Le Programme des mémoires de survivants de l’Holocauste

Steve Rotschild

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Né(e)
10 novembre 1933 Vilnius, Lituanie

Map of Mukacevo, Czechoslovakia

Immigré(e)
1951 Montreal

Steve Rotschild, 10 ans, apprend à se cacher, à être silencieux et tranquille — et à attendre. Il connaît le bruit des bottes de l’armée allemande et sait retenir son souffle jusqu’à ce que les pas s’éloignent. Steve nous emmène dans un voyage captivant à travers son enfance à Vilna, pendant la guerre, juxtaposant avec éloquence son passé fait de sorties furtives du Ghetto, avec ses longues promenades libératrices dans Toronto, 50 ans plus tard. Évoquant de façon vivante ses expériences, cette histoire de survie et d’amour inconditionnel d’une mère marque d’une manière indélébile le lecteur de Des traces de ce qui était.

À propos de Steve

Steve Rotschild est né en 1933, à Vilnius, en Lituanie. Il a immigré en Israël avec sa mère et son beau-père en 1949, et de là, au Canada. Il a épousé Lillian Blumenfeld à Montréal en 1956, et ils se sont ensuite installés à Toronto, où ils ont élevé leurs deux filles. Steve Rotschild, qui vit à Toronto, a cinq petits-enfants.

Photos et Objets

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    La grand-mère paternelle de Steve, Shayneh Galerkin (à l’arrière-plan, à l’extrême droite), avec des amies, à Vilnius avant la guerre. Vers 1920.

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    Les grands-parents maternels de Steve, Berl et Michleh Goldberg. Vilnius, vers 1920.

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    Les parents de Steve, Esther et Benzion Galerkin. Vilnius, vers 1930.

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    Steve, à l’âge de 3 ans.

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    Le frère de Steve, Emanuel (Monik), à l’âge d’environ 1 an.

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    Steve et sa mère avec la famille Dzeviatnikov. Les Dzeviatnikov, qui ont été les propriétaires de la famille de Steve, ont aidé plus tard ce dernier à se cacher. Debout à l’arrière-plan : M. et Mme Dzeviatnikov; à l’avant-plan, de gauche à droite : Steve; Luba Dzeviatnikov; la mère de Steve, Esther; et Georgic Dzeviatnikov. Vilnius, 1938.

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    Steve (à gauche) avec ses cousines Ester (au centre) et Miriam (à droite) après la guerre. Vilnius, 1945.

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    Steve et sa mère après la Libération. Vilnius, 1946.

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    Immeubles du camp de travaux forcés HKP, où Steve jouait pendant que ses parents travaillaient. Photo prise en 1993.

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    La cour du 9, rue Szpitalna, dans l’ancien ghetto de Vilnius, où Steve a demeuré après avoir vécu dans la famille Fiodorov. Photo prise par Steve en 1993.

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    Steve et sa mère se recueillant sur la tombe de son frère Monik. Cimetière de Vilnius, 1993.

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    Plaque commémorative sur les lieux de l’ancien camp de travaux forcés HKP. Photo prise en 1993.

Le livre

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Sur les traces du passé

C’est à la fin de mars 1944, par un jour lumineux et ensoleillé de début de printemps, l’époque du renouveau, que les SS sont venus prendre les enfants.

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Sur les traces du passé

Nous étions à la fin du mois de mars 1944. C’est par une journée froide, claire et ensoleillée, au début du printemps, le temps du renouveau, que les SS sont venus prendre les enfants. Ceux qui ont survécu au camp connaissent cet événement sous son nom allemand : Die Kinderaktion. Ce mot semble avoir une connotation si bienveillante, comme « jardin d’enfants » ou « jeu d’enfants ». Mais en ce jour ensoleillé, c’est pour massacrer les petits que les ss sont venus. Pourquoi ? Parce qu’ils n’étaient d’aucune utilité à l’effort de guerre allemand. Il fallait nourrir ces enfants, mais ils ne produisaient rien en retour.

Nous n’avions pas été avertis, mais dès que l’opération a débuté, la rumeur s’est répandue comme un feu de forêt. Les mères et les pères se sont précipités pour trouver des endroits où cacher leurs enfants. Ma mère connaissait quelqu’un qui avait construit une cachette et nous avons couru pour nous y abriter, mais il n’y avait plus de place.

On entendait le fracas en bas – les nazis fouillaient le moindre recoin. Que faire ? Où se cacher ? Nous nous tenions dans le couloir tandis que les gens passaient devant nous en courant. Ma mère serrait fort Monik dans ses bras, et Miriam s’accrochait à la jupe de Fruma. J’ai alors révélé à ma mère et à Fruma l’existence de notre cachette au grenier et nous nous sommes aussitôt dirigés vers la cage d’escalier, puis nous avons gravi les marches. Il y avait du monde. Certains filaient vers le grenier, d’autres en descendaient.

À l’étage suivant, nous avons croisé un petit garçon que je connaissais mais dont j’ai oublié le nom. Il était plus petit que moi alors qu’il avait à peu près mon âge. C’était un artiste. Il faisait des merveilles avec du papier et un crayon, des dessins étonnants de personnes, d’objets et de paysages. Plutôt solitaire, il ne courait pas avec notre bande et n’était pas au courant de notre cachette. Je lui ai demandé de venir avec nous, mais il est resté là, au coin du palier, pétrifié. Il fallait que j’avance. Je l’ai appelé encore une fois depuis le haut de l’escalier, mais il n’a pas bougé, me fixant de ses grands yeux sombres.

Au grenier, quelques personnes étaient déjà cachées avec leurs enfants derrière la poutre. Ma mère, Miriam, Monik et moi nous sommes empressés de nous faufiler à l’intérieur avant de remettre en place la partie sciée. Fruma est restée dehors pour s’assurer qu’elle ne dépassait pas du reste de la poutre, puis elle est partie. Nous avons rampé aussi loin que possible, jusqu’à l’endroit où le toit en pente rejoignait le plancher, puis nous avons attendu en silence. Pendant longtemps, tout est resté très silencieux, puis nous avons entendu quelqu’un dans le grenier. Il marchait lentement, se rapprochait. Ma mère a serré fort mon petit frère. Personne n’a bougé. J’ai retenu mon souffle. Ce soldat verrait-il l’entaille dans la poutre ? Non, il ne l’a pas vue. Il est bientôt parti. Nous sommes restés pendant un long moment immobiles, à l’écoute, mais personne d’autre n’est venu au grenier. Lentement et en silence, nous avons commencé à nous dégager de ce lieu exigu. J’ai pu regarder à travers l’étroite fente qui séparait le toit du sol. Je voyais le portail et la zone alentour, un camion couvert d’une bâche vert sombre à l’intérieur des barrières et un homme en uniforme qui se tenait à l’arrière du véhicule face à une femme avec un foulard sur la tête et un jeune enfant dans les bras.

Le soldat s’est emparé de l’enfant, mais la femme refusait de le lâcher. Elle a fait mine d’entrer dans le camion avec son petit, mais l’homme l’a repoussée brutalement avant de lui arracher l’enfant des bras pour le placer à l’arrière. Voilà ce que j’ai vu. Voilà ce dont je me souviens.

Combien d’enfants juifs ont-ils emmenés pour les anéantir, sans qu’on sache ce qu’ils auraient pu devenir ? Le petit garçon sur le palier aurait pu être un grand peintre, mais je ne l’ai jamais revu.