Le Programme des mémoires de survivants de l’Holocauste

Willie Sterner

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Né(e)
15 septembre 1919 Wolbrom, Pologne

Map of Mukacevo, Czechoslovakia

Immigré(e)
1948 Montreal

Pendant six années, le talent de peintre de Willie Sterner parvient à le sauver de la mort aux mains des nazis. W. Sterner doit faire face à des conditions inhumaines dans un camp de travaux forcés, ainsi qu’à la mort brutale de sa famille proche. Le sort a voulu que Sterner soit transféré à Emalia, l’entreprise d’Oskar Schindler qui le protège et fait de lui son restaurateur d’art personnel. Les Ombres du passé relate aussi le parcours de Willie et d’Eva, sa femme, qui refont leur vie au Canada. Ce récit captivant témoigne de la détermination remarquable dont W. Sterner a fait preuve pour survivre.

À propos de Willie

Willie Sterner est né à Wolbrom, en Pologne, le 15 septembre 1919. Aîné d’une famille de sept enfants, il est le seul à avoir survécu à l’Holocauste. Après la guerre, il a vécu dans des camps de personnes déplacées en Autriche, où il est devenu chef de la police juive. Willie et sa femme, Eva, ont immigré au Canada en 1948 et se sont installés à Montréal. Willie Sterner est décédé en 2011.

Photos et Objets

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    Le père de Willie Sterner, Hersz Leib Sterner, soldat dans l’armée russe pendant la Première Guerre mondiale. Vers 1915.

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    La mère de Willie Sterner, Hinda Reizel Sterner. Vers 1921.

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    Hinda Reizel Sterner avec le frère de Willie, Abraham, et sa sœur, Ida, au spa où Hinda Sterner se rendait pour des traitements contre l’arthrite. Buko-Zdrój, 1928.

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    Willie Sterner à 19 ans, avec sa famille, peu avant la guerre. De gauche à droite (derrière) Willie ; la mère de Willie, Hinda ; son père, Hersz ; et son frère, Josel Meier, 16 ans ; (devant) les sœurs de Willie ; Ida, 12 ans ; Rachel, 9 ans ; Sarah, 6 ans ; Genia, 11 ans ; et son frère Abraham, 14 ans. Cracovie, 1938.

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    Willie au travail dans l’entreprise de son père, Peinture en bâtiment, décoration et enseignes. Cracovie, 1938.

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    Willie en gardien de but de l’équipe juive de soccer Gwiazda, qui faisait partie du club de sport de l’organisation Poalé Tsiyyon. Cracovie, 1938.

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    Willie (à gauche) avec son ami Leon Monderer (au centre) et un autre ami, sur la Vistule. Cracovie, 1938.

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    Willie (deuxième à partir de la gauche) avec ses amis Ida (extrême gauche), Sarah (deuxième à partir de la droite) et Leon devant le Palais Wawel. Cracovie, 1938.

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    Willie (quatrième à partir de la droite) durant son premier été à l’école de préparation militaire. Cracovie, 1938.

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    Willie (deuxième à partir de la gauche) avec son amie Ida (troisième à partir de la gauche) ; sa petite amie, Helen (deuxième à partie de la droite) ; et Leon (extrême droite). Cracovie, 1938.

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    Willie (à gauche) durant son deuxième été à l’école de préparation militaire. Cracovie, 1939.

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    Willie et quelques amis pendant la guerre, portant des brassards qui les identifient comme Juifs. De gauche à droite : Joseph, Helen, Willie et Rosie. Cracovie, 1940.

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    Kazimiera (Kazia) Strzalka, l’amie et voisine de Willie à Wolbrom qui l’a recueilli et l’a ensuite aidé quand il était dans le camp de travail de Rakowice. Wolbrom, 1941. Elle lui a aussi donné les précieuses photos de sa famille qui se trouvent dans ce livre.

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    Le nom de Kazimiera Strzalka inscrit sur le mur du Jardin des Justes parmi les nations à Yad Vashem, le mémorial israélien de Jérusalem en souvenir des martyrs et des héros de l’Holocauste. Kazimiera Strzalka est la seule personne de Wolbrom qui a reçu le titre de « Juste parmi les nations » de Yad Vashem.

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    L’usine d’émaillage de Schindler, la Deutsche Emailwaren Fabrik (DEF) au numéro 4 de la rue Lipowa dans le quartier Zabłocie de Cracovie. (Avec l’aimable autorisation de Noa Cafri).

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    Willie (debout, au centre) avec la force de police juive, au camp de personnes déplacées de Lichteneck. Wels, Autriche, 1945.

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    Willie (à droite) avec Stefan, un soldat américain, au Camp de personnes déplacées de Lichteneck. Wels, 1945.

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    Willie (à droite) au camp de personnes déplacées de Bindermichl. Linz, Autriche, 1946.

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    Willie et sa femme, Eva, à la villa impériale de l’empereur François-Joseph Ier, peu après leur mariage. Bad Ischl, Autriche, 1946.

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    Willie dans son uniforme de chef de la police juive au camp de personnes déplacées de Bindermichl. Linz, Autriche, 1946.

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    Willie (au centre) marchant fièrement avec des membres de la police juive. Salzbourg, Autriche, 1946.

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    Carte d’identité de Willie en tant que chef de la police juive. Linz, 1946.

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    La police juive de Linz-Bindermichl. Le tableau peint par Willie au centre, en haut, est un autoportrait. Linz, 1946.

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    Willie (à droite) et Leon Green (à gauche) à Dachau où ils étaient allés témoigner aux procès pour crimes de guerre. 1947.

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    Willie (dernier rang, deuxième à partir de la droite) avec le groupe de réfugiés venus du camp de personnes déplacées de Linz-Bindermichl afin de témoigner aux procès de Dachau pour crimes de guerre. 1947.

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    (Photographie à gauche) La femme de Willie, Eva (à gauche) et sa camarade réfugiée Bella Piler à une cérémonie du souvenir à Gunskirchen, à côté du monument érigé pour commémorer les Juifs morts au camp ; (en bas à droite) la femme de Willie, Eva (à gauche); Willie (au centre); et Bella devant le monument. Gunskirchen, 1947.

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    Willie et sa femme, Eva, dans le train de Salzbourg (Autriche) à Bremerhaven (Allemagne), en route vers le Canada. 1948.

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    Willie en tant que membre de la police militaire à bord d’un bateau de transport militaire, le General M.B. Stewart, à bord duquel lui et sa femme, Eva, sont allés au Canada, 1948.

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    Débarquement de Willie à Halifax la veille de Rosh Hashanah, 1948.

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    Bar mitsvah d’Harry Sterner, le fils de Willie, à la synagogue Young Israel of Val Royal. Montréal, 1965.

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    Bar mitsvah d’Abie Sterner, le fils de Willie, à la synagogue Young Israel of Val Royal. Montréal, 1969.

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    Willie et sa femme, Eva, dansant à une fête. Montréal, 1970.

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    Willie dans son débit de tabac. Montréal, 1982.

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    Willie devant le monument dédié aux victimes du camp de Płaszów pendant la Marche des Vivants. Cracovie, 2000.

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    Le monument sur le site de l’ancien camp de la mort de Treblinka qui commémore, entre autres, les victimes juives de Wolbrom. Małkinia Górna, Pologne, 2000.

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    Willie et sa femme, Eva, (deuxième rang, au milieu), avec le groupe de la Marche des Vivants à Płaszów, en 2000.

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    Willie Sterner et sa famille. De gauche à droite (en commençant en bas à gauche) : l’arrière-petite-fille de Willie, Kaylay (assise) ; Melanie, sa petite-fille ; Seana, sa petite-fille ; Harry ; Patricia, sa petite-fille (et mère de Kaylay) ; Jessica, la fille d’Harry ; Willie ; son fils Abie ; et sa femme Eva. Montréal, 2005.

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    Willie Sterner et sa famille. De gauche à droite (derrière) : Harry, le fils de Willie ; Melanie, la fille d’Harry ; Jessica, la fille d’Harry ; Nicole, la femme d’Abie, le fils de Willie ; et Willie ; (assis devant) : Patricia, la fille d’Abie ; Seana, la fille d’Abie ; et Eva la femme de Willie. Montréal, 2005.

Le livre

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Les Ombres du passé

J’ai été très étonné qu’Oskar Schindler, un capitaine de l’industrie allemande, s’adresse à moi non pas comme à un Juif mais comme à une personne normale…

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Les Ombres du passé

Peu après le début de la guerre, le gouvernement soviétique a ouvert ses frontières et de nombreux Juifs sont passés en Union soviétique pour échapper aux nazis. Mais beaucoup sont aussi restés sur place. Certains refusaient d’aller vivre dans un pays communiste et d’autres ne voulaient pas quitter leur maison et leurs biens durement acquis. Les anciens, qui se souvenaient de la politesse de l’occupant allemand pendant la Première Guerre mondiale, ne pouvaient imaginer les crimes dont ces soldats allaient se rendre coupables. Et beaucoup de Juifs n’avaient pas les moyens de partir car ils avaient des familles nombreuses avec des enfants en bas âge. C’était le cas de mes parents, avec sept enfants à charge, dont une fillette de cinq ans. Pour compliquer la situation, ma mère souffrait d’arthrite. Il nous était impossible de nous rendre tous en Union soviétique.Au début du printemps 1940, mes bons amis Leon Monderer et Jozef Szarp sont allés à Lwów, en Pologne sous occupation soviétique. Ils ont passé la frontière soviétique alors ouverte et ont été libérés du joug nazi. Après avoir trouvé du travail à Lwów, ils ont pris le risque de revenir à Cracovie quelques jours pour revoir leurs familles et leurs amis. Avant de retourner en zone d’occupation soviétique, Leon et Jozef m’ont rendu visite et m’ont demandé de les accompagner. Ils m’ont affirmé qu’ils avaient un bon travail pour moi et que je devrais saisir l’occasion d’échapper à l’oppression nazie. Quel tourment que cette décision ! Pouvais-je quitter ma chère famille à un moment aussi critique ? Mais je ne leur étais pas d’une grande utilité à Cracovie et j’avais la possibilité de bien m’en sortir à Lwów avec mes amis. J’ai décidé d’opter pour ma liberté. Le coeur gros, j’ai choisi de partir.

Mes parents n’ont pas remis en question ma décision ; ils voulaient que j’échappe à ce qui se passait en Pologne. Ma mère m’a préparé une valise avec des chemises, des pantalons, des chaussettes et une veste. J’étais prêt à partir. J’ai d’abord dit au revoir aux miens puis mes parents m’ont poussé vers mes amis qui attendaient près de la porte. « J’espère vous revoir bientôt », ai-je murmuré avec émotion à mes parents. Mais ensuite, je me suis retourné et j’ai vu tous les membres de ma famille côte à côte. Mes soeurs cadettes pleuraient. Cette image a été si pénible que je n’ai pas pu partir. J’ai posé ma valise par terre et j’ai dit à mes amis de s’en aller sans moi. Je leur ai déclaré : « J’espère qu’un jour nous nous retrouverons libres, mais je ne quitterai pas ma famille. »

Leon et Jozef ont été déçus, mais ils ont compris ce que je ressentais. Nous nous sommes dit au revoir et avons exprimé le souhait de nous revoir après la guerre. J’ai eu du mal à quitter mes meilleurs amis, parce que je ne pouvais m’empêcher de penser que nous ne nous reverrions jamais. Mais si j’étais parti avec eux, je ne me le serais jamais pardonné. J’étais très heureux d’avoir décidé de demeurer avec les miens. J’ai su alors que je ne les quitterais jamais et que nous ferions face ensemble aux épreuves à venir, quelles qu’elles soient. C’était là mon point de vue, le seul possible pour moi. Je regrettais seulement de ne pas être d’une plus grande utilité pour ma famille.

Je pense encore à l’époque où j’aurais pu me rendre en Union soviétique pour sauver ma vie et échapper aux Allemands. À Cracovie, nous étions pourchassés par les nazis comme des animaux dans la jungle. Nous subissions la faim, la terreur et l’humiliation. Chaque journée était une épreuve et je ne supportais pas de voir ma famille souffrir. Je me sentais impuissant, en colère et malheureux de ne pas pouvoir les aider. Si seulement nous avions tous pu fuir en Union soviétique !