Le Programme des mémoires de survivants de l’Holocauste

Felix Opatowski

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Né(e)
15 juin 1924 Lodz, Pologne

Map of Mukacevo, Czechoslovakia

Immigré(e)
1949 Toronto

Felix Opatowski a 15 ans lorsqu’il entreprend de faire passer en fraude des articles du Ghetto de Lódz en échange de nourriture pour sa famille. Sa débrouillardise lui sera essentielle pour rester en vie dans sa Pologne natale occupée par les nazis. Dans le Ghetto et, plus tard, dans un camp de travail, Felix supportera des conditions de vie très pénibles, puis il sera déporté au camp de la mort d’Auschwitz-Birkenau.

L’Antichambre de l’enfer est le récit poignant d’un adolescent qui arrive à l’âge adulte dans un environnement atroce et qui tente d’aider les autres malgré les risques qu’il encourt.

À propos de Felix

Felix Opatowski est né à Łódź, en Pologne, le 15 juin 1924. Il a été libéré en Autriche par l’armée américaine le 9 mai 1945, puis a travaillé dans une base de l’armée américaine, où il a épousé sa femme, Regina, en 1947. Deux ans plus tard, en 1949, Felix et Regina sont arrivés à Toronto, ils ont été mariés pendant 69 ans. Felix est décédé en 2017.

Photos et Objets

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    Le père de Felix Opatowski, Nathan Opatowski (assis à l’avant-plan, à l’extrême gauche) au camp de travaux forcés établi dans le Stade municipal de Poznań. Vers 1941.

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    Felix et ses amis devant la boîte de nuit de la base militaire américaine à Gmunden, en Autriche, où ils ont travaillé après la guerre. Felix est assis au premier rang, à l’extrême droite, et son ami Jakob Artman est à l’arrière-plan, au centre. Vers 1946.

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    Morceau de l’uniforme de prisonnier que portait Felix à Birkenau, où est cousu son numéro matricule.

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    Dr Klaus, le médecin juif qui a soigné Felix à l’hôpital du camp de concentration de Melk. La photo a été prise à Gmunden, en Autriche, vers 1946.

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    Mariage de Felix et de Regina, 16 juin 1947, Gmunden, en Autriche.

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    Felix et Regina, à Gmunden, en Autriche, 1948.

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    Jakob Artman, l’ami de Felix qui l’a aidé à survivre à Birkenau. Vers 1948.

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    Certificat d’identité de Felix, délivré par l’Organisation internationale pour les réfugiés. Ce document lui a servi de visa d’entrée au Canada en 1949.

    (Photo 1 de 2)

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    Certificat d’identité de Felix, délivré par l’Organisation internationale pour les réfugiés. Ce document lui a servi de visa d’entrée au Canada en 1949.

    (Photo 2 de 2)

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    Charles Coward, le « comte d’Auschwitz », prisonnier de guerre britannique interné à Buna-Monowitz (Auschwitz III), où il a pris part aux activités de la Résistance et tenté d’aider les Juifs. Il a plus tard reçu le titre de Juste parmi les nations, décerné par Yad Vashem à Jérusalem. La photo a été prise vers 1950.

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    Esther, la fille de Felix et de Regina, âgée de trois ans, 1950.

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    Felix et Regina avec leurs filles, Miriam (à gauche), âgée d’un an environ, et Esther, six ans. Toronto, vers 1953.

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    La famille Opatowski sur un bateau de croisière à Miami Beach en 1964. À l’arrière-plan : Regina, la femme de Felix; et Esther, sa fille. À l’avant-plan : Nathan, son fils; Miriam, sa fille; et Felix.

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    Les filles de Felix, Esther et Miriam, en compagnie de leurs grands-parents, Hillel et Bronia Gnat, lors du mariage de leur oncle à la synagogue Adath Israel, à Toronto en 1966. De gauche à droite : Esther, une parente, Hillel Gnat, Bronia Gnat et Miriam.

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    La maison que Felix a fait construire en 1967, au 48, Purdon Drive, à Toronto, et où la famille Opatowski a vécu durant 25 ans.

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    De gauche à droite : la belle-mère de Felix, Bronia Gnat; Regina, sa femme; et la tante de Felix installée au Portugal, Sarah Krull (née Opatowski). Vers 1970.

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    Felix et Regina à l’occasion de leur 25e anniversaire de mariage en 1972. La photo a été prise par leur fille Miriam.

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    Ami, le fils de Felix et de Regina. Toronto, 1981.

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    Felix devant le monument commémoratif de Birkenau, 2003.

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    Les ruines du crématoire II. Birkenau, 2005.

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    Felix, troisième en partant de la gauche, à l’entrée du camp d’Auschwitz, lors d’un voyage organisé en 2005 par la synagogue Beth Emeth à l’occasion du 60e anniversaire de la libération du camp.

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    Felix et sa femme, Regina, près de l’arbre planté en l’honneur de Charles Coward dans le Jardin des Justes à Yad Vashem. Jérusalem, 2005.

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    Felix et sa femme, Regina, en compagnie de leurs petites-filles Leora (à gauche) et Naomi (à droite) à Auschwitz, 2005.

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    Felix devant les ruines du Block 24, où il a été interné à Birkenau. De gauche à droite : Felix aux côtés de Rudy Fidel (pasteur au Faith Temple à Winnipeg) et de la femme de Rudy (Gina), lors d’un voyage entrepris en 2009 pour retracer le passé de Felix.

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    Felix, et Gina Fidel, à Birkenau, en 2009, se tenant dans un secteur la zone neutre, où Felix a travaillé en tant que détenu.

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    Felix et la famille Opatowski à l’occasion du mariage de sa petite-fille Leora. De gauche à droite : Ami, le fils de Felix; Jodi, la femme de Toby; Toby, le petit-fils de Felix; Miriam, sa fille; Jackson, son arrière-petit-fils; Esther, sa fille; Leora, sa petite-fille et le mari de Leora, Rafi; Naomi, sa petite-fille; Michael, le mari de Naomi; Regina, sa femme; Felix; Susan, sa belle-fille; Brooke, sa petite-fille; Fern, sa petite-fille; et Nathan, son fils.

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    Felix et Regina à l’occasion du mariage de leur petite-fille Leora. Toronto, 13 juin 2010.

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    Felix et son arrière-petite-fille Chloë en 2011.

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    Felix et Regina avec leurs arrière-petites-filles Chloë et Presley.

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    Les femmes de la famille Opatowski, à Toronto en 2011. À l’arrière-plan, de gauche à droite : Esther, la fille de Felix; Naomi, la fille d’Esther; et Miriam, la fille de Felix. À l’avant-plan, de gauche à droite : Jodi, la femme du petit-fils de Felix, Toby; Presley, la fille de Toby; Regina, la femme de Felix; Chloë, son arrière-petite-fille); et sa petite-fille, Leora.

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    Les hommes de la famille Opatowski, à Toronto en 2011. À l’arrière-plan, de gauche à droite : Rafi, le mari de Leora, la petite fille de Felix, à gauche; et Ami, le fils de Felix. À l’avant-plan, de gauche à droite : Michael, le mari de sa petite-fille Naomi; Felix; son arrière-petit-fils, Jackson; ainsi que Toby, son petit-fils.

Le livre

Cover of L’Antichambre de l’enfer
Lauréat 2012 de la Médaille d’argent du Independent Publisher

L’Antichambre de l’enfer

Je m’entêtais. Je ne voulais pas rester à Auschwitz. Je ne voulais pas finir au crématoire. Je ne voulais pas mourir dans ce lieu et je continuais à me débattre.

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L’Antichambre de l’enfer

Une fois installé sur ma couchette, j’ai remercié mon nouvel ami et nous avons commencé à parler. Je lui ai demandé depuis combien de temps il était là. « Six ou huit semaines », m’a-t-il répondu, et il s’est offert à me prodiguer quelques conseils. Par exemple, tout en parlant, je me frottais le bras à l’endroit où ils m’avaient tatoué. « N’y touche pas, m’a-t-il averti, la plaie risque de s’infecter. » À ma question : « Qu’en est-il exactement d’Auschwitz? », il m’a répondu sans détour : « C’est un endroit atroce. Personne n’en ressort vivant. » Il m’a alors emmené dehors et, montrant du doigt une cheminée, a ajouté : « La seule façon de sortir de ce camp, c’est par cette cheminée. »

Je voyais un grand bâtiment de briques rouges, mais je ne comprenais pas ce que mon ami voulait dire. Quand nous avions marché de la gare jusqu’à Birkenau le jour de notre arrivée à Auschwitz, une odeur de brûlé flottait dans l’air. Nous ignorions bien sûr qu’il y avait des crématoires dans ce camp. Comment un être humain normal aurait-il pu imaginer qu’au milieu du xxe siècle, des gens brûlaient des corps? C’était tellement inconcevable qu’une telle idée ne nous aurait jamais traversé l’esprit. Mais en arrivant aux baraquements de quarantaine, nous avons commencé à nous demander ce qui se passait dans ce bâtiment. Les kapos indiquaient la cheminée en disant : « Voici ce qui vous attend ! » Le Ghetto, les camps de Poznań… tout cela avait été abominable. Pourtant, il n’y avait jamais été question de cheminées, ni de crématoires, ni de chambres à gaz.

Jakob m’a vite averti qu’il me faudrait être extrêmement vigilant au camp de quarantaine : les Allemands tenteraient de me tuer au travail, mais si je survivais, ils me transféreraient tout simplement dans un autre camp. J’ai rétorqué que j’arrivais tout juste d’un autre camp de travail et que les conditions ne pouvaient pas être pires à Auschwitz. « Oh que si ! », s’est-il exclamé. Malheureusement, il avait raison.

Beaucoup d’entre nous sont en effet morts d’épuisement au camp de quarantaine, où nous recevions très peu à manger. Tôt le matin, les gardes nous conduisaient aux chantiers : nous construisions des routes, nous creusions des fossés pour les égouts. Nous faisions tout cela parce que le camp était en pleine expansion. Comme il y avait beaucoup de prisonniers, nous n’avions pas à travailler 15 heures par jour, mais le travail était très dur. Nous aurions pu accomplir ces corvées beaucoup plus rapidement si nous avions eu droit à des brouettes pour transporter les pierres. Mais non, nous devions tout déplacer à mains nues. Je dirais que tout cela avait pour but de tester notre endurance à ce genre de tâche : si nous parvenions à survivre aux trois mois passés dans ces conditions, nous serions envoyés au camp D, le camp de travail des hommes à Birkenau.

Les atrocités commises au camp de quarantaine ont été terribles. Le docteur Mengele venait régulièrement nous rendre visite, bien qu’au début, nous ignorions qui il était. Accompagné d’officiers, il allait de baraquement en baraquement et choisissait des détefelix nus pour toutes sortes d’expériences. Nous avons vu des hommes emmenés pour ne plus jamais revenir. Nous entendions des cris.

Puis il y a eu une sélection. Deux semaines après mon arrivée au camp de quarantaine, un kapo a fait le tour des baraquements pour annoncer qu’il y aurait une sélection et qu’aucun Juif n’irait au travail le lendemain. Les autres détenus sont partis et les Juifs sont restés dans les baraquements. Au début, j’étais ravi d’avoir un jour de congé. Naïf comme je l’étais, j’ignorais encore ce que signifiait la sélection : je m’imaginais que les Allemands allaient choisir les plus forts afin de leur confier un travail spécial. Pour moi, il s’agissait d’un jour de repos. Jakob était plus avisé. Ayant entendu dire qu’il fallait faire très attention durant une sélection, il m’a conseillé de bien me rappeler où je mettais mes vêtements quand ils nous ordonneraient de nous déshabiller, de me tenir bien droit et de ne poser aucune question.

Une heure plus tard environ, j’ai vu arriver le docteur Mengele. Il est entré dans notre baraquement escorté d’une demi-douzaine de ss et d’un homme en civil chargé de prendre des notes. Nous devions nous dévêtir complètement. Le docteur Mengele s’est assis, et nous avons défilé devant lui. Il indiquait qui allait à gauche, qui allait à droite. Lorsqu’un détenu était envoyé dans l’une des deux directions, le civil inscrivait son matricule.

Mon tour venu, j’ai remarqué que l’homme n’a rien noté. Je croyais que lorsqu’il inscrivait un numéro, cela signifiait que la personne allait être transférée dans un autre camp de travail; Jakob m’avait en effet expliqué que parfois, un chanceux se voyait confier une autre tâche. M’imaginant avoir raté une occasion, je suis retourné vers le civil pour lui dire qu’il avait oublié d’inscrire mon matricule. L’un des gardes est intervenu. J’en pleurais presque. Je m’entêtais. Je ne voulais pas rester à Auschwitz. Je ne voulais pas finir dans les chambres à gaz. Je ne voulais pas finir au crématoire. Je ne voulais pas mourir dans ce lieu, et je continuais à me débattre. Finalement, le garde m’a assené une bonne poussée, me faisant tomber de l’autre côté, du côté de ceux dont le matricule n’avait pas été inscrit.