Le Programme des mémoires de survivants de l’Holocauste

Joseph Beker

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Né(e)
01 avril 1913 Kozowa, Pologne

Map of Mukacevo, Czechoslovakia

Immigré(e)
1948 Toronto

Bronia et Josio (Joseph) ont grandi à Kozowa, un shtetl plein de personnages excentriques, avec une culture bien vivante et des familles élargies. Quand Bronia a rencontré Josio, elle a été séduite par sa confiance et son courage. Séparés alors que Josio était envoyé à l’armée, réunis au sein du chaos de la guerre, leur relation a résisté tandis que leur persécution s’intensifiait. Quand ils ont eu perdu tout ce qu’ils avaient de plus cher, ils ont bâti ensemble un nouvel avenir.

À propos de Joseph

Joseph Beker est né à Kozowa (aujourd’hui en Ukraine) le 1er avril 1913; Bronia Beker, née Rohatiner, a vu le jour dans la même ville le 9 décembre 1920. Ils se sont mariés en 1945 et sont venus au Canada en 1948, où ils ont élevé leurs deux filles, Marilyn et Jeanne. Joseph est décédé en 1988; Bronia, en 2015.

Photos et Objets

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    Joseph Beker (debout, à droite) avec sa famille immédiate avant la guerre. De gauche à droite : le frère de Joseph, Shmuel; sa sœur, Esther; sa mère, Gitl; et son frère Srul Hersh. Kozowa, vers 1927.

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    Bronia et Joseph Beker après la guerre avec Elke Shütz, la grand-tante maternelle de Bronia.

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    Bronia et Joseph Beker. Łódź, 1945.

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    Bronia et Joseph Beker avec leur première fille, Marilyn; Elke, la grand-tante maternelle de Bronia; sa cousine Cyla; et le mari de cette dernière, Mechel. Autriche, vers 1946.

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    Joseph. Années 1940.

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    Bronia, la femme de Joseph (à l’extrême droite), avec leur fille Marilyn, ainsi que l’oncle de Bronia, Isaac Gold, et sa femme, Bayla, qui ont parrainé les membres de la famille Beker et les ont aidés à immigrer au Canada. Toronto, 1948.

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    Joseph. Années 1950.

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    Bronia et Joseph avec leurs filles, Marilyn et Jeanne. Toronto, 1952.

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    Les filles de Bronia et de Joseph, Jeanne et Marilyn. Vers 1955.

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    Joseph et sa famille. Années 1950.

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    Joseph et sa famille. Années 1950.

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    Joseph et sa famille, Années 1960.

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    Joseph et Bronia. Vers 1985.

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    Bronia et Joseph avec leur première petite-fille, Bekky. Toronto, 1987.

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    Bronia et Joseph avec leur première petite-fille, Bekky. Toronto, 1987.

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    Les petites-filles de Joseph, Bekky (à droite) et Joey, les filles de Jeanne. 1990.

Le livre

Cover of Plus forts que le malheur

Plus forts que le malheur

J’ai commencé à me poser des questions au sujet de la confiance que je pouvais avoir en mes six compagnons ukrainiens. Je ne songeais qu’à m’évader. Mais ils ne m’ont pas trahi. Jusqu’à ce jour, je ne sais toujours pas pourquoi ils ne m’ont pas livré aux Allemands. C’est la raison pour laquelle je me devais de croire en Dieu.

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Plus forts que le malheur

Nous sommes restés assis dans ce champ jusqu’au crépuscule. Juste avant le coucher du soleil, de gros camions sont arrivés dans lesquels on nous a fait monter pour nous conduire jusqu’à la petite ville de Starokonstantinov. Une fois sur place, on nous a ordonné de descendre des camions et de nous asseoir dans un champ, car les récents bombardements soviétiques avaient laissé un grand cratère au milieu de la route. C’est alors que j’ai vu de mes propres yeux les Allemands rafler une centaine de Juifs pour les battre et les sommer de démanteler leurs maisons, avant de les obliger à utiliser les briques et les pierres pour combler le trou. Ce n’est qu’à ce moment que j’ai réellement compris : je devais à tout prix éviter que les Allemands découvrent que j’étais juif. Je suis allé voir les six Ukrainiens pour le demander de ne pas révéler mon dangereux secret. Je voulais donner ma montre-bracelet en argent à l’un d’eux en échange de la croix qu’il portait, mais il m’a assuré que personne ne révélerait que j’étais juif. Il avait dit vrai. Jamais je n’aurais cru que six Ukrainiens me protégeraient un jour.

On nous a ensuite conduits dans un grand bâtiment situé dans une sorte de camp militaire. Les Soviétiques s’en étaient servi pour entreposer des céréales, mais il était désormais vide de toute marchandise. Environ 5 000 prisonniers soviétiques y étaient entassés. On y trouvait aussi des Ouzbeks, des Ukrainiens, des Polonais et, bien sûr, des Juifs. Les Allemands souhaitaient surtout identifier ces derniers. Ils ont commencé par demander qui, parmi ces prisonniers de diverses nationalités, parlait ou comprenait l’allemand, car ils avaient besoin d’interprètes. Beaucoup de prisonniers ont crié qu’ils le parlaient ou qu’ils le comprenaient.

On nous a gardés enfermés dans ce bâtiment sans aucune nourriture. Au bout de deux jours, les gens se sont mis à se comporter comme des animaux sauvages. Nous devions nous soulager là où nous nous trouvions, les uns à côté des autres. L’odeur était insoutenable. N’en pouvant plus de cette situation, j’ai décidé de fuir. J’avais remarqué que chaque matin, à 8 heures, les Allemands ouvraient la porte. Ils demandaient alors s’il y avait des Juifs, et immanquablement, les Polonais et les Ukrainiens en désignaient quelques-uns. Les Juifs étaient alors battus si durement que le sang coulait.

Un jour, quelqu’un a pointé un Juif, et les Allemands se sont mis à le rouer de coups. Cette fois, cependant, la scène n’a pas plu du tout à certains non-Juifs. Le lendemain matin, quand les Allemands ont ouvert la porte, ces mêmes non-Juifs ont désigné l’homme qui leur avait livré le Juif la veille. Les Allemands l’ont tabassé de manière impitoyable. L’homme avait beau hurler, ils ne s’arrêtaient pas. Ils l’ont tué comme un porc. Je n’oublierai jamais cette scène.

Je me creusais la cervelle pour trouver un moyen d’éviter le même sort, car en tant que Juif, je risquais ma peau aux mains des brutes allemandes. Je n’arrivais pas à me fier entièrement à mes six camarades ukrainiens et pourtant, ils ne m’ont pas dénoncé. Encore aujourd’hui, j’ignore pourquoi ils ne m’ont pas livré aux Allemands. Pour cette raison, il me faut croire que Dieu existe.