Le Programme des mémoires de survivants de l’Holocauste

Margrit Rosenberg Stenge

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Né(e)
27 décembre 1928 Cologne, Allemagne

Map of Mukacevo, Czechoslovakia

immigré(e)
1951 Montréal

En 1940, installés dans le village reculé de Rogne, en Norvège, Margrit Rosenberg (11 ans) et ses parents pensent avoir enfin trouvé la sécurité qu’ils recherchaient depuis leur fuite d’Allemagne deux ans auparavant. Que pouvait-il leur arriver de mal dans un minuscule village ? Mais quand la guerre éclate en Norvège et que la persécution des Juifs s’intensifie, les Rosenberg sont forcés de passer leurs hivers dans un refuge encore plus éloigné – une petite cabane de montagne des plus rudimentaires, accessible uniquement en ski. Au début, l’isolement leur permet de se sentir en relative sécurité et de trouver une certaine tranquillité dans un lieu qui semble figé dans le temps. Mais deux ans plus tard, alors que les nazis commencent à arrêter et déporter les Juifs d’Oslo, les Rosenberg se retrouvent forcés de prendre la décision fatidique de faire confiance à la Résistance et d’affronter le danger en fuyant la Norvège occupée par les nazis pour se rendre en Suède, pays neutre.

À propos de Margrit

Margrit Rosenberg Stenge est née à Cologne, en Allemagne, le 27 décembre 1928. Au début de 1943, elle se réfugie avec sa famille à Alingsås, en Suède. Margrit retourne à Oslo en 1945, se marie en 1949, avant d’immigrer au Canada et de s’établir à Montréal en 1951. Elle a travaillé quarante ans dans diverses administrations, après quoi elle a traduit six livres du norvégien à l’anglais, dont Counterfeiter: How a Norwegian Jew Survived the Holocaust de Moritz Nachtstern (2008). Elle vit aujourd’hui à Montréal avec son mari Stefan.

Photos et Artefacts

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    La famille du père de Margrit. De gauche à droite : Karolienchen (« Petite Karoline » [N.d.T.]), la tante de Margrit ; ses grands-parents Veilchen et Jakob ; sa tante Selma ; son oncle Gustav et son oncle Natan. Wächtersbach, Allemagne, dans les années 1920.

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    Le père de Margrit, Max (Markus) Rosenberg, avec son chien. Cologne, Allemagne. Vers 1935

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    Margrit (à gauche) avec son amie Marta. Buahaugen, Norvège, 1941.

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    Margrit et son père Max (Markus) Rosenberg. Vers 1947.

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    Margrit et son mari Stefan en Norvège, avant d’immigrer au Canada. 1951.

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    Margrit (à droite) avec sa mère Alice, au mariage de sa fille. 12 juillet 1981.

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    Le chalet des Wellén à Buahaugen, en Norvège, semblable à celui où la famille de Margrit a trouvé refuge pendant la guerre. Après la fuite de la famille en Suède, le chalet a été incendié par les Allemands au cours d’une perquisition. 1996.

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    Einar Wellén (à gauche) et Marvin, le fils de Margrit (à droite), se tiennent devant Stefan et Margrit chez les Granli à Rogne, en Norvège. C’est dans leur famille que Margrit a vécu pendant la guerre. 1996.

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    De gauche à droite : Stefan, Margrit et leur fils Marvin. Dans la maison des Granli à Rogne, en Norvège, en 1996.

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    L’ambassadeur d’Israël Michael Shiloh (à gauche), en compagnie d’Einar Wellén (à droite), lors de la cérémonie honorant Einar du titre de Juste parmi les nations décerné par Yad Vashem pour son action de sauvetage de Margrit et sa famille. Oslo, Norvège, 16 avril 1996.

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    Réception chez les Wellén, suite à la cérémonie honorant Einar du titre de Juste parmi les nations. Margrit est assise à côté d’Einar ; les autres sont inconnus. Oslo, Norvège, Avril 1996.

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    Helen, la fille de Margrit, se détend après un emploi du temps chargé. Vers 2015.

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    La maison d’enfance de Margrit, au 52 de la Marienburger Strasse. Cologne, Allemagne. Photo datant de 2016 environ.

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    La dalle commémorative (Stolpersteine) au 52 de la Marienburger Strasse à Cologne, en Allemagne, qui rend hommage aux membres de la famille de Margrit. Y sont mentionnées les dates auxquelles ils ont été déportés ou ont fui l’Allemagne. En haut, de gauche à droite : la tante de Margrit, Karolienchen (Karoline) Plaut et son oncle Natan (Nathan) Plaut, déportés en 1941. En bas, de gauche à droite : le père de Margrit, Max (Markus) Rosenberg, sa mère Alice Rosenberg et Margrit, qui ont fui en 1938. 12 avril 2016.

Le livre

Cover of Silent Refuge (Traduction française à venir)

Silent Refuge (Traduction française à venir)

« Les nouvelles vont vite à la campagne, et quand je suis entrée à l’école, de nombreux villageois savaient déjà que nous étions juifs, même s’ils ignoraient ce que cela signifiait réellement. »

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Silent Refuge (Traduction française à venir)

Des traces dans la neige

Notre séjour chez les Granli a connu une fin soudaine et inattendue. En mars 1942, le lensmann (policier) nous a rendu visite et transmis une information particulièrement inquiétante : les Allemands étaient sur le point de faire une descente dans les villages de son district. Il nous a poussés à fuir à Buahaugen sur-le-champ. Nous étions terrifiés à l’idée de nous rendre à Buahaugen à cette période de l’année sans avoir fait aucun préparatifs. Nous n’étions pas sûrs de pouvoir nous débrouiller seuls, ni de pouvoir nous procurer les vivres nécessaires à notre survie. Nils nous a promis de trouver quelqu’un pour nous approvisionner à intervalles réguliers, et nous avons dû nous fier à sa promesse. Alors, par une belle journée ensoleillée, nous sommes partis à ski avec l’un de nos voisins, chacun transportant autant de ravitaillement que possible.

Nous avons skié de longues heures, glissant sur une neige épaisse et abondante avant d’arriver au seter (ferme), mais comme nous étions quatre, nous avons laissé des traces profondes dans la neige. Parvenus à destination, nous avons à peine reconnu Buahaugen — on aurait dit que le paysage s’était figé dans le temps. Notre voisin nous a aidés à transporter du bois à l’intérieur, ainsi qu’à allumer la cheminée et la cuisinière afin de chauffer le chalet ; puis il est reparti. Nous nous retrouvions désormais seuls, au milieu de cette immense étendue de neige et de glace.

Le ruisseau aussi était gelé, à l’exception d’une petite ouverture à travers laquelle nous pouvions récolter de l’eau pour boire — opération qui se faisait à ski, bien entendu. Quand nous avions besoin d’eau pour nous laver ou nettoyer nos vêtements, nous faisions fondre de la neige dans une grande marmite. La nuit, il faisait un froid glacial dans le chalet, et c’était généralement ma mère qui allumait le feu avant que mon père et moi nous réveillions le matin. Nous ne pouvions nous déplacer dehors sans chausser nos skis. Séjourner en ce lieu et dans ces conditions en attendant le retour des fermiers en été semblait presque inconcevable. C’est pourtant ce que nous avons fait — du moins, c’est ce que mes parents ont fait.

Après quelques jours en montagne, j’ai fait la chose la plus égoïste que j’aie jamais faite de toute ma vie. Ma seule excuse est que je n’avais alors que treize ans. J’ai annoncé à mes parents que je voulais rentrer à Rogne pour habiter avec Nils et Alma et aller à l’école. Ils ont eu la réaction à laquelle je pouvais m’attendre... J’étais leur unique lien avec le village dans l’éventualité où il arriverait quelque chose à mon père, et maintenant, je voulais les abandonner ? Ils ont fini par me laisser partir, à condition que j’accepte de revenir tous les week-ends à la montagne munie de provisions.

J’ai donc chaussé mes skis et suivi les traces que nous avions laissées quelques jours auparavant. Au début de mon périple, je me suis sentie libre comme l’air. J’ai ensuite réalisé que j’étais à présent toute seule au milieu de cette immense étendue de neige que je devais traverser. Qu’arriverait-il si je tombais et ne réussissais pas à me relever ?