Le Programme des mémoires de survivants de l’Holocauste

Felicia Carmelly

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Né(e)
25 septembre 1931 Vatra Dornei, Roumanie

Map of Mukacevo, Czechoslovakia

Immigré(e)
1962 Toronto

Transnistria, Roumanie, n’existait pas sur la carte. C’est pourtant là que Felicia, 10 ans, et ses parents sont arrivés en 1941, après une cruelle déportation et une marche de la mort contrôlée par les collaborateurs roumains des nazis. Après avoir survécu trois ans dans des conditions sordides, la dévastation et la mort, ils sont finalement retournés dans leur ville natale idyllique d’avant-guerre, Vatra Dornei, seulement pour se rendre compte que leurs souffrances avaient été passées sous silence. Des dizaines d’années plus tard, Felicia était déterminée à commémorer le cimetière oublié de Transnistria, d’une façon qu’on ne pourrait pas ignorer.

À propos de Felicia

Felicia Carmelly est née le 25 septembre 1931 à Vatra Dornei, en Roumanie. En 1959, Felicia et sa famille ont quitté la Roumanie communiste pour s’installer en Israël. Trois ans plus tard, ils ont immigré au Canada, où Felicia a obtenu une maîtrise en travail social. En 1994, à Toronto, Felicia a fondé l’Association des survivants de Transnitrie, et en 1997, elle a publié une anthologie intitulée Shattered! 50 Years of Silence: History and Voices of the Tragedy in Romania and Transnistria.Felicia Carmelly vit à Toronto.

Photos et Objets

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    La famille Siegler à Dorna, avant la guerre. Dans la rangée du milieu (de gauche à droite) : la mère de Felicia, Laura; sa grand-mère, Rebecca (Rivka), et d’autres parents du côté maternel. Assises à l’avant-plan : les tantes de Felicia, Sidi (à gauche) et Mila (à droite). Dorna, vers 1920.

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    La mère de Felicia, Laura, avec sa mère et ses sœurs. De gauche à droite : Sidi (à l’âge de 14 ans); Laura (17 ans); Mila (12 ans); et leur mère, Rebecca. Dorna, 1926.

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    Photo de fiançailles des parents de Felicia, Isaac Steigman et Laura Siegler. Dorna, 1928.

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    La tante de Felicia, Etty (née Steigman).

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    L’oncle de Felicia, Molly Shufer.

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    Felicia, âgée de 6 mois, avec sa grand-mère maternelle, Rebecca Siegler. Dorna, 1932.

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    Felicia avec sa mère et le cousin de sa mère sous une bannière où l’on peut lire : « Le chemin de la vie ». Dorna, vers 1937.

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    Felicia, âgée de 6 ans, avec sa mère. Dorna, 1937.

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    Felicia et sa famille dans le parc de Dorna. De gauche à droite : la grand-mère maternelle de Felicia, Rebecca; le père de Felicia, Isaac; sa tante Mila; Felicia; et la mère de Felicia, Laura. Dorna, 1937.

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    La seule photo de Felicia (à droite) datant de la période de guerre, à Shargorod. Felicia est photographiée en compagnie de son enseignante, madame Victor (centre), et de quatre camarades de classe : Hedy, Paula, Selma et Renate. Shargorod, Transnistrie, 1941.

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    Carte d’identité de Laura Steigman, la mère de Felicia. Shargorod, 1944.

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    Carte d’identité de Laura Steigman, la mère de Felicia. Shargorod, 1944.

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    Felicia (troisième à partir de la droite), avec des amis devant l’immeuble qu’elle s’est débrouillée pour faire transformer en école secondaire. Dorna, 1946.

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    Felicia (à l’extrême gauche) après la guerre avec son père, sa grand-mère et sa mère. Dorna, 1948.

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    Felicia (rangée du milieu, assise) avec son groupe sioniste socialiste après la guerre, visitant une bergerie dans les Carpates.

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    Tante Sidi avec la famille Treiser, dont Felicia était proche à Montréal. Debout à l’arrière-plan : l’oncle de Felicia, Armin Treiser et tante Sidi Rauchwerger. À l’avant-plan : la tante de Felicia, Mila Treiser, avec ses enfants, Murray et Diana. Montréal, 1958.

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    La fille de Felicia, Romy, à l’âge de 4 ans, lors du mariage de Diana Treiser et Israel Kogan. Montréal, 1969.

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    La fille de Felicia, Romy, avec sa grand-mère, Laura Steigman. Montréal, vers 1969.

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    Les parents de Felicia. Montréal, vers 1960.

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    Les noms des cousines de Felicia, Charna Mauler et Anna Pachter, et de sa grand-mère paternelle, Beile Steigman, figurant au dos du monument d’un membre de la famille non identifié dans le cimetière juif de Dorna. Les noms des membres d’une famille ayant péri durant l’Holocauste, et n’ayant de ce fait aucune sépulture, étaient souvent gravés au dos des monuments d’autres membres de la famille.

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    Pierre tombale de tante Sidi Rauchwerger, décédée en Israël.

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    Pierre tombale du père de Felicia, en Israël.

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    Pierre tombale de la mère de Felicia, à Toronto.

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    Felicia Carmelly. Toronto, 1981.

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    Felicia animant un séminaire consacré à la gestion du stress. Toronto, vers 1983.

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    Page couverture du livre de Felicia, Shattered!, publié en 1997.

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    Felicia (deuxième à partir de la gauche) au lancement de son livre, en compagnie du consul roumain (à gauche); de la femme du consul (troisième à partir de la gauche); et de Manuel Prutschi (à droite), représentant de l’ancien Congrès juif canadien. Toronto, 1997.

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    Bill et Felicia en compagnie des familles Treiser et Kogan à l’occasion de la bar mitsvah d’Adam Treiser à New York. De gauche à droite : Matthew Treiser; Bill; Felicia; Adam Treiser; Murray Treiser; et Diana et Israel Kogan.

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    Mariage de Jenevieve et Matthew Treiser, le fils du cousin de Felicia, Murray Treiser. De gauche à droite : Felicia, Bill, Robin, Murray, Cameron, Matthew, Jenevieve, Mila (à l’avant-plan), Adam, Diana, Israel et Jessica.

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    La fille de Felicia, Romy, avec son mari, Richard Fine. Toronto, vers 2011.

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    Les enfants, petits-enfants et arrière-petits-enfants de Molly et Etty (Steigman) Shufer, du côté de la famille du père de Felicia. De gauche à droite : Yael (avec Ilai derrière elle); Amit; Ofra; Avital; Daniel (devant); Avital; Uriah; Tzila, la femme de Ya’akov; Ya’akov Shofar, fils aîné de Etty et Molly; Rafael; Alon; Asaf; et Yoav. Israël, vers 2012. (Ne figurant pas sur la photo : le fils cadet de Etty et Molly, Yuval Shofar, qui occupe un poste de haut rang dans les Forces de défense israéliennes.)

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    Felicia et Bill.

Le livre

Cover of Digne de mémoire (Traduction française à venir)

Digne de mémoire (Traduction française à venir)

J’avais la troublante impression que le sens de ma vie et la raison de ma survie se justifiaient par l’écriture de ce livre destiné à porter témoignage en exposant au monde entier les horreurs de Transnistria.

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Digne de mémoire (Traduction française à venir)

Le Cauchemar

Je me souviens de la journée froide et pluvieuse d’octobre 1941 où le jeune fasciste de l’Hôtel de Ville a annoncé que tous les Juifs devaient se rendre à la gare à 5 heures précises. Nous devions nous munir de nourriture pour trois jours et ne prendre que ce que nous pouvions transporter. Les jeunes hurlaient les ordres d’une voix pleine de haine, ricanant avec mépris en nous regardant, avec l’autorité de ceux qui ont pleins pouvoirs sur nos destinées. Afin d’éviter que je ne l’entende, mon père a rapporté à ma mère en privé les derniers mots de l’ordonnance ; en état de choc, elle les a répétés : « Quiconque sera trouvé sur place après le départ du train sera tué sans sommation. »

Comme on nous avait dit de prendre de la nourriture pour trois jours, nous en avons naturellement déduit, en personnes sensées, que nous serions de retour à la maison dans trois jours. Comment aurait-il pu en être autrement ? Nous ne pouvions imaginer une autre tournure des événements. Après avoir fait nos bagages, Maman s’est lancée avec frénésie dans le nettoyage de la maison, passant d’un meuble à l’autre tout en exigeant que je l’aide. Je ne comprenais pas pourquoi elle faisait ce ménage. La maison était déjà très propre, ne l’avait-elle pas nettoyée la veille ? Je savais qu’il était préférable de ne pas lui poser de questions – elle était de très mauvaise humeur. Nous allions partir quand Maman a remarqué que j’avais laissé mon tablier sur la chaise de cuisine au lieu de l’accrocher au clou où il aurait dû être. Elle m’a grondée et j’ai dû retourner le ranger. C’est mon ultime souvenir du dernier moment que nous avons passé chez nous.

Ma mère m’a couverte de trois couches de sous-vêtements, trois pulls et deux manteaux, en m’expliquant tout en m’habillant qu’il faisait très, très froid dehors. Cela m’a rappelé son besoin de me faire prendre du poids pour « avoir des réserves en cas d’urgence ». Nous nous dirigions vers la gare, moi avec mon sac à dos et mes parents chargés des paquets plus lourds ainsi que des pots de conserves : des schnitzels de poulets que ma mère avait faits le jour même et des cœurs de tiges de blé en accompagnements. Nous avions juste assez pour nous nourrir trois jours durant.

À la gare, j’ai attendu avec mes parents et les membres de notre famille : ma tante Mila et mon oncle Armin Treiser ; ma grand-mère maternelle, Rebecca Siegler ; et mes grands-parents paternels, Beile et Elkhanan Steigman. Un peu plus loin se tenaient d’autres tantes, oncles et cousins. La plupart des adultes autour de nous restaient silencieux, comme hypnotisés ; certains gémissaient et se lamentaient ; les enfants parlaient entre eux et les bébés pleuraient. De temps en temps, des cris s’élevaient quand quelqu’un avait perdu un enfant ou un parent dans la foule. Je me demandais comment on allait faire pour tous voyager cette nuit, en même temps, vers la même destination et dans le même train…

J’ai vu des trains de voyageurs arriver et continuer sans s’arrêter ; je savais d’instinct que quelque chose clochait. Il faisait presque nuit, la température baissait de plus en plus, la pluie tombait, et pourtant nous attendions toujours. Nous avons commencé à nous impatienter. Je me disais pour me rassurer que, dans le train, nous serions au chaud. Je m’appuyais contre Maman et je fermais les yeux. Nous avons attendu de 5 heures du soir jusqu’à environ 9 heures, en regardant des trains de voyageurs filer sans arrêt, passant dans un sens ou dans l’autre. Je tenais mon esprit occupé. Je pensais au froid qu’il devait faire dans la forêt et à quel point les animaux devaient en souffrir. J’avais de la peine pour eux.

Tout à coup, un long train de couleur marron est arrivé et s’est arrêté. Il s’agissait d’un train de marchandises destiné aux bestiaux et non au transport d’hommes. Les portes, aussi larges que des pans de murs, s’ouvraient avec un bruit sourd. Les soldats hurlaient après nous, nous invectivaient et nous poussaient dans le dos, tout en aboyant l’ordre de monter. Les gens ont commencé à courir en tous sens ; ils glissaient dans la boue, tombaient et se relevaient. Tout le monde se précipitait dans la plus grande panique, criant. On nous poussait dans les wagons à coups de crosse. L’espace de quelques minutes, j’ai perdu mes parents de vue. J’ai paniqué. Je suis tombée dans la boue et mon nez s’est mis à saigner. Quelqu’un a piétiné ma main. J’ai hurlé : « Ne me marchez pas dessus ! » On m’a tirée de la boue. J’avais peur que Maman ne soit fâchée, car j’avais le visage, les gants et le manteau maculés de boue et de sang. L’instant d’après, j’ai été soulevée et jetée dans le train.

Après des heures d’attente sous la pluie glaciale, nous nous sommes retrouvés entassés les uns contre les autres dans ce train dont les grandes portes ont été refermées avec un claquement sec. Le convoi est demeuré en gare pendant au moins deux heures avant de s’ébranler avec une forte secousse. Nous ne savions pas où nous allions, pour combien de temps ni pourquoi on nous avait arrachés à nos foyers.