Le Programme des mémoires de survivants de l’Holocauste

Marguerite Élias Quddus

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Né(e)
04 décembre 1936 Paris, France

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Immigré(e)
1967 Montréal

Avec ces derniers mots de leur mère, deux petites filles, Marguerite et sa sœur aînée, vont commencer une longue errance qui durera près de trois ans. Munies d’une nouvelle identité, elles doivent se couper de tout ce qui constitue leur univers familier. Menées de fermes en couvent, elles apprennent à se taire, à faire semblant, à mentir, à s’adapter et surtout à garder espoir, envers et contre tout. Le lecteur est ému par la voix de la fillette que Marguerite était à l’époque et qui résonne dans la simplicité du texte. Les illustrations donnent à voir, via une série de tableaux pénétrants et évocateurs et à travers ses yeux d’enfant, le parcours qui fut le sien, celui d’une petite fille juive obligée de vivre cachée dans la France occupée.

À propos de Marguerite

Marguerite Élias Quddus est née à Paris, en France. Elle a épousé Abdul Quddus en 1965, puis le couple est venu s’installer au Canada, d’abord à Vancouver et ensuite à Montréal, où Marguerite a œuvré comme bénévole dans des établissements d’enseignement. Aujourd’hui, elle donne de nombreuses conférences sur ce qu’elle a vécu pendant la guerre.

Photos et Objets

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    L’arrière grand-père paternel de Marguerite, Shlomo Éliashev.

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    La pierre tombale de l’arrière-grand-père de Marguerite, Shlomo Éliashev, au cimetière du mont des Oliviers, à Jérusalem.

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    Le père de Marguerite, Maurice Élias (Srol Moïse Éliash). Vers 1930.

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    Le père de Marguerite, Maurice Élias (à gauche), avec son frère, Léon (l’oncle de Marguerite), qui vient tout juste de s’enrôler dans l’armée française. Paris, vers 1933.

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    Marguerite et sa soeur Henriette lors de la première fête d’anniversaire de Marguerite en 1937.

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    La première fête d’anniversaire de Marguerite, le 4 décembre 1937.

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    Toute la famille célébrant le premier anniversaire de Marguerite. De gauche à droite: Sara, la tante de Marguerite; Oncle Léon; Tante Rose; les parents de Marguerite, Maurice et Rachel, tenant Henriette et Marguerite; Salomon ou “Poupko” un ami de Tante Sonia; Tante Sonia; et Oncle Wolf.

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    La famille Élias avant que le père de Marguerite ne s’engage comme volontaire dans l’armée française. 1939-1940.

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    La famille Chatenay qui a pris soin de Marguerite et de sa soeur Henriette. De gauche à droite: Antoinette Chatenay, Marguerite, Robert Chatenay, Henriette et “Mémé”, la mère de Robert. Vatilieu, été 1943.

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    Marguerite (à gauche) et sa sœur, Henriette, portant leurs manteaux de lapin, durant leur séjour chez les Chatenay. Vatilieu, vers 1943.

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    Marguerite (à droite) avec sa soeur Henriette et Black, le chien de ferme. Vatilieu, 1943.

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    Retrouvailles de Marguerite (à gauche) et Henriette avec leur mère après la guerre. Notre-Dame-de-l’Osier (Isère). Printemps 1945.

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    Marguerite (à droite), sa soeur et leur mère. Lyon, 1945.

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    Les soeurs Élias avec leur ami Harry Vidékis. Lyon, 1945.

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    Marguerite à un pique-nique à Andrésy, 1946.

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    La mère de Marguerite rendant visite à ses filles, Marguerite (à droite) et Henriette, à Andrésy. Juin 1946.

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    Marguerite à Andrésy, vers 1946.

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    Marguerite (en haut à gauche) avec des amies et leur enseignante à Andrésy. 1946.

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    Marguerite (troisième rang, deuxième en partant de la droite), à l’âge de 11 ans, à l’école Cité Voltaire. Paris, 1947.

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    La mère de Marguerite, Rachel Perl Élias (deuxième en partant de la gauche), avec la prêteuse, après la guerre. Marguerite (à l’extrême droite) est debout à côté de son frère, Benoît. Vers 1948.

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    Marguerite (deuxième rang, troisième depuis la droite) aux jeunesses communistes de l’Union des Juifs pour la Résistance et l’entraite (UJRE). Vers 1947-1950.

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    Les enfants fêtant l’arrivée de l’artiste renommé Marc Chagall.

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    Les enfants fêtant l’arrivée de l’artiste renommé Marc Chagall.

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    Marguerite (au premier plan, à droite), à l’âge de 13 ans, dans une pièce de théâtre yiddish montée au camp d’été. 1950.

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    Henriette, la sœur aînée de Marguerite, à l’âge de 17 ans. Paris, 1951.

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    La carte que la mère de Marguerite a reçue du gouvernement français en 1954 l’identifiant comme une victime de guerre dont la propriété a été confisquée et l’autorisant de ce fait à recevoir une compensation.

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    Document délivré par le Ministère des Anciens Combattants et Victimes de guerre Vétérans en 1955 confirmant les dates d’internement, de déportation et de décès du père de Marguerite.

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    Marguerite (au premier plan, à l’extrême gauche) à un camp d’été organisé par le mouvement sioniste socialiste Borochov-Dror. Vers 1953.

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    Chorale populaire de Paris, que le beau-père de Marguerite, Ary Kaufman (au deuxième rang, troisième à partir de la gauche), dirigeait bénévolement. La mère de Marguerite est assise à sa gauche.

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    Marguerite, à l’âge de 22 ans.

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    Marguerite (du côté gauche, avant-dernier bureau) au Service de la paie de l’armée, où elle a travaillé de 1954 à 1959.

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    Photo de mariage de Marguerite et Abdul Quddus, 17 avril 1965. Au premier plan, de gauche à droite : la mère de Marguerite, Rachel; Abdul; Marguerite; Benoît. À l’arrière-plan, de gauche à droite : la cousine de Marguerite, Monique Zanditénas; le cousin d’Abdul, Sha Qureshi; madame Moireau, une amie et cliente d’avant la guerre; et le voisin de Marguerite et Abdul.

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    Marguerite et son mari, Abdul, en route pour le Canada à bord du Carmania. Le Havre, 25 août 1967.

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    Marguerite et son mari, Abdul. Vancouver, 1968.

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    Marguerite, enseignante bénévole dans une école montréalaise dans la deuxième moitié des années 1970.

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    Marguerite, enseignante bénévole dans une école montréalaise dans la deuxième moitié des années 1970.

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    Repas en famille chez le frère de Marguerite, Benoît, à Paris. De gauche à droite : Marguerite, Benoît, et leur sœur, Henriette. Assis au premier plan : le fils de Marguerite, Michael, et sa nièce, Johanna. 1980.

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    Marguerite et son fils, Michael, en visite chez Antoinette et Robert Chatenay, les fermiers qui ont abrité Marguerite durant la guerre. Vatilieu, 1980.

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    Le neveu de Marguerite, Bruno Massardo (à gauche), son fils, Michael, et son petit-fils, Nicolas. 2012.

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    Marguerite Élias Quddus. 2012.

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    « L’arrestation de mon papa ». Illustration de Marguerite Élias Quddus figurant dans ses mémoires, Cachée.

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    « Des Allemands dans ma rue ». Illustration de Marguerite Élias Quddus figurant dans ses mémoires, Cachée.

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    « Dans le caniveau ». Illustration de Marguerite Élias Quddus figurant dans ses mémoires, Cachée.

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    « Sous la pluie ». Illustration de Marguerite Élias Quddus figurant dans ses mémoires, Cachée.

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    « Ils emmènent maman ». Illustration de Marguerite Élias Quddus figurant dans ses mémoires, Cachée.

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    « Transportant des bûches ». Illustration de Marguerite Élias Quddus figurant dans ses mémoires, Cachée.

Le livre

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Cachée

Je suis prête mais écrasée de tristesse. Maman nous enlace et nous embrasse. « Au revoir mes enfants ! Quand vous partez, ne vous retournez pas… »

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Cachée

Papa a mis son chapeau de travers, le col de son paletot est à l’envers. Maman lui tend sa petite valise : « Voilà quelques vêtements…» précise-t-elle avec tristesse.

Ils descendent en débandade. Je les regarde éberluée, du haut de l’escalier, puis je suis maman, comme une somnambule, jusqu’à la fenêtre de la cuisine. Papa veut entrer aux cabinets, ils l’en empêchent! Ils l’empoignent par le bras et le traînent comme un forçat!

La concierge trouve ça rigolo, à l’abri derrière sa fenêtre. Elle m’énerve celle-là! « À bientôt! » hurle papa, penchant sa tête en arrière. Il n’est pas bête, mon père, elle verra quand il reviendra! Les agents et papa vont si vite que, lorsque nous arrivons à la fenêtre sur la rue, ils sont déjà loin. « Il ne s’est même pas rasé et n’a rien mangé… » balbutie maman, affligée.

Nous voyant, ma soeur et moi, elle change de ton : «Habillez-vous, on va l’accompagner! » Je ne me suis jamais tant pressée. Maman s’est joliment arrangée. Elle tient un paquet dans ses mains, au cas où papa en aurait besoin. Elle part avec Henriette, sans fermer la porte. Elle revient me prendre et fonce à toutes jambes, Henriette nous suit.

Nous voici dehors. Ouf! Ils sont encore là! Nous allons revoir papa! Nous sommes chaussées de nos pantoufles. Il est en conversation avec le Dr David, le Dr Waïsman qui est dentiste, M. Salonès et d’autres gens. «Moëshalé… Moëshalé!» appelle maman. Ça y est! Il nous a vues! Il se retourne, bras tendus. Je suis émue. Il fait un grand pas en avant. «Halte-là! Bougez pas de là! » fait un homme méprisant. Nous nous approchons toutes les trois. Et d’un bond, ma soeur et moi sommes dans ses bras. C’est incroyable ce qu’il me serre, je ne m’en fâche pas, au contraire! Je m’attache à son corps et je dévore son visage. Il ne partira pas sans moi! Je l’embrasse malgré les piquants de sa barbe. Il me regarde droit dans les yeux. Je ne pourrai plus le lâcher…

Qu’est-ce que c’est que ce vacarme? Une voiture vient d’arriver. Les policiers braquent leurs armes! «Mes chères petites, Henriette et Marguerite, il faut se quitter maintenant, mais pas pour longtemps! Soyez gentilles avec maman, évitez les tracasseries inutiles, c’est promis?» Nous faisons signe que oui.

Quelqu’un ouvre la belle grille et on place les hommes en file. Papa relâche son étreinte en se baissant pour nous faire descendre toutes les deux. Je ne veux rien entendre. « Voyons mes enfants, c’est au tour de maman! » Je m’agrippe encore plus, j’ai le droit à mon âge. « Il faut se quitter, je dois parler avec elle. » Il me repousse doucement. Elle pleure, il la console et la cajole à mes dépens. Dans ma douleur, je suis jalouse.

Il enlace tendrement son épouse : «Calme-toi, Rokhalé, calmetoi, s’il te plaît! » Ils se chuchotent des choses à l’oreille… «La liste est complète! On embarque, messieurs dames! » Les agents font l’appel, séparent brutalement les femmes des hommes : « David! Eliash! Solanès! Waïsman!…» On les entasse comme des sardines dans la traction kaki. Papa s’incline et crie : « Courage, Rachel! Courage, mes enfants! À bientôt!»

J’ai trop de peine. Maman marmonne entre ses dents : «Courage, Moïshinké, courage! » J’ai mal au ventre, il faudrait que je rentre. Les tractions démarrent à vive allure. Nous faisons des signes de la main vers la voiture, qui disparaît dans le lointain.

Le jour se lève, avec ma haine. J’ai le coeur si lourd…