Le Programme des mémoires de survivants de l’Holocauste

William Tannenzapf

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Né(e)
06 janvier 1911 Stanislawów, Pologne

Map of Mukacevo, Czechoslovakia

Immigré(e)
1948 Toronto

William Tannenzapf est déterminé à survivre et à sauver sa femme et leur bébé des griffes des nazis qui se resserrent sur leur ville d’origine, Stanislawów. Renate, blonde, angélique, le « bébé miraculé », est née alors que le monde sombrait dans la guerre et s’est rapidement retrouvée entourée par la misère et la mort. Affamé, réduit en esclavage, Tannenzapf confie sa fille à une famille polonaise pour que la petite puisse vivre dans l’ « innocence de l’enfance » – toujours sous le regard aimant de ses parents. Plus tard, parents et enfant sont réunis et jetés dans les tourments de la vie de réfugiés puis d’immigrés dont Renate Krakauer offre un aperçu fascinant, de son point de vue d’enfant survivante. Ses observations profondes sont un contrepoint émouvant aux réflexions d’adulte de son père sur les mêmes événements. Cet ouvrage captivant offre ainsi au lecteur l’opportunité rare de lire les récits de survie de deux membres d’une même famille, de deux générations.

À propos de William

William Tannenzapf est né en 1911, et sa fille, Renate, a vu le jour en mars 1941, durant l’occupation nazie. La famille a immigré au Canada en 1948. William Tannenzapf est décédé en 2011, à l’âge de 100 ans. Renate Krakauer vit à Toronto, où elle consacre notamment son temps à la rédaction de nouvelles et d’essais, dont plusieurs ont été publiés.

Photos et Objets

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    William Tannenzapf. 1929.

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    Charlotte, la future femme de William. 1929.

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    Nitka (Johanna) Feld, la sœur de William.

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    Klara, la sœur aînée de William.

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    Nusko Feld, le mari de Nitka (la sœur de William), et leur fils Milek.

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    Charlotte (assise à droite), la femme de William, en uniforme de scout, en compagnie des « filles du groupe de la Menorah ». 1927.

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    Charlotte (à l’arrière-plan, à gauche), la femme de William, et Tulo Wuhl (au premier plan, à droite), le cousin de William, en compagnie de leur « groupe de la Menorah ». Stanisławów, février 1932.

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    Raizel Mandel, la belle-mère de William. 1926.

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    Charlotte, la femme de William, et sa sœur Mańka Mandel. Prague. Vers 1930.

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    De gauche à droite : Içio et Jacek (les frères de Charlotte), Charlotte et Halina (la femme de Jacek). Zakopane, Pologne, juillet 1935.

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    La femme de William, Charlotte, en compagnie de membres de sa famille. De gauche à droite : Mańka (la sœur de Halina Mandel), Charlotte, Mańka (la sœur de Charlotte) et Halina (la belle-sœur de Charlotte), avec sa fille Sylvia dans ses bras. Łaziska Górne, Pologne, 1937.

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    La fille de William, Renate, à l’âge de 4 ans. Stanisławów, septembre 1945.

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    La femme de William, Charlotte, et leur fille, Renate. Brzeg nad Odrą, 1946.

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    William, Charlotte et Renate. Camp de personnes déplacées d’Eggenfelden, Allemagne, 1946-1947.

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    William et sa fille Renate en route pour un pique-nique. Eggenfelden, 1947.

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    La fille de William, Renate, sur scène. Eggenfelden, 1946.

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    La fille de William, Renate (rangée du centre, deuxième en partant de la droite), avec ses camarades de maternelle et leur enseignante, Mme Silber. Eggenfelden, 1946.

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    La fille de William, Renate (deuxième en partant de la droite), en compagnie de sa meilleure amie Bogusia (première en partant de la gauche) et d’autres camarades. Eggenfelden, 1947.

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    William Tannenzapf (deuxième en partant de la droite) devant l’école de l’ORT, où il était principal. Eggenfelden, 1947.

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    Élève en communications de l’école de l’ORT, où William était principal. Camp de personnes déplacées à Pöcking, Allemagne, vers 1947.

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    Esther, la plus jeune sœur de William, en compagnie de son mari Mordechai et de leur fille Nili. Israël, 1948.

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    William Tannenzapf (troisième à partir de la droite) lors d’une marche célébrant la création de l’État d’Israël. Eggenfelden, mai 1948.

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    Carte de membre de la Jewish Medical Association de Charlotte, la femme de William, Munich, zone d’occupation américaine, Allemagne, 1948.

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    Documents canadiens d’immigration de William, de Charlotte, sa femme, et de Renate, sa fille. 1948.

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    Charlotte, la femme de William, avec des amis. À l’arrière-plan, de gauche à droite : M. et Mme Ackerman (survivants de l’Holocauste comme les Tannenzapf) et Charlotte; au premier plan, de gauche à droite : Renate, Maxie Ackerman, une personne non identifiée et Charlotte (l’amie de Renate). Val-Morin, Québec, 1953.

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    William, sa fille, Renate, et sa femme, Charlotte. Montréal, vers 1950.

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    Charlotte, la femme de William, avec des amis. À l’arrière-plan, de gauche à droite : M. et Mme Ackerman (survivants de l’Holocauste comme les Tannenzapf) et Charlotte; au premier plan, de gauche à droite : Renate, Maxie Ackerman, une personne non identifiée et Charlotte (l’amie de Renate). Val-Morin, Québec, 1953.

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    La femme de William, Charlotte Tannenzapf. Montréal, 1955.

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    Photographie de William (Bill) Tannenzapf illustrant un article du Westinghouse News annonçant le prix qu’il avait remporté pour l’un de ses trois brevets déposés dans le domaine du balisage lumineux des aéroports. Hamilton, juillet 1979.

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    La famille de William à l’occasion de la bar mitsvah de son petit-fils, Rob Krakauer, à Toronto, en 1978. À l’arrière-plan, de gauche à droite : Charlotte et William Tannenzapf, Renate Krakauer; au premier plan, de gauche à droite : Lianne, Rob et Susan Krakauer.

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    William au mariage de son petit-fils, Rob Krakauer, avec Jill Nurse, le 8 octobre 2008. De gauche à droite (debout) : Lianne Krakauer, Susan Krakauer, William Tannenzapf, Jill Nurse, Rob Krakauer, Hank Lobbenberg et Renate Krakauer. Au premier plan : Charlotte Tannenzapf.

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    Renate Krakauer et son mari, Hank Lobbenberg. Toronto, 2008.

Le livre

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Souvenirs de l’abîme / Le Bonheur de l’innocence

...la décennie tragique que nous avions vécue pendant la guerre et l’après-guerre a pris fin, et nous sommes entrés dans une ère nouvelle, porteuse de grands espoirs.

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Souvenirs de l’abîme / Le Bonheur de l’innocence

Un jour, des officiers hongrois sont venus à la centrale électrique pour visiter différents services. Ils sont entrés dans mon bureau et nous avons eu une brève conversation d’ordre professionnel. Avant de partir, ils m’ont dit qu’ils savaient que j’étais juif, en m’expliquant que cela n’avait pas d’importance pour eux, mais que je pouvais m’attendre à vivre des moments extrêmement difficiles lorsque les Allemands les auraient bientôt remplacés. Par mesure de sécurité, ils m’ont suggéré de cesser de travailler et de ne plus me présenter à mon bureau. J’ai suivi leur conseil.

L’armée hongroise a quitté la ville à la fin du mois de juillet 1941. De petits bataillons d’unités spéciales allemandes ont été déployés à sa suite, y compris la Gestapo (Geheime Staatspolizei), la police secrète d’état réputée pour son extrême cruauté. Ils ont installé leur quartier général dans l’édifice vacant du palais de justice polonais. Flanquée de policiers casqués, botté.s et lourdement armés, la Gestapo patrouillait dans la ville, intimidant la population tout entière. Les Juifs ont alors senti le souffle de la mort les talonner – sentiment qui s’est confirmé quelques heures à peine après l’arrivée des nouveaux occupants. La Gestapo a rassemblé les anciens membres du kahal municipal (assemblée locale élue que le gouvernement polonais avait autorisée avant la guerre à représenter les communautés juives, et que les Soviétiques avaient dissoute). Les Allemands les ont d’abord passés à tabac, cassant notamment le bras d’un dénommé Seibald. Ils ont ensuite institué un Judenrat (Conseil juif ), puis désigné vice-président un ancien banquier nommé Lamm – qu’ils surnommaient << Lämmchen >> (agnelet) en signe de mépris. Le Judenrat servait d’intermédiaire entre la Gestapo et la communauté juive ; en d’autres termes, il transmettait et exécutait les ordres de la Gestapo.

Le premier ordre nous concernant directement a été donné deux jours plus tard. La Gestapo a sommé tous les dirigeants et les membres des professions libérales de la communauté juive de se présenter à son quartier général à des heures précises, selon leur occupation. Le refus d’obtempérer .tait passible de mort. Le mari de ma soeur Nitka, Nusko Feld, qui enseignait au lycée, et la soeur de Charlotte, Manka, qui était pharmacienne, s’y sont rendus. Pharmacienne elle aussi, Charlotte voulait se joindre à Manka, mais comme j’avais étudié à Prague dans des établissements allemands, cela ne m’inspirait aucune confiance. J’ai donc catégoriquement refusé d’y aller et cherché avec insistance à convaincre Charlotte d’en faire autant. Si elle choisissait de partir, ai-je même menacé, je ne m’occuperais pas de notre fille, qui était souffrante à l’époque. Cette menace a porté ses fruits : Charlotte ne s’est pas rendue au quartier général de la Gestapo. Or, seuls quelques médecins ont été reléchés, dont un ami à nous qui était dentiste. Il nous faisait confiance et nous a raconté ce qui s’était passé. Les autres ont été emprisonnés sans explication ; aucune communication avec eux n’a été permise, ni aucune raison fournie pour leur arrestation.

Notre ami nous a appris que les détenus avaient été sauvagement battus et soumis à des sévices psychologiques par la Gestapo qui recourait à des méthodes sophistiquées de torture. Bientôt, la rumeur (sans doute lancée par la Gestapo) a couru que nous pouvions faire parvenir de la nourriture aux prisonniers. Bien qu’il ait été extrémement difficile d’obtenir des vivres, les familles ont commencé à acheminer des colis, sans savoir si leurs proches les recevaient. Quelques mois plus tard, nous avons appris que les prisonniers n’avaient absolument rien reçu et que chacun d’entre eux avait été affamé et torturé. Certains avaient été tués, d’autres étaient morts, et les survivants avaient été transportés par camions dans les bois avoisinants où ils avaient été exécutés.