Le Programme des mémoires de survivants de l’Holocauste

Rachel Shtibel

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Né(e)
24 avril 1935 Turka, Pologne

Map of Mukacevo, Czechoslovakia

Immigré(e)
1968 Toronto

Rachel Milbauer, petite fille enjouée et ouverte qui adore la musique, vit allongée et dans le silence durant près de deux ans, cachée dans un abri souterrain en Pologne occupée par les nazis. Adam Shtibel, âgé de huit ans seulement lorsque la guerre éclate, parvient à survivre dans la forêt jusqu’à ce qu’il soit accueilli par un couple de Polonais et survive en se faisant passer pour un non-Juif. Après la guerre, Rachel retrouve le violon, l’étui et les photos que l’oncle Velvel tant aimé avait cachés et ils deviennent des symboles très importants de survie et de continuité. Sauvés par leur force intérieure, la chance, ainsi que le courage et la bienveillance de quelques amis et inconnus, Rachel et Adam font connaissance, tombent amoureux et décident de bâtir une nouvelle vie ensemble. Cinquante ans plus tard, une remarque inopinée incite Rachel à se replonger dans ses souvenirs. Toujours à ses côtés, Adam rompt de la seule manière possible pour lui le silence qu’il s’était imposé.

À propos de Rachel

Rachel Milbauer est née en 1935 en Galicie orientale et Adam Shtibel est né en 1928 à Komarów, en Pologne. Au milieu des années 1950, les Shtibel ont déménagé en Israël, où Rachel a obtenu une maîtrise en microbiologie. En 1968, la famille a immigré au Canada et s’est installée à Toronto.

Photos et Objets

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    Les parents de Rachel, Sara et Israel Milbauer en 1929.

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    Rachel avec sa mère, Sara Milbauer, en 1935. (Photo trouvée dans l’étui du violon)

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    Rachel en 1936. (Photo trouvée dans l’étui du violon de son oncle Velvel

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    La grand-mère de Rachel, Judith Blaufeld (Bubbè Yetta), et Rachel dans le jardin à Turka. Date inconnue. (Photo trouvée dans l’étui du violon)

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    L’oncle de Rachel, Velvel, portant la chemise brodée qu’il revêtait habituellement lors de ses concerts. Date inconnue. (Photo trouvée dans l’étui du violon)

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    La tante de Rachel, Mina Blaufeld (à gauche), Rachel, à l’âge de 5 ans (à l’arrière-plan, au centre) et des cousines de tante Mina. Date inconnue. (Photo trouvée dans l’étui du violon)

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    La mère biologique de Rachel, Nelly (à gauche), et la cousine d’oncle Velvel, Minka. Date inconnue. C’est la seule photo que Rachel possède de Nelly. (Photo trouvée dans l’étui du violon)

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    Photo récente du violon de l’oncle de Rachel, Velvel, posé sur le kilim qu’il avait confectionné lui-même avant la guerre. L’instrument et le tapis ont survécu à la guerre enterrés dans le jardin de la ferme familiale à Turka.

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    Rachel (au dernier rang, à gauche) avec un ensemble de jeunes violonistes de Wrocław. 1948.

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    Rachel jouant du piano. 1949.

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    Rachel jouant du violon. 1949.

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    Rachel, en 1951, parmi les ruines de Wrocław.

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    Rachel, en 1955.

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    Rachel, lors de son mariage, entourée de Rozalia et Jozef Beck, le couple polonais qui a sauvé sa famille. 1956.

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    Photo de mariage de Rachel et Adam. 1956.

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    Adam, le mari de Rachel, dans les Forces de défense israéliennes. 1967.

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    Rachel, dans son laboratoire de Rehovot, en Israël, Date inconnue.

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    Adam et Rachel. Israël, 1967.

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    Rachel et Adam à l’occasion de leur 50e anniversaire de mariage. 2006.

Le livre

Cover of Le Violon
Lauréat de la Médaille d’Or des Independent Publisher Book Awards 2008

Le Violon

Il n’y avait de place ni pour se mettre debout, ni pour bouger. Si une personne devait se retourner, tout le monde devait faire de même. Plus nous étions installés profondément dans l’abri, moins il y avait d’air... Nous ne pouvions communiquer qu’en bougeant les lèvres. Tourne. Chuchote. Tourne.

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Le Violon

Le ghetto

Le matin où nous avons été obligés de quitter notre maison, notre ferme et nos animaux, tout était silencieux à notre réveil. Nous avions cadenassé les portes et les fenêtres la veille au soir et Bobby, notre chien, dormait dehors. Mais ce matin-là, Bobby n’a pas aboyé et je ne l’ai jamais plus revu ni réentendu. Dès l’aube, les Allemands avaient cerné la maison et attendaient que nous nous levions. Lorsque boubè Frida est sortie, sa plus grande crainte s’est réalisée.

<< Sortez de là, sales Juifs! >>

La police allemande se tenait dans la cour, nous menaçant de leurs fusils et criant des ordres en allemand. Ma boubè, qui parlait un peu cette langue, leur a demandé si je pouvais me rendre chez mon ami qui habitait à flanc de montagne pour lui dire au revoir. Curieusement, ils ont accepté. Ma boubè m’a ordonné à voix basse : << Reste l.-haut. Ne reviens pas. >> J’ai donc grimpé le chemin de montagne en courant pouraller faire mes adieux. Alors que je m’apprêtais à quitter Mecio, sa mère m’a déclaré qu’elle allait me raccompagner en bas et demander la permission de me garder avec elle et sa famille. La réponse des Allemands a été brève et nette : << Non. Fichez le camp. >> À toute vitesse, ma boubè a rangé quelques-unes de ses robes dans une petite valise et nous avons été chassés de chez nous, obligés d’abandonner tous nos biens.

Les Allemands nous ont poussés vers la route et mon zeydè, qui avait veillé à emporter son livre de prières, s’est tout à coup aperçu qu’il avait oublié ses lunettes sur le rebord de la fenêtre. Il a fait quelques pas en direction de la maison pour aller les chercher ; mais un des Allemands lui a assené des coups de pied et il est tombé. Alors qu’il gisait sur le chemin de terre, un autre Allemand a tiré de toutes ses forces sur sa barbe. Mon grand-père, gémissant de douleur, était sur le point de s’évanouir. Avec un réel plaisir, m’a-t-il semblé, les policiers allemands ont continué à arracher la barbe de mon zeydè, poignée par poignée. Lorsqu’ils ont eu quasiment fini de lui arracher sa barbe, si longue et si belle, ils ont pris un couteau pour couper ce qu’il en restait. J’ai fermé les yeux et me suis cachée entre ma mère et ma boubè.

Souffrant de la faim et de la soif, totalement hébétés, nous avons reçu l’ordre de nous mettre en marche en direction de Kołomyja. Tenant à grand-peine sur nos jambes, nous sommes partis pour la ville et avons été rejoints en route par d’autres familles juives. Si quelqu’un sortait du rang ou essayait de s’enfuir, il était aussitôt abattu. Mes oncles se sont relayés pour me porter. À l’époque, nous avons vraiment eu le sentiment que c’était un miracle d’être tous arrivés vivants en ville. Nous y avons retrouvé des amis des alentours, ainsi que tante Mina et Luci. J’avais 6 ans.

Le ghetto de Kołomyja était situé au centre de l’agglomération, près du marché agricole où les paysans des villages environnants se rassemblaient régulièrement pour vendre leur marchandise. Cet espace et certaines maisons voisines étaient entourés d’un mur qui les séparait du reste de la ville. Les familles non juives qui habitaient dans la zone ainsi délimitée avaient été évacuées, recevant en échange les maisons, désormais libres, des Juifs vivant à l’extérieur du Ghetto. Les familles juives ayant toujours vécu dans l’enceinte du Ghetto ont été autorisées à rester chez elles mais ont dû partager leur logement avec les Juifs relocalisés. Armée de fusils, la Gestapo se tenait aux portes du Ghetto et surveillait les Juifs à l’intérieur. Nous avons été contraints de porter un brassard marqué de l’étoile de David. On nous a privés de nos chaussures et un couvre-feu strict a été instauré. Ceux qui y contrevenaient étaient abattus sur-le-champ. Pour la première fois de ma vie, j’ai réellement connu la peur.