Le Programme des mémoires de survivants de l’Holocauste

Marian Domanski

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Né(e)
20 juin 1928 Otwock, Pologne

Map of Mukacevo, Czechoslovakia

Immigré(e)
1970 Toronto

Marian Finkelman – qui deviendra plus tard Domanski – est en fuite dans la Pologne occupée par les nazis. Orphelin à 13 ans, il doit se débrouiller seul. Forcé de grandir trop vite, Marian risque sa vie à chaque fois qu’il sort du Ghetto de sa ville natale, Otwock, à la recherche de nourriture. Quand il s’échappe définitivement du Ghetto, seul et vivant d’expédients, il réussit à se faire passer pour un journalier catholique et sillonne la campagne polonaise.

Récit déchirant d’une enfance perdue, Traqué décrit de manière émouvante la vivacité d’esprit et la volonté exceptionnelle de survivre qui ont été les grandes forces de Marian Domanski.

À propos de Marian

Marian (Finkelman) Domanski est né en 1928 à Otwock, en Pologne. Il s’est enrôlé dans l’Armée de l’air polonaise après la guerre et a travaillé comme photographe avant d’aller s’installer au Danemark en 1968. Il a immigré au Canada deux ans plus tard et a été très actif dans la communauté juive polonaise de Toronto jusqu’à son décès en 2012.

Photos et Objets

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    Une des barrières du ghetto d’Otwock, dans la rue Warszawska, gardée par un soldat allemand. Marian a vécu dans le Ghetto de 1940 à 1942. (Photo reproduite avec l’aimable autorisation du musée d’Otwock)

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    La déportation des Juifs d’Otwock vers Treblinka le 9 août 1942. La photo a été prise par un voyageur à bord d’un train en marche. Marian est parti d’Otwock en avril 1942. (Photo reproduite avec l’aimable autorisation de l’Institut historique juif de Varsovie)

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    La Kennkarte – la carte d’identité obligatoire selon les règlements allemands pendant la Deuxième Guerre mondiale – que Marian Domanski a obtenue et qui « prouvait » qu’il n’était pas juif. (Photo 1 de 2)

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    La Kennkarte – la carte d’identité obligatoire selon les règlements allemands pendant la Deuxième Guerre mondiale – que Marian Domanski a obtenue et qui « prouvait » qu’il n’était pas juif. (Photo 2 de 2)

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    Marian Domanski âgé d’environ 17 ans. La photo a été prise à l’époque où il travaillait dans un studio de photographie à Dzierżoniów, en 1946.

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    Marian à la piscine de Piotrolesie, 1947.

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    Marian à l’École technique de l’Armée de l’air à Bemowo, 1950.

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    L’école no 2, fréquentée par Marian, vue depuis la rue Karczewskat. La photo a été prise en 2005. (Photo reproduite avec l’aimable autorisation de Piotr Cmiel)

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    La rivière Świder, qui coule près d’Otwock. (Photo reproduite avec l’aimable autorisation de Jan Tabencki)

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    La Villa Maria, située sur la rue Samorzadowa, à Otwock. Pendant l’occupation allemande, elle a abrité le quartier général de la police juive du Ghetto. (Photo reproduite avec l’aimable autorisation de Justyna Gornowicz)

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    Maison à toit de chaume, typique de la région où Marian a passé la guerre. Elle ressemble à celle où on lui a offert un logement, aux abords de Włodawa, alors qu’il était en route pour retrouver sa famille à Dubeczno, en avril 1942. La photo a été prise par Marian en 1993.

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    La ferme de Paul Siedlecki près de Łuków, où Marian a passé l’été 1943. La photo a été prise par Marian en 1993.

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    Monument commémorant la mise à mort de 2000 Juifs d’Otwock après la liquidation du Ghetto.

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    Krystyna Danko, d’Otwock, la ville natale de Marian, qui a caché et approvisionné la famille Kokoszko. Elle a reçu la distinction de « Juste parmi les nations », décernée par l’Institut commémoratif de Martyrs et des Héros de la Shoah de Yad Vashem, en 1999. Varsovie, 2007.

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    Le cimetière Karczew à Otwock, la ville natale de Marian. La plupart des pierres tombales ont été renversées et des maisons ont été construites en bordure du terrain. Au moment de la guerre, le cimetière se trouvait dans les faubourgs d’Otwock. Cette photo a été prise par Marian en 1933.

Le livre

Cover of Traqué
Lauréat de la Médaille d’Argent des Independent Publisher Book Awards 2011

Traqué

« Suis-je un criminel ? M’a-t-on condamné à mort ? » J’étais décidé à m’enfuir… Cette pensée ne m’a jamais quitté.

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Traqué

Je pressentais que ma survie dépendait de mon éloignement du Ghetto. J’ai trouvé un moyen de me rendre à Dubeczno, grâce au chef de gare d’un des petits villages où j’avais l’habitude d’aller. Un train pour Chełm, dans la région de Lublin, passait quotidiennement par cette gare dans laquelle il s’arrêtait brièvement. Après avoir obtenu cette information, j’ai décidé de rapidement mettre mon plan à exécution. En avril 1942, j’ai dit adieu à mes chers amis, les Cytryn, qui m’avaient traité comme l’un des leurs. Je connaissais beaucoup de trajets pour aller et venir hors du Ghetto et je ne voulais pas prendre le risque d’être capturé à la gare en quittant Otwock ou d’attirer l’attention en achetant un billet. Je me suis donc rendu à la gare du village où j’avais recueilli les renseignements du chef de gare et c’est là que je suis monté à bord du train.

Le voyage jusqu’à Dubeczno, avec le changement à Chełm et les divers autres arrêts, m’a pris 24 heures. Le trajet m’a semblé interminable et je m’inquiétais, car il était interdit aux Juifs d’utiliser les transports publics – je m’attendais toujours à ce que la police allemande arrête le train et vérifie l’identité des passagers. Je n’ai pas dormi – ou, si je l’ai fait, je n’ai pas distingué mes cauchemars de mes peurs conscientes. Par chance, la police militaire n’a pas contrôlé le train. Je suis arrivé sans problème au terminus, la station avant Włodawa. On avait changé les itinéraires des trains et celui-ci n’allait pas plus loin. J’ai donc été obligé de continuer à pied. J’ai marché avec d’autres voyageurs jusqu’à Włodawa. Il faisait presque nuit et nous voyions les contours de la ville se dessiner petit à petit à travers un épais brouillard.

Au moment où je suis arrivé, il faisait nuit et j’ai eu peur de marcher dans les rues de Włodawa à la recherche de mes autres parents, des cousins du côté de ma mère qui vivaient là. J’ai plutôt décidé de me rendre directement chez mon oncle. J’ai demandé à des passants quelle direction prendre pour aller à Dubeczno et une personne m’a finalement montré le bon chemin. Je me sentais inquiet et fatigué, j’étais seul, dans le noir, à la périphérie de la ville, au milieu de nulle part. Je connaissais tous les dangers que courait un Juif à la fin avril 1942. J’avais conscience que j’étais dans les faubourgs, mais je ne savais pas exactement où je me trouvais. J’ai décidé de chercher un endroit où passer la nuit, comme je l’avais fait lors de mes précédents voyages – en demandant au soltys. Je ne saurais dire si le procédé existait avant la guerre ou si les Allemands l’avaient institué, mais, pour moi, il était providentiel.

En quête du soltys, je me suis retrouvé sur une route longeant des fermes isolées, éloignées les unes des autres. Ces maisons étaient des sortes de cabanes aux toits de chaume. J’ai pris mon courage à deux mains et je suis entré dans l’une d’elles pour demander mon chemin. J’ai expliqué que j’avais besoin d’un mot afin d’obtenir un abri pour la nuit. Les occupants étaient accueillants et semblaient heureux d’avoir de la visite. Ils ont ri de la façon très formelle dont j’essayais de trouver à me loger et m’ont dit que le soltys vivait très loin de là. Il faisait déjà sombre, aussi le fermier m’a-t-il convié à rester. Évidemment, la famille m’a posé mille questions pendant le repas et, bien que très fatigué, j’ai trouvé les réponses presque naturellement. Ma récompense pour ces quasi-mensonges a été un lit chaud et un bon petit déjeuner le lendemain matin. Quelle gentillesse et quelle hospitalité de la part d’étrangers ! Auraient-ils agi de même s’ils avaient su que j’étais juif ?