Le Programme des mémoires de survivants de l’Holocauste

Kitty Salsberg & Ellen Foster

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Né(e)
14 novembre 1932 Budapest, Hongrie

Map of Mukacevo, Czechoslovakia

Immigré(e)
1948 Toronto

Kati et sa jeune sœur Ilonka sont arrivées au Canada l’esprit plein de souvenirs douloureux de l’Holocauste, qui leur avait ravi leurs deux parents. Les moments éprouvants qu’elles avaient passés seules dans le ghetto de Budapest étaient encore frais dans leur mémoire, tandis qu’elles caressaient le fragile espoir d’être adoptées. Mais leur vie à Toronto a été loin de ce qu’elles en attendaient et pleine de promesses mensongères. Au fur et à mesure que les deux sœurs s’adaptaient à leur nouvel environnement, elles devenaient de plus en plus fortes et indépendantes, s’accrochant à la certitude réconfortante qu’elles ne seraient jamais éloignées l’une de l’autre.

À propos de Kitty & Ellen

Ellen Foster est née à Budapest, en Hongrie, en 1935. Devenue orpheline par suite de la guerre, elle a émigré au Canada avec sa sœur aînée Kitty en 1948, grâce au Projet des orphelins de guerre du Congrès juif canadien. Elle a déménagé à Los Angeles en 1952, où elle s’est mariée et a eu quatre enfants.

Photos et Objets

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    La famille de la mère de Kitty et d’Ellen, Borishka Federer, à Budapest, en Hongrie, vers 1914. De gauche à droite : la tante de Kitty et d’Ellen, Gizi; leur mère, Borishka; leur oncle, Latzi; leur grand-mère, Franceska; et leur tante Margaret.

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    La famille Federer, vers 1916. De gauche à droite : le grand-père de Kitty et d’Ellen, Ignace Federer; Latzi; Borishka; Gizi; Franceska; et Margaret.

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    Marton Mozes Nagy, le père de Kitty et d’Ellen. Vers 1930.

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    Ellen (à gauche), à l’âge de 4 ans, et Kitty, à l’âge de 6 ans, peu après qu’Ellen ne soit remise de la dysenterie. Budapest, 1939.

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    Ellen, à l’âge de 8 ans. 1944. Un fragment de l’étoile jaune obligatoire est visible dans le coin inférieur gauche de la photographie.

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    Tante Margaret (à l’extrême gauche) avec sa partenaire Mme Benedikt et oncle Vili devant leur étal au marché Lehel. Budapest, 1946.

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    Les cousins de Kitty et d’Ellen, Hedi et Imre, après la guerre. Budapest, vers 1948.

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    Ellen, à l’âge de 14 ans, répétant une danse. 1949.

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    Ellen. Toronto, vers les années 1950.

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    Kitty et Irving Salsberg (au centre) lors de leur mariage, entourés de Chaika et Shloime Feingold, les parents adoptifs de Kitty. 29 août 1954.

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    Ellen avec son mari et sa belle-famille à Los Angeles, 1955. De gauche à droite : le mari d’Ellen, David; Ellen; sa belle-mère, Josephine; son beau-père, Burt; et sa belle-sœur, Deanna.

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    Ellen à Los Angeles avec ses enfants. De gauche à droite : Barry, Rachel, Martin et Stephen. Vers 1964.

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    La famille d’Ellen à Los Angeles. De gauche à droite : le fils d’Ellen, Stephen; Ellen; son fils, Martin; la femme de Martin, Kathleen; et le mari d’Ellen, David Foster.

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    Retrouvailles de Kitty et d’Ellen avec leurs cousins Hedi et Imre à Budapest, 1983. De gauche à droite : Imre, Kitty, Hedi et Ellen.

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    Ellen en visite dans sa famille à Toronto. De gauche à droite : Ellen; tante Helen Schlesinger; le fils de Kitty, Martin Thomas; et Kitty.

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    Kitty et Ellen. 1991.

Le livre

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Unies dans l’épreuve (Traduction française à venir)

J’ai élaboré un guide que j’ai appelé « ma boussole intérieure ». Je me comparais au bateau sur lequel j’avais voyagé vers ce nouveau monde.

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Unies dans l’épreuve (Traduction française à venir)

Dans les ténèbres

Ellen :

 Du jour au lendemain, je ne suis plus allée à l’école et, de ce fait, je n’ai plus été victime des intimidations de la voisine. En juin 1944, une loi a obligé tous les Juifs à emménager dans des immeubles qui leur étaient exclusivement réservés. Ma mère avait déjà cousu une étoile jaune sur mon manteau et nous avons sommes allées  pied jusqu’à un autre bâtiment où, à ma grande joie, nous avons retrouvé la femme de mon oncle Latzi, Serena, et mes cousins Hedi, Imre et Gyurka, le bébé. Hedi avait les yeux bleus et les cheveux blonds, comme ses deux frères. Elle et moi nous amusions beaucoup lors de nos jeux quotidiens. De temps en temps, ma tante Margaret venait nous apporter de la nourriture et, une fois, elle a même amené ma sœur Kati, mais je ne m’amusais pas autant avec elle qu’avec Hedi et Imre. Ma mère semblait si heureuse quand elle l’a vue et je l’étais aussi.

Que pouvait-on demander de plus ? Chaque jour, je jouais avec mes meilleurs amis, je ne devais jamais aller à l’école et ma mère était toujours à ma disposition si j’avais besoin d’elle, car elle n’avait jamais à sortir, puisqu’elle vivait dans ce nouvel endroit, et elle ne me laissait donc jamais seule dans l’appartement. C’était le rêve !

Mais bientôt, le rêve a tourné au cauchemar. Les adultes étaient bouleversés. Ils ont commencé à entasser tout ce qu’ils avaient dans une valise. Ma tante Serena a envoyé un message à son mari pour lui dire que notre immeuble allait être évacué et que tous les occupants déménageaient. Ma mère aussi était inquiète. Elle n’a rien dit, mais je le sentais. À ma grande surprise, mon oncle Latzi est arrivé avec ma sœur. Il a déclaré qu’il allait mettre les enfants en sûreté. J’ai été arrachée à ma mère et nous sommes partis à pied dans les ténèbres vers un endroit censé nous mettre à l’abri.

Oncle Latzi nous a emmenés dans un immeuble qui portait un grand symbole de la Croix-Rouge. Je connaissais cette organisation, elle aidait les gens. Après le départ de mon oncle, on nous a rasé la tête pour que nous n’attrapions pas de poux et on nous a indiqué où nous allions dormir : sur des matelas dans une des grandes pièces où se trouvaient déjà beaucoup d’autres enfants. On nous a aussi donné quelque chose à manger, mais je ne me rappelle pas quoi. Je me souviens essentiellement d’avoir eu faim. Mais je  ne vivais pas dans la crainte car ma sœur se trouvait avec moi et je savais qu’elle veillerait sur moi. Je suis demeurée dans cette habitation quelques mois au moins. Hedi s’occupait de ses frères et, pour ma part, je ne quittais pas ma sœur Kati d’une semelle. Il faisait froid, mais pas autant qu’à l’extérieur. Quand la nuit tombait, et même pendant la journée, nous nous blottissions les uns contre les autres sur le matelas pour nous tenir au chaud. Je ne me souviens pas que quiconque ait joué ou chanté, mais certains des enfants émettaient des sons de gorge alarmants, car ils étaient sourds. J’avais des vêtements assez chauds, mais mes chaussures étaient trouées et ma mère les avait « réparées » en mettant du carton à l’intérieur. Je n’y attachais pas d’importance, jusqu’à ce qu’on nous fasse sortir à l’extérieur, quand des hommes armés sont venus dans l’immeuble. Ils avaient l’air en colère et ils portaient des baïonnettes acérées à leurs fusils, ce qui fait qu’ils pouvaient aussi bien tirer que poignarder. Ils étaient aussi effrayants que menaçants.

Nous étions tous en rangs dans le noir. Une infirmière de la Croix-Rouge a chuchoté à Hedi que ce serait facile de mettre le bébé à l’abri et qu’elle s’en chargerait car il avait les yeux bleus, les cheveux blonds, n’était pas circoncis et ne savait pas encore parler. Hedi a fait confiance à cette femme, qui semblait gentille même si, à vrai dire, nous ne la connaissions pas du tout. D’ailleurs, nous n’avons jamais appris son nom. Elle a emporté Gyurika avant que les soldats ne la voient. Ensuite, on nous a donné l’ordre de marche et nous avons quitté l’immeuble où nous avions été en sécurité, en route vers une destination inconnue. Je m’accrochais à Kati, car j’avais du mal à marcher. Le carton couvrant un des trous de mes semelles est devenu mouillé dans la boue, puis la neige s’y est attaché et a gelé, rendant cette chaussure plus haute que l’autre. Nous ne pouvions pas nous arrêter pour racler la neige de mes semelles. J’avais faim, j’avais peur et j’étais transie de froid ; je marchais à côté de ma sœur en boitant comme si j’avais une jambe plus longue que l’autre.

Kitty :

Il semble que les membres du Parti nazi des Croix fléchées avaient décidé de conduire les enfants dans un quartier réservé appelé Ghetto. À Budapest, le ghetto a été établi le 29 novembre 1944, durant les derniers mois de la guerre, alors que l’Allemagne et la Hongrie étaient engagées dans un affrontement sans merci contre les Alliés. Néanmoins, même dans ces conditions désespérées, les nazis étaient toujours aussi décidés à achever de détruire les Juifs d’Europe, selon la ligne directrice de la « la Solution finale », leur projet d’anihilation des Juifs.

Dans ce but, ils rassemblaient tous les Juifs de Hongrie qui restaient, ceux qui ne s’étaient pas cachés ou qui n’étaient pas protégés par un gouvernement neutre, comme celui de la Suède, et ils les parquaient dans une zone qui les tenait séparés de la population non juive. Les nazis avaient placés des soldats armés pour les garder, et clôturé l’endroit au moyen d’enceintes en brique et en bois. Ils s’assuraient en outre qu’aucune nourriture ne pouvait y entrer et que personne ne pouvait en sortir. Les Juifs étant complètement coupés du monde, les nazis pouvaient plus facilement rassembler de grands groupes d’individus sans défense, pris dans ce réservoir de misère, et les envoyer comme esclaves aux camps de travail. Ces détenus accomplissaient les travaux essentiels, du moins ceux qui en étaient capables, permettant ainsi aux hommes du reste de la population d’être recrutés dans l’armée.

Les gens qui restaient à l’intérieur du Ghetto ne recevaient aucun secours. Entourés de déchets et d’excréments, entassés les uns sur les autres, affamés et affaiblis, les enfants et les personnes âgées attrapaient facilement la typhoïde et d’autres maladies. Beaucoup sont morts de façon horrible. Ils étaient abandonnés dans les rues ou dans des coins plus reculés.

Ilonka et moi avons été dirigées vers un appartement dans un immeuble et nous sommes restées à l’intérieur avec un groupe d’enfants, agglutinés les uns aux autres pour nous protéger du froid. Hedi et Imre ont été séparés de nous et emmenés dans un autre appartement, et j’ai perdu leur trace. Des années plus tard, j’ai appris que mon cousin Imre avait décidé d’explorer son nouvel environnement et, en montant un escalier bombardé et à moitié détruit, il avait trébuché et était tombé sur le corps d’un homme mort. Je crois qu’il ne s’en est jamais remis.

J’avais conscience de la situation effrayante dans laquelle nous nous trouvions, mais contrairement à Ilonka, je n’avais pas peur. En fait, je ne ressentais pas grand-chose, à part le froid et la faim. Étendue auprès d’Ilonka, je pensais à toute la nourriture que j’avais refusé de manger quand ma douce mère si attentionnée essayait de me faire retrouver la santé, mais je ne pensais ni à ma mère, ni à mon père, ni à ma tante Margaret qui avaient été emmenés, et très probablement assassinés. Je ne rêvais que de nourriture et d’un peu plus de chaleur dans l’appartement,  au cœur de ce mois de décembre si rude.

J’ai fouillé le logement et j’ai trouvé un placard plein de vêtements abandonnés. Comme nous n’avions pas de couvertures, j’en ai enfilé plusieurs couches pour dormir. Je me suis réveillée au milieu de la nuit, car tout mon corps me grattait terriblement. Quand le jour s’est levé, j’ai regardé les vêtements que j’avais trouvés et j’ai réalisé qu’ils étaient pleins de poux et de lentes. C’est à ce moment-là que j’ai craqué. Toute seule, sans adultes, réduite à vivre dans la crasse et les punaises qui m’attaquaient, j’ai baissé ma tête rasée et pleuré à gros sanglots irrépressibles. Mais j’ai dû vite prendre sur moi afin de ne pas effrayer ma sœur déjà suffisamment terrifiée.