julie. Debout à l’arrière-plan, de gauche à droite : la petite-fille de Zuzana, Nicole; son fils Mark; sa fille Tamara; son fils Paul; la femme de Paul, Susan; la femme de son fils Matthew, Lillian; Matthew; son fils Michael; la femme de Michael, Margi; sa petite-fille Tanya; et sa petite-fille Julie. Au premier plan, de gauche à droite : le petit-fils de Zuzana, David; son mari, Arthur; ses petits-enfants Corey et Jessica; Zuzana; et sa petite-fille Becky. Toronto, 1996.

  • Zuzana Sermer larger image and caption

    Zuzana et Arthur, avec leurs enfants lors du mariage de leur fille Tamara. Debout derrière Zuzana et Arthur, de gauche à droite : Michael, Tamara, Paul et Matthew. Toronto, 1996.

  • Zuzana Sermer larger image and caption

    La petite-fille de Zuzana, Becky Sermer, lors de sa bat mitsvah. Elle tient dans ses mains un rouleau de la Torah provenant de la ville tchèque d’Uhlířské Janovice; ce rouleau a été restauré après l’Holocauste par un groupe de philanthropes à Londres, en Angleterre. Connecticut, 23 juin 2001.

Le livre

Cover of Trousse de survie

Trousse de survie

Pour la deuxième fois, je me retrouvais sur le point de subir un interrogatoire… Cette fois, je n’avouerais pas que j’étais juive, car cela signifierait la mort. J’étais décidée à ne pas laisser ces brutes m’ôter la vie. Ces pensées m’ont insufflé un regain de courage.

More Survivors

Close

Trousse de survie

Avant cette période tragique, Humenné abritait une communauté juive dynamique et florissante. Nous avions trois lieux de culte, dont le plus fréquenté était la synagogue orthodoxe où se rendait mon père. Il s’agissait d’un nouvel édifice impressionnant, construit au début des années 1930. Bien avant la guerre, on y célébrait toutes les fêtes nationales tchécoslovaques et lors d’événements nationaux, on y invitait les notables locaux, dont le maire et même le colonel de l’escadron militaire de la région.

Après avoir écouté les explications de Jozef, je me suis habillée en vitesse, je lui ai demandé de rester auprès de ma mère inquiète, puis je me suis lancée à la recherche des membres du Conseil juif en espérant qu’ils pourraient m’aider. J’en ai trouvé un que je connaissais assez bien, mais il s’est montré très pessimiste. Il m’a révélé qu’un autre convoi se préparait et qu’il fallait que la police puisse remplir son quota de 100 personnes pour le soir même. Selon lui, il était inutile d’aller porter secours à mon père. Je me suis donc rendue seule au poste de police.

Je suis arrivée sur place à 7 heures. Tout était calme ; l’édifice était plongé dans un profond silence. Le bureau principal n’ouvrait qu’à 8 heures. M’aventurant dans les rares couloirs, j’ai fini par trouver l’officier de service. Le visage impassible, l’homme, qui m’était inconnu, semblait totalement indifférent à ma présence et à mon problème. Je l’ai supplié de libérer mon père pour qu’il puisse retourner auprès de sa femme souffrante – c’est tout juste si je ne me suis pas jetée à ses genoux. J’ai déclaré sans marquer d’hésitation qu’il s’agissait d’une erreur, que mon père était chrétien, qu’il n’aurait jamais dû se trouver à la synagogue. J’ai promis que cela ne se reproduirait jamais plus. Le policier a regardé l’horloge : elle affichait alors 7 h 15. Sans mot dire, il a quitté le bureau en me faisant signe que je sorte aussi, puis il m’a fait patienter dans les escaliers.

Quand j’ai aperçu mon père près d’une demi-heure plus tard, il avait l’air anéanti, pressant toujours contre lui son sac en velours marine qui contenait son livre de prières, son tallis (châle de prière) et ses tefillin (phylactères). Son certificat de conversion se trouvait dans sa poche. L’officier n’a fait aucun commentaire concernant le sac ni son contenu et n’a prêté aucune attention à mes expressions de gratitude. Ses pensées étaient peut-être ailleurs, ou peut-être avait-il peur. Heureusement pour nous, il ne semblait guère soucieux de se plier aux exigences de son travail. Si seulement plus de fonctionnaires dans sa situation avaient agi comme lui ! Finalement, il a lancé : « Partez, et ne traînez pas ! »

Sur le chemin du retour, alors que nous approchions silencieusement de notre appartement, nous nous serrions la main très fort, mon père et moi. À notre arrivée, Jozef était toujours là qui attendait avec ma mère. Ils nous ont dévisagés, n’en croyant pas leurs yeux.

Lorsque je repense à cet événement et aux nombreux autres épisodes liés à ma survie, je me demande quelle force me poussait. Qu’est-ce qui m’a incitée à me rendre au poste de police ? N’avais-je pas l’instinct d’assurer d’abord ma propre protection ? Peut-être n’étais-je pas assez futée pour percevoir le danger qui me menaçait. Peut-être surestimais-je mon invincibilité, comme le font la plupart des jeunes gens. Moi qui supportais à peine mes cachettes forcées, je me suis précipitée dans la fosse aux lions dès que j’ai su que mon père avait été arrêté !