Le Programme des mémoires de survivants de l’Holocauste

Judy Abrams

Survivor Video

More Information

Map

Né(e)
28 avril 1937 Budapest, Hongrie

Map of Mukacevo, Czechoslovakia

Immigré(e)
1949 Montréal

Deux fillettes, nées à six mois d’écart et dans des pays différents, sont plongées brutalement dans la tourmente et la terreur de la Deuxième Guerre mondiale. Filles uniques, elles connaissent des parcours remarquablement similaires, Judit en Hongrie et Eva en Tchécoslovaquie. Séparées de leurs parents, obligées de se faire passer pour des chrétiennes, confrontées à des situations qui les dépassent, les deux fillettes vivent une enfance qui restera marquée à jamais par l’Holocauste. Leurs mémoires évoquent de manière expressive et personnelle les parcours parallèles et néanmoins uniques de ces deux enfants qui ont survécu là où tant d’autres ont péri.

À propos de Judy

Judy Abrams est née à Budapest, en Hongrie, le 28 avril 1937. Elle a immigré à Montréal en 1949, puis elle a enseigné le français à l’École internationale des Nations unies à New York. Elle et son mari partagent leur temps entre Montréal et New York.

Photos et Objets

  • Judy Abrams larger image and caption

    La famille de la mère de Judy, Renée Kaba Grünfeld, à Savanyukut, en Hongrie, 1921. De gauche à droite : le grand-père de Judy, Imre Kaba; sa grand-mère, Anni Deutsch Kaba; sa mère; ses tantes Márta et Marika; son oncle Józsi; et sa tante Éva.

  • Judy Abrams larger image and caption

    Renée Grünfeld, la mère de Judy. Budapest, 1940.

  • Judy Abrams larger image and caption

    Judy, à l’âge de 3 ans. Budapest, 1940.

  • Judy Abrams larger image and caption

    Judy, à l’âge de 5 ans. Budapest, 1942.

  • Judy Abrams larger image and caption

    Judy (au centre), assise derrière Mária Babar (deuxième à partir de la droite), qui l’a aidée à se cacher au couvent des sœurs ursulines de Pincehely, en Hongrie, en 1944.

  • Judy Abrams larger image and caption

    Judy, debout, deuxième à partir de la droite, avec Mária Babar et d’autres fillettes au couvent des ursulines de Pincehely, 1944. Mária l’a aidée à se cacher au couvent en 1944.

  • Judy Abrams larger image and caption

    Judy et la mère supérieure du couvent. Pincehely, Hongrie, 1944.

  • Judy Abrams larger image and caption

    Renée Grünfeld, la mère de Judy, après la guerre. Budapest, 1947.

  • Judy Abrams larger image and caption

    Judy à l’âge de 11 ans. Budapest, 1948.

  • Judy Abrams larger image and caption

    Judy, à l’âge de 12 ans, sur le Scythia en route pour le Canada. 1949.

  • Judy Abrams larger image and caption

    Le Scythia, le bateau qui a amené Judy et ses parents de la ville allemande de Brême à Halifax, en Nouvelle-Écosse, 1949.

  • Judy Abrams larger image and caption

    Judy, au centre, avec ses parents, Renée et László Grünfeld, devant leur premier appartement de l’avenue Ridgevale (rebaptisée avenue Saint-Kevin). Montréal, 1949.

  • Judy Abrams larger image and caption

    Judy dans son uniforme d’écolière. Montréal, 1950.

  • Judy Abrams larger image and caption

    Judy portant son premier pantalon. Montréal, vers 1951.

  • Judy Abrams larger image and caption

    Judy au Gala annuel de la Collecte de fonds de l’Hôpital général juif. Montréal, 1959.

  • Judy Abrams larger image and caption

    Judy (à droite) avec Mária Babar-Kennedy, le jour où Mária a reçu le titre de « Juste parmi les Nations » à Yad Vashem, l’Institut commémoratif des Martyrs et des Héros de la Shoah. Californie, 1994. Mária a aidé Judy à se cacher au couvent des ursulines Pincehely, en Hongrie, en 1944.

  • Judy Abrams larger image and caption

    Mária Babar-Kennedy (à gauche) avec la tante de Judy, Marika (au centre), le père de Judy, László Grünfeld (à droite) et le fils cadet de Judy, Eugène. Montréal, vers 1966. Mária a aidé Judy à se cacher au couvent des ursulines Pincehely, en Hongrie, en 1944.

  • Judy Abrams larger image and caption

    Judy et son mari, Tevia, aux chutes d’Iguazú à la frontière entre le Brésil et l’Argentine, en 2009.

  • Judy Abrams larger image and caption

    Judy avec son mari, son fils aîné et sa belle-fille à New York, 2010. De gauche à droite : le mari de Judy, Tevia Abrams; Judy; leur fils Ira Abrams et sa femme, Rachel Krucoff.

  • Judy Abrams larger image and caption

    Le fils cadet de Judy, Eugène Abrams (à droite), son fils, Émile (au centre) et sa femme, Julie LaVergne, dans leur maison de Longueuil, Québec, 2010.

Le livre

Cover of Retenue par un fil / Une question de chance

Retenue par un fil / Une question de chance

J’avais toujours aimé les jeux d’imagination, mais ils m’avaient fait comprendre que celui-ci était bien réel. Je n’ai jamais trahi mon secret.

Explorer l'histoire de Judy dans Re:Collection

More Survivors

Close

Retenue par un fil / Une question de chance

Mon père était très engagé dans l’Organisation sioniste hongroise et, contrairement à d’autres Juifs hongrois, il ne se berçait pas d’illusions en espérant que les Allemands et les Hongrois « civilisés » ne s’attaquent pas aux Juifs. Il prêtait foi aux histoires incroyables de persécutions que racontaient les réfugiés des pays occupés par les nazis ; il croyait même aux récits sur ces endroits inconcevables qu’étaient les camps de concentration et que rapportaient les quelques détenus qui avaient réussi à s’en échapper. Ce printemps-là, mon père était parvenu à me procurer de faux papiers. S’agissait-il de copies ou de faux fabriqués de toutes pièces ? Quoi qu’il en soit, ils m’ont ouvert les portes de la communauté hongroise chrétienne. Grâce à l’aide de Mária Babar, une fervente catholique qui avait autrefois travaillé pour notre famille, mes parents ont pris des dispositions pour me cacher chez les soeurs ursulines.

Ma mère avait pris une décision, aussi courageuse que douloureuse, en me conduisant sous les marronniers sauvages en fête vers le couvent des soeurs ursulines de la rue Stefánia, proche de Városliget, le parc de la ville dans lequel, il y a à peine quelques mois, je jouais encore avec ma bonne. Ma mère a fait retentir la sonnette au portail de la haute grille de fer noire entourant le couvent. Derrière elle, on découvrait un jardin dont, si je me souviens bien, l’herbe hirsute, qui avait grand besoin d’être entretenue, était parsemée de pissenlits jaunes. Lorsque j’ai réussi tout récemment à contacter les soeurs ursulines hongroises, elles m’ont envoyé la photographie du couvent tel qu’il était en 1944. Ma mémoire concernant la grille de fer était exacte.

Le jour où ma mère et moi sommes arrivées à la maison mère des Ursulines, une femme étrange, revêtue d’une longue robe noire, nous a ouvert la grille. On ne pouvait apercevoir qu’un coin de son visage derrière le strict bandeau blanc qui barrait son front et auquel était attachée une guimpe blanche amidonnée. Aucun cheveu ne dépassait derrière le voile de soie noire qui tombait du bandeau jusqu’au-dessous de ses épaules et qui était fixé par une épingle au sommet de sa tête.

C’était la première fois que je voyais une religieuse d’aussi près. Il m’a semblé que mon estomac se contractait autour d’un caillou que je n’avais pourtant pas avalé. C’est là une sensation dont je me souviens précisément, une sensation qui revient à chaque fois que je suis confrontée à une crise inévitable. Sans doute m’a-t-elle souri lorsque ses mains se sont échappées des larges manches de sa vaste robe pour s’emparer des miennes car, tandis que je la suivais le long de l’allée qui conduisait au pavillon de stuc jaune à deux étages, ce caillou dans mon ventre a commencé à disparaître.

Ma mère m’a certainement fait signe de la main lorsqu’elle s’est éloignée de la grille qui s’est refermée sur moi. Nous n’allions pas nous revoir avant un an. Comment m’a-t-elle dit au revoir ? Il se peut qu’elle ait dit quelque chose se terminant par pipikém (ma poulette), le terme d’affection qu’elle utilisait en hongrois à mon égard. Je me souviens seulement que je me suis sentie étrangement soulagée lorsqu’elle m’a autorisée à suivre toute seule ma nouvelle compagne. Autour de la taille de cette femme vêtue de noir se balançait un cordon de grandes perles orné d’une croix qui rebondissait à chacun de ses pas vifs. Lorsqu’elle a ouvert la porte d’entrée, elle s’est adressée à moi pour la première fois en utilisant mon nouveau nom, « Ilona » ou son diminutif « Ili ». Personne n’allait plus m’appeler « Judit » ou « Juditka » pendant près d’un an. Maintenant, le jeu commençait pour de bon. Je devais devenir Ilona Papp, une fillette catholique, provisoirement séparée de ses parents dans la campagne hongroise.