Le Programme des mémoires de survivants de l’Holocauste

Gerta Solan

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Né(e)
06 décembre 1929 Prague, Tchécoslovaquie

Map of Mukacevo, Czechoslovakia

Immigré(e)
1968 Toronto

En juin 1942, quand la petite Gerta de 12 ans est déportée avec ses parents au ghetto de Terezín — la trompeuse « colonie juive » modèle —, sa famille l’aide à faire face à la dévastation environnante. Plus tard, seule à Auschwitz, Gerta est déterminée à survivre à l’insoutenable. Son esprit intrépide et son observation attentive la guident à travers le communisme d’après-guerre vers la liberté du Canada.

À propos de Gerta

Gerta Solan est née à Prague en 1929. Après la Libération, elle est revenue dans sa ville natale et a épousé Paul Seidner (Solan). Les Solan ont vécu à Prague jusqu’à l’invasion soviétique en 1968. À Toronto, Gerta a travaillé pour la Croix-Rouge, retrouvant et réunissant des membres de familles éprouvées par des catastrophes, jusqu’à sa retraite en 1995. Gerta vit maintenant en Israël.

Photos et Objets

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    Gerta et son grand-père, Fritz. Prague, vers 1933.

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    Gerta, vers l’âge de 3 ans, avec ses parents.

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    L’oncle de Gerta, Franz Roubitschek.

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    La tante de Gerta, Anny.

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    La tante de Gerta, Irma.

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    L’oncle de Gerta, Josef Kantor.

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    L’oncle de Gerta, Paul Roubitschek, le frère cadet de sa mère.

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    Gerta (à l’avant-plan, assise) avec des membres de sa famille élargie. À l’arrière-plan, de gauche à droite : son oncle, Paul; son grand-père, Fritz; et sa grand-mère, Klara; à l’avant-plan, de gauche à droite : la petite amie de Paul, Zdenka; la mère de Gerta, Grete; et la cousine de Gerta, Ella.

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    En vacances aux Prachovskéscaly (les rochers de Prachov), en Tchécoslovaquie. De gauche à droite : la mère de Gerta, Grete; Gerta; sa cousine, Ella; une amie d’Ella; et Zdenka.

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    Gerta et sa cousine Ella.

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    Gerta, vers 1941.

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    Photo de mariage de Paul et Gerta. Banská Bystrica, le 11 avril 1949.

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    La belle-mère de Gerta, Jolana (Joly).

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    Le beau-père de Gerta, Maximilian (Miška) Solan.

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    Le beau-frère de Gerta, Peter Solan.

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    Mariage de Micka et Peter, le beau-frère de Gerta.

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    Gerta et son mari, Paul, à l’aéroport, en route pour immigrer à Toronto. Vienne, 1968.

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    Gerta à l’aéroport de Vienne, avec son fils, Michal (Mišhko).

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    Gerta et son mari, Paul, devant leur deuxième résidence, les appartements Thorncliffe Park Drive, à Toronto. Début des années 1970.

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    Gerta et son fils, Mišhko, dans leur nouvel appartement. Vers 1970.

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    Gerta, 1980.

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    Paul, le mari de Gerta. 1980.

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    Les petits-enfants de Gerta, Yarko (à gauche) et Daniel.

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    Les petits-enfants de Gerta, Yarko (à gauche) et Daniel.

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    Des amis de Gerta, Laco et Věra « l’Aînée », qui était avec Gerta à Rechlin, en Allemagne.

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    Des amis de Gerta, collègues à la Croix-Rouge. De gauche à droite : Theresa, John, Winn et Grace; avec l’amie de Gerta, Hana (à droite), qu’elle a rencontrée à Theresienstadt.

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    Photographie récente de Gerta à l’occasion de la soirée en hommage aux survivants de l’Holocauste organisée par le Yellow Rose Project (le Projet rose jaune). Toronto, 2013.

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    Luci et Vilko Schönfeld, des amis proches de Gerta et son mari, Paul.

Le livre

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La Paix dans mon cœur (Traduction française à venir)

Nous jouions au jeu de la nostalgie, nous remémorant nos souvenirs du passé, afin d’oublier pour un instant le terrible présent… la sirène qui nous réveillait à 5 heures du matin pour la réalité de l’appel. Nous nous demandions tous si nous allions encore survivre un autre jour.

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La Paix dans mon cœur (Traduction française à venir)

Survivre l’insupportable

Les SS nous ont crié de nous mettre en rangs, en hurlant « Allez ! Allez ! Allez ! », afin de nous faire avancer. Une énorme cheminée se dressait non loin qui crachait une fumée épaisse. Des détenues nous ont appris que les gens étaient asphyxiés, parfois à peine, avant d’être jetés dans un four. Les corps brûlaient jour et nuit. Une clôture de fil barbelé électrifié faisait le tour du camp. Plus tard, j’ai vu à plusieurs reprises des femmes se jeter sur les barbelés pour mettre fin à leur souffrance.

On nous a distribué des vêtements d’été (chacun avait un énorme X peint sur le dos), des chaussettes et des sabots. Nous étions en octobre, il faisait gris, le vent soufflait fort et un froid glacial régnait. Les détenus qui se trouvaient sur place se montraient hostiles : je pense qu’elles nous enviaient d’être arrivéesaprès elles. Les cris continuels des femmes SS, accompagnées de leurs grands chiens, étaient terrifiants. Nous savions qu’un destin terrible nous attendait. Nous étions à Birkenau, un camp de la mort.

On nous a ordonné de faire la queue afin d’être tatouées. À l’intérieur de mon bras gauche, le nombre A 27635 a été écrit. Moins d’une semaine plus tard, nous avons subi l’une des tristement célèbres sélections opérées par des médecins tels que le Dr Mengele et le Dr König. J’étais très maigre et sous-alimentée, et d’un geste du docteur, ma mère et moi avons été séparées. J’ai vu l’expression désespérée de ma mère tandis qu’elle tentait de me suivre ; elle a été repoussée. Je me retrouvais seule.

Comme du bétail, des centaines d’entre nous ont été entassées dans des camions qui nous conduisaient vers les chambres à gaz, du moins c’est ce que je croyais, et nous allions finir en cendre dans la cheminée. Ils nous ont amenées dans une grande pièce et nous ont dit de nous déshabiller. Il devait être tard car il faisait noir à l’extérieur. Les femmes ont commencé à hurler de façon hystérique que nous allions être gazées. Il se peut qu’en fait nous étions dans l’une des casernes où nous allions être épouillées et non pas dans les chambres à gaz, mais j’étais hébétée et, d’après mon souvenir, je me suis dirigée vers une fenêtre. J’ai jeté un coup d’œil alentour : personne ne faisait attention à moi, chacune étant plongée dans son propre désespoir. J’ai passé ma petite tête par l’embrasure de la fenêtre, puis mes épaules et le reste de mon corps. Je n’ai pas entendu de chien. J’ai sauté à terre et j’ai couru. Je n’avais rien à perdre. Je savais que je devais entrer dans un des baraquements. J’en ai trouvé un et j’ai tenté de me glisser sur une couchette mais elles étaient toutes occupées. Il faisait nuit noire. Au milieu du baraquement,  se dressait quelque chose qui ressemblait à un énorme poêle. J’ai grimpé dessus pour m’asseoir. J’étais silencieuse. Soudain, j’ai eu un terrible mal de dents. Puis, une chose lourde et vivante a atterri sur moi puis a sauté et s’est éloignée ─ des rats !

La vie au camp commençait à cinq heures, et le lendemain matin, j’ai entendu les cris des surveillantes qui nous ordonnaient de sortir et de nous mettre en rangs pour l’Appell, le comptage des détenues. J’avais survécu à la nuit mais je savais qu’il me fallait aller dehors avec les autres. Je me rappelle que je me tenais debout dans ma rangée, raide, transie de froid, mais je ne me souviens de rien après cela. J’ai dû m’évanouir.             Je me suis réveillée à l’infirmerie, dans une couchette du haut, une autre fille allongée à mes côtés. Il s’agissait de l’endroit le plus dangereux car c’était là que venaient en premier les docteurs chargés de la sélection pour les chambres à gaz. Mais j’étais très affaiblie et je ne pouvais même pas me lever. Quand ma voisine a vu que j’avais ouvert les yeux, elle m’a lancé : « Tu as probablement survécu au typhus. »