Le Programme des mémoires de survivants de l’Holocauste

Ann Szedlecki

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Né(e)
13 juillet 1925 Lodz, Pologne

Map of Mukacevo, Czechoslovakia

immigré(e)
1953 Toronto

Ann Szedlecki était une petite fille qui adorait les films hollywoodiens. Elle était âgée de quatorze ans quand les Allemands ont envahi la Pologne en 1939 et qu’elle a fui vers l’Union soviétique avec son frère aîné, comptant revenir plus tard chercher le reste de sa famille. Au lieu de cela, elle passera six ans et demi, seule, à tenter de suvrivre dans le dur climat de la Sibérie septentrionale sous le joug du régime communiste stalinien. L’histoire d’Ann Szedlecki, racontée avec talent, dépeint avec tendresse son enfance d’avant-guerre à Lodz. L’attrait de son récit tient aussi à la sincérité dont elle fait preuve lorsqu’elle décrit son expérience de femme durant cette époque. Très jeune, sans famille, survivant grâce à sa débrouillardise, elle avait pleinement conscience de sa vulnérabilité. Pourtant, déterminée à suvrivre, elle a su faire face à chaque difficulté.

À propos de Ann

Ann Szedlecki, née Chana Frajlich, a vu le jour à Łódź (Pologne) en 1925. Lorsqu’elle est retournée dans sa ville natale après la guerre, elle a découvert que tous les membres de sa famille avaient péri. En 1950, elle s’est mariée et s’est installée en Israël, puis en 1953, elle a immigré à Toronto. Ann Szedlecki est décédée en 2005.

Photos et Artefacts

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    La dernière photo qu’Ann Szedlecki a reçue de sa famille alors enfermée dans le ghetto de Varsovie (photo prise à Bolimów, en Pologne). De gauche à droite : le père d’Ann, Shimshon Frajlich ; sa mère, Liba Bayla Frajlich, tenant sa petite-fille Miriam dans ses bras ; sa sœur Manya et ses deux tantes, Tauba et Sarah.

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    Acte de naissance de remplacement d’Ann Szedlecki, délivré à Łódź en 1951.

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    Plaque de rue indiquant Stary Rynek, la rue où Ann Szedlecki est née.

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    Photographie récente de la cour au no 1, rue Stary Rynek, où habitait la famille d’Ann Szedlecki à sa naissance, en 1925.

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    Plaque de la rue Podrzeczna, où a vécu la famille d’Ann Szedlecki en 1935.

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    Photographie moderne de l’immeuble au no 12, rue Podrzeczna, où Ann Szedlecki a habité pendant son enfance à Łódź.

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    Photo récente du kiosque à musique du parc Helenów, à Łódź, où Ann assistait à des concerts l’été.

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    Photo récente de l’école publique no 132 pour jeunes filles juives, à Łódź, qu’Ann a fréquentée à l’âge de 7 ans.

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    Photo d’Ann Szedlecki quand elle vivait en Sibérie pendant la guerre.

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    Gienia Kaliner, avec qui Ann partageait une chambre à Ridder/Leninogorsk.

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    Pesach Kaliner (le frère de Gienia Kaliner, avec qui Ann partageait une chambre à Ridder/Leninogorsk).

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    Photo récente de la maison où Ann Szedlecki a habité à son retour à Łódź, après la guerre.

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    Photo du mur qui porte les traces de l’immeuble où la famille d’Ann avait vécu avant la guerre. Cet immeuble se trouvait rue Polnocna. Ann l’a retrouvé rasé à son retour à Łódź en 1946.

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    Ann et son mari, Abraham Szedlecki, à Łódź. Vers 1947.

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    Ann Szedlecki, Pologne. Vers 1949.

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    Ann Szedlecki lors d’une visite en Israël en 1984.

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    Ann Szedlecki (à gauche) et Gienia Kaliner Fogelbaum, à Toronto. Gienia partageait une chambre avec Ann à Ridder/Leninogorsk, Kazakhstan.

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    Ann Szedlecki et sa petite-fille Miriam, à Toronto.

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    Ann Szedlecki devant la partie du mur des survivants qui lui est consacrée au Centre de l’Holocauste, à Toronto.

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    Lynda Kraar (à droite), fille d’Ann Szedlecki, avec ses filles Miriam (à gauche) et Yona.

Le livre

Cover of L’Album de ma vie
2009 Moonbeam Children’s Book Award Gold Medal Winner

L’Album de ma vie

Je ne suis la fille de personne. Je n’ai pas de sœur. Je ne suis la petite-fille, la belle-fille, la tante ou la cousine de personne. Qui suis-je ? Mon passé a entièrement disparu. Tout a disparu.

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L’Album de ma vie

Quand ma vie a basculé

Les troupes allemandes sont entrées dans Łódź le vendredi 8 septembre 1939. C’était un bel aprèsmidi ensoleillé et je me suis dirigée vers la place Wolności pour voir arriver les occupants. Ils sont arrivés à pied et en camions, impeccables dans leurs uniformes et leurs bottes bien astiquées. Plusieurs d’entre eux portaient des fleurs offertes par la population allemande de la ville. L’hôtel de ville et d’autres édifices étaient pavoisés d’immenses drapeaux arborant des croix gammées. Autrement dit, la ville déroulait le tapis rouge pour accueillir les envahisseurs que certains considéraient comme des libérateurs. L’importante population allemande de la ville ouvrait les bras à ses compatriotes et ce, même si la communauté était installée en Pologne depuis des générations. On ne voyait pas beaucoup de visages tristes dans la foule et les Juifs se faisaient rares.

Les signes avant-coureurs de ce qui allait se passer sont apparus presque immédiatement. J’ai vu de mes yeux un soldat tirer un vieillard juif par la barbe et le jeter à terre à coups de pied parce qu’il ne remplissait pas assez vite les tranchées creusées quelques jours auparavant pour arrêter les chars d’assaut allemands. Je me souviens comme nous nous étions sentis enthousiastes et patriotes en les creusant.

Varsovie a capitulé vers la fin du mois de septembre, après des semaines de siège et de bombardements continus, et l’armée allemande victorieuse a occupé la ville le 1er octobre 1939. Dans la capitale conquise, des immeubles incendiés et détruits montraient les ravages causés par l’armement moderne. Cette belle ville qui avait été un foyer culturel important a été réduite en cendres. Presque tous les défenseurs de Varsovie étaient morts et même s’ils ne pouvaient résister plus longtemps, les courageux survivants gardaient le moral.

Le magasin de ma soeur était situé en face du Zielony Rynek, le « marché vert ». Un dimanche, peu de temps après l’arrivée des Allemands, alors que les échoppes du marché étaient fermées et que quelques gamins jouaient au football, un camion de soldats allemands est arrivé. Il s’est arrêté et les soldats ont commencé à jouer avec les garçons, ce qui a terrifié tout le monde. Une autre fois, avant l’adoption des lois impitoyables nous interdisant l’accès aux parcs, je me promenais dans le parc avec ma nièce quand un soldat un peu plus âgé s’est mis à jouer avec Miriam. Les larmes aux yeux, il m’a confié qu’il avait laissé un bébé du même âge en Allemagne. Je ne me souviens pas d’avoir été témoin d’autres manifestations de gentillesse. Ce même soldat n’aurait peut-être pas hésité à tuer un bébé juif en lui fracassant la tête contre un mur. Ces exemples sont tout simplement trop insignifiants quand on pense à ce qui allait nous arriver.

À peine entrés dans Łódź, les Allemands ont aussitôt dynamité le monument du héros polonais Tadeusz Kościuszko au centre de la place Wolności. Je me souviens de l’avoir vu gisant par terre un jour où je me promenais. La tête était séparée du torse. Un soldat allemand triomphateur se faisait photographier, un bras autour de sa petite amie, un pied sur la tête de Kościuszko.

Peu de temps après, toutes sortes de restrictions et de décrets sont entrés en vigueur, tous plus déshumanisants les uns que les autres. Il y en avait tant qu’il est difficile de se les rappeler tous, mais certains me sont restés en mémoire. Les Juifs, quel que soit leur âge, n’avaient plus le droit de fréquenter des écoles ou des instituts d’études supérieures et c’est ainsi que mes études ont pris fin quand j’avais 14 ans. Il nous était interdit d’utiliser les transports en commun et d’entrer dans un parc, un théâtre ou un cinéma. Un couvre-feu était imposé de 19 heures à 7 heures. Nous devions changer de trottoir à l’approche d’un soldat allemand. Le comble de l’humiliation, c’était que nous devions porter un brassard comme signe de notre identité juive. Désobéir à ce règlement était passible de la peine de mort.