Le Programme des mémoires de survivants de l’Holocauste

Elsa Thon

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Né(e)
10 janvier 1923 Pruszków, Pologne

Map of Mukacevo, Czechoslovakia

immigré(e)
1980 Toronto

Ambitieuse et volontaire, Elsa Thon, 16 ans, travaille comme apprentie photographe dans sa ville natale, Pruszków, en Pologne, lorsque les nazis envahissent son pays en 1939. Elle mobilisera toute son intelligence et son énergie durant les terribles années d’occupation, durant lesquelles elle ira de ghetto en ghetto, rejoindra un mouvement de jeunesse sioniste et sera recrutée par la Résistance juive. Elsa Thon affrontera les multiples dangers avec une maturité hors du commun. Récit du passage de l’enfance à âge adulte, Que renaisse demain s’enrichit d’un art de conter hérité de la tradition familiale.

À propos de Elsa

Elsa Thon est née le 10 janvier 1923 à Pruszków, en Pologne. Après la Libération, elle a épousé Mayer Thon, un tankiste soviétique, et en 1948, le couple s’est installé en Israël. En tant que survivants de guerre, ils ont obtenu en 1955 l’autorisation d’immigrer en Argentine, où ils ont vécu jusqu’à leur arrivée au Canada en 1980. Elsa Thon vit à Toronto.

Photos et Artefacts

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    La tante d’Elsa, Dina (au centre), avec ses enfants, avant la guerre. De gauche à droite, les cousins d’Elsa : Toby, Marysia, Benjamin et Itzhak. Pruszków, vers 1930.

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    Elsa Thon (à l’arrière-plan, deuxième à partir de la gauche), à l’âge de 12 ans. Photo d’école. Pruszków, 1935.

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    La sœur d’Elsa, Regina. Photo prise par Elsa, 14 ans, à l’époque où elle travaillait au studio de photographie Abramowicz. Pruszków, 1937.

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    Studio de photographie Bielec, à Cracovie, où Elsa a travaillé de 1942 à 1943. Crédit photo : Elwina Pokrywka.

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    Elsa et son mari, Mayer Thon, après la guerre. Łódź, 1946.

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    Elsa, la mi-vingtaine. Israël, vers 1948.

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    Elsa et ses enfants, Sonia et Nathan. Vers 1954.

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    Les enfants d’Elsa en compagnie de membres de sa famille élargie en Argentine. À l’arrière-plan, le fils de son cousin Benjamin, Sergio; au centre, la fille de Benjamin, Berta (à gauche), et la fille d’Elsa, Sonia; et à l’avant-plan, le fils d’Elsa, Nathan (à gauche) et la petite-fille de Benjamin, Diana. Buenos Aires, vers 1956.

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    Susanna Synalewicz, la fille de Benjamin, le cousin de Elsa.

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    Elsa et ses enfants, Sonia et Nathan, en Argentine. Vers 1965.

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    Elsa, son mari, Mayer, et son fils, Nathan, en Argentine. Milieu des années 1970.

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    Nathan, le fils d’Elsa, lors de l’obtention de son diplôme de l’Université de Buenos Aires, avec sa femme, Lucia.

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    La famille Thon peu après l’arrivée de son fils Nathan à Toronto au milieu des années 1980. De gauche à droite : Mayer, le mari d’Elsa; Naomi, sa petite-fille; Sonia, sa fille; Lucia, sa belle-fille; Elsa; et Nathan, son fils. Assis à l’avant-plan : Joshua (à gauche) et Jonathan, ses petits-fils.

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    L’amie d’enfance d’Elsa, Halina, avec sa famille à Toronto dans les années 1980.

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    La famille Thon dans les années 1990.

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    Elsa, sa fille, Sonia, et sa petite-fille, Naomi, le jour où Sonia a obtenu son doctorat de l’Université de Toronto.

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    Elsa, lors d’une séance de signature de la version espagnole de ses mémoires. Buenos Aires, 2000.

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    Elsa et sa famille lors de l’inauguration du monument honorant les victimes de l’Holocauste érigé au parc Earl Bales par la Société canadienne de Yad Vashem; le nom de ses parents y a été gravé. À l’arrière-plan : Joshua, son petit-fils; et Nathan, son fils; à l’avant-plan : Elsa; Lucia, sa belle-fille; et Mayer, son mari. Toronto, 2001.

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    Allocution d’Elsa lors de la Journée dédiée à la mémoire des victimes de l’Holocauste. Derrière Elsa, à l’extrême gauche : Art Eggleton, alors député fédéral canadien. Toronto, 2002.

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    La petite-fille d’Elsa, Naomi, avec Mayer, le mari d’Elsa, et Nathan, son fils, le jour de Rosh Hashanah. Toronto, vers 2005.

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    Mayer, le mari d’Elsa; leurs petits-fils, Joshua et Jonathan; et leur fils, Nathan. Toronto, vers 2006.

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    Elsa et son mari, Mayer. Toronto, 2007.

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    Elsa Thon. Toronto, 2007.

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    Elsa, son mari, Mayer, et leur famille le jour où leur petit-fils Joshua a été admis au barreau. De gauche à droite : la femme de Joshua, Cindy; Joshua; la femme de Jonathan, Lauren; le petit-fils d’Elsa, Jonathan; Sonia, la fille d’Elsa; Nathan, le fils d’Elsa; et la femme de Nathan, Lucia. Toronto, 2012.

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    L’arrière-petit-fils d’Elsa, Matthew.

Le livre

Cover of Que renaisse demain

Que renaisse demain

Seul un miracle pouvait me sauver. Quel Dieu entendrait ma prière ? Je vivais dans l’imposture. Je circulais avec de faux papiers. Je mentais continuellement. Je n’étais pas celle que je disais être. Mais je désirais vivre.

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Que renaisse demain

Elsa entre en Résistance

Au milieu de l’été 1942, nous revenions des champs un jour lorsque quelqu’un m’a dit que Leah demandait à me voir. Je l’ai donc rejointe aux cuisines, où elle bavardait avec une femme. Il s’agissait d’Irena Adamowicz, l’une des dirigeantes du mouvement scout polonais. Indignée par les injustices commises envers les Juifs, elle faisait son possible pour aider. Elle parcourait le pays, établissant des contacts avec les haloutzim dans les grands ghettos, les informant du travail de la Résistance. Bien qu’il ait été dangereux pour les Juifs de se déplacer, quelques haloutzot – comme Lonka, qui était passée à la ferme auparavant – parvenaient également à mener à bien leurs missions de messagères. Ces agents et agentes de liaison achetaient des armes qui étaient ensuite introduites dans les ghettos par les égouts. Il était très difficile de communiquer d’un ghetto à l’autre, pour discuter notamment des actions à prendre en cas de massacre, mais grâce à Irena, on savait comment les autres se préparaient.

Irena s’est entretenue avec moi un moment pour m’annoncer qu’on m’envoyait à Cracovie. Après m’avoir demandé ce que je pensais de la Résistance, elle a voulu savoir si je connaissais des prières chrétiennes. Je lui ai répondu que j’en avais appris beaucoup par coeur, car à l’école catholique que j’avais fréquentée durant des années, les élèves récitaient leurs prières tous les matins. Irena semblait satisfaite de mes réponses. Elle m’a ensuite donné l’adresse d’un couvent où je devais envoyer une lettre à la mère supérieure le septième jour de chaque mois pour faire savoir que j’étais toujours en vie. Toutes les fois que la Résistance aurait besoin de moi, on me ferait signe. Elle m’a également remis un livre de prières en disant simplement : « Sois prudente et bonne chance. » C’est le seul conseil que je recevrais. Le reste de ma formation, je l’acquerrais par moi-même sur le terrain. Je devais m’en remettre à ma seule intuition pour me sortir de situations dangereuses, tout comme le font les animaux ; ils ne réfléchissent pas au danger, ils le sentent proche et tâchent de l’éviter.

Le lendemain, des membres de la Résistance se sont organisés pour que Hela et moi nous rendions au village afin de nous faire photographier en vue de la préparation de nos papiers d’identité. Dvora m’avait prêté une jolie blouse et m’avait coiffée pour l’occasion. En traversant le village, Hela et moi craignions à tout moment qu’on nous reconnaisse comme Juives. Puis le photographe m’a surprise en me demandant mon nom de famille. Prise de court, j’ai lancé le premier nom qui m’est venu à l’idée : Elżbieta Orlanska. Et c’est ce nom à consonance aristocratique qui est apparu sur mes faux papiers. C’était un coup de chance, car il m’a été très utile par la suite pour obtenir d’autres documents requis par les autorités allemandes.

Quelques jours plus tard, j’ai pris le premier train à destination de Cracovie, munie d’un faux document stipulant que je venais de Rzeszów, ainsi qu’une lettre de Leah adressée à Laban (Abraham « Laban » Leibowicz), le chef de la Résistance du ghetto de Cracovie. Hela a été envoyée dans une autre ville l’après-midi même.

J’ai appris après la guerre que tous les membres de notre groupe restés à la ferme à Czerniaków avaient été envoyés au ghetto de Varsovie environ quatre mois après mon départ pour Cracovie. En avril 1943, quand les nazis ont donné l’ordre de rassembler tous les Juifs du Ghetto en vue d’une déportation massive, certains membres du groupe, qui habitaient au 18 rue Mila et appartenaient à l’Organisation juive de combat se sont rebellés. D’autres se sont simplement dispersés. La plupart d’entre eux n’ont pas survécu.

À mes amis de Czerniaków tombés au combat lors de l’insurrection du ghetto de Varsovie et à ceux qui ont été pris en mission hors de l’enceinte, emmenés à la Umschlagplatz – le lieu de rassemblement à l’intérieur du ghetto de Varsovie – puis tués sans pitié, je rends un hommage éternel.