Le Programme des mémoires de survivants de l’Holocauste

Eddie Klein

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Né(e)
30 mai 1927 Sieradz, Pologne

Map of Mukacevo, Czechoslovakia

Immigré(e)
1956 Montreal

Au ghetto de Lodz, le jeune Icchok Klein, idéaliste et rêveur, écrit de la poésie. Ce talent lui permet d’être accueilli par un petit groupe restreint, et le président du Conseil des anciens, Mordechai Rumkowski, le prend alors sous son aile et le protège. En un rien de temps, la vie d’Icchok prend une tournure résolument différente ; elle lui permet d’avoir une vue d’ensemble d’un cercle privilégié et d’une figure polarisante et controversée du Ghetto. Mais en août 1944, le destin d’Icchok connaît un nouveau tournant pour le pire : il fait partie des déportés du Ghetto et, seul, il doit faire face aux situations les plus périlleuses.

À propos de Eddie

Eddie (Icchok) Klein est né en 1927 à Sieradz, en Pologne. Il a émigré en Palestine sous mandat britannique en 1945, où il a été recruté dans l’armée. Il a travaillé pour le Palmach avant de devenir mécanicien dans l’armée de l’air. Eddie a épousé sa femme Miriam à Tel Aviv en 1955. Ils ont émigré au Canada en 1956 et se sont installés à Montréal, où Eddie vit encore aujourd’hui.

Photos et Objets

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    La seule photo d’avant-guerre qu’Eddie possède de sa famille. De gauche à droite : Samuel, le père d’Eddie, Eddie, Kalman, le frère d’Eddie, son frère Chaim et sa mère Hela. Sieradz, date inconnue.

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    Page du Registre officiel des résidents du ghetto de Lodz montrant la liste des personnes qui habitaient dans la résidence des Rumkowski au 63, Hanseatenstrasse. Le nom d’Icchok (Eddie) Klein apparaît sur l’avant-dernière ligne. Vers 1942. Avec l’aimable autorisation du Centre de recherche juive de l’Université de Lodz.

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    Le certificat de décès d’Eddie Klein, publié par erreur à Mauthausen en 1945.

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    Photo d’un journal israélien sur laquelle Eddie inspecte le travail d’un élève à l’école B. Kfar Vitkin de Ben Shemen, Netanya, 1949.

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    Eddie supervise le travail de ses élèves, 1949.

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    Eddie (troisième rang, quatrième en partant de la gauche) avec des élèves à Ben Shemen. Vers 1950.

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    Avec des élèves de Ben Shemen au début des années 1950. Eddie est debout, quatrième en partant de la droite.

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    Miriam Fluk, la future femme d’Eddie, 1950.

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    Photo de mariage d’Eddie et Miriam. Tel Aviv, 5 juillet 1955.

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    Eddie et Miriam avec leurs enfants Mark et Vivian sur le chantier de la future usine d’Eddie, vers 1968.

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    Eddie (à droite) dans l’usine spécialisée dans l’automatisation de pièces miniatures qu’il a fait construire. Montréal, vers 1970.

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    Eddie et son fils Mark devant le Mur occidental à l’occasion de la bar mitsvah de Mark. Jérusalem, 1973.

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    Eddie, Mark et Vivian dans la vieille ville. Jérusalem, 1973.

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    Eddie et son fils Mark devant le Mur occidental à l’occasion de la bar mitsvah de Mark. Jérusalem, 1973.

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    Eddie sur un catamaran dans les années 1980.

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    Eddie avec sa famille à Montréal en 2013. Debout derrière, de gauche à droite : Doron, Gilad et Adam, les petits-fils d’Eddie. Assis devant, de gauche à droite : Vivian, la fille d’Eddie, sa belle-fille Jan, son fils Mark et Eddie.

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    La famille à Montréal en 2014. De gauche à droite : Itzhak, le gendre d’Eddie, Doron, Eddie, Adam, Vivian et Gilad.

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    L’Esprit de la planche à voile (The Spirit of Windsurfing) (2005), portrait d’Eddie peint par sa bonne amie Rita Briansky.

Le livre

Cover of Inside the Walls (Traduction française à venir)

Inside the Walls (Traduction française à venir)

Une part de mystère et une grande controverse entourent encore Rumkowski aujourd’hui et, même si mon point de vue n’est peut-être pas objectif, je suis convaincu qu’il se souciait profondément du sort des Juifs du Ghetto.

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Inside the Walls (Traduction française à venir)

Mourir au Ghetto

Le premier hiver, comme les murs devenaient de plus en plus humides et recouverts de givre, nous avons dû partir nous installer rue Brzezinska, où nous étions plus au chaud et loin de la barrière de barbelés et du soldat allemand qui tirait de temps en temps avec son arme. Je me suis fait de nouveaux amis dans notre nouveau foyer. L’un d’eux était un compositeur de quelques années mon aîné. Il avait une petite amie qui était elle aussi musicienne. Même si nous vivions sous le même toit, nous nous écrivions des lettres. Nous nous sommes promis de rester amis pour toujours.

Le petit appartement dans lequel nous vivions était libre pour quelques temps seulement et on nous a ensuite envoyés habiter dans une petite pièce rue Zgierska, près du pont. L’appartement était composé d’une entrée minuscule qui faisait aussi office de cuisine et d’une autre pièce qui était déjà occupée par une famille. L’immeuble se trouvait près de la barrière de barbelés derrière laquelle circulaient librement les tramways réservés aux non-Juifs. Néanmoins, comme notre pièce donnait sur la cour intérieure, nous n’avions pas de vue directe sur la barrière. Les gens vidaient leurs pots de chambre dans des toilettes extérieures qui se trouvaient dans cette cour. L’hiver, la porte des toilettes était bloquée par la glace ce qui n’empêchait pas les gens de continuer à vider leurs pots de chambre à cet endroit, et cela donna naissance à un monticule qui continua de grossir et de geler jusqu’à l’arrivée du printemps. Il était à la fois impossible d’éviter l’odeur nauséabonde et difficile de ne pas marcher dessus. Alors que tous mes autres sens étaient engourdis, la vue et l’odorat provoquaient chez moi un sentiment de dégoût et de révolte. Je nettoyais toutes les parties de mon corps dès que je le pouvais.

Peu après notre arrivée rue Zgierska, et à notre profonde horreur, nous sommes devenus victimes des poux. Personne n’échappait à ce fléau. Je me suis peu à peu laisser aller à un profond dégoût de moi-même. Une fois, avec un lourd soupir de lassitude, j’ai dit à mon père qui était avec moi devant la fenêtre que je voulais qu’on me pousse dans un trou et qu’on m’y enterre. Surpris par ma propre véhémence, j’ai jeté un œil à mon père qui se tenait de profil et j’ai discerné dans son regard un sentiment de tristesse et de désespoir.

Durant les tout premiers mois au Ghetto, nous avons reçu du courrier de mes frères qui se trouvaient dans la partie de la Pologne occupée par les Soviétiques. Ils se préparaient à revenir à Lodz pour nous en faire sortir et nous mener en Union soviétique par un itinéraire de leur connaissance. Ils insistaient particulièrement sur le fait que je pourrais aller à l’école, ce qui était une vraie préoccupation pour ma famille. Mais au printemps 1940, le Ghetto a été totalement fermé. Il n’y avait alors plus de courrier, plus d’informations et plus aucun moyen de communiquer avec le monde extérieur. Celui qui écoutait la radio risquait la peine de mort.

[...]

À l’automne, durant le Yom Kippour, nous nous sommes rendus à une veillée. C’était la première fois que je voyais mon père fondre en larmes. À chaque fois que nous pensions que la situation ne pouvait s’aggraver, c’est ce qui se passait. Nous avions chaque jour un peu plus faim et nous étions de plus en plus faibles. Mon père n’était plus capable de creuser de trous pour y stocker les pommes de terre, tâche qui lui avait été assignée. J’ai commencé à travailler dans une usine de confection de selles où je cousais le cuir et confectionnais des harnais. Le maigre salaire était suffisant pour payer notre ration hebdomadaire de nourriture. C’était à nous de gérer notre rationnement - du pain et d’autres aliments de base - à notre guise. Bien que nous ayons scrupuleusement rationné notre nourriture, la tentation de piocher dans les réserves de la semaine était terrible. La quantité de rationnement changeait toutes les semaines ; elle dépendait du montant que le gouvernement recevait des Allemands pour la production de biens.

Je me sentais abruti. La faim s’aggravait et la mortalité atteignait des proportions épidémiques. L’apathie, la fébrilité et des œdèmes aux chevilles étaient les premiers signes annonciateurs de la mort. Puis le gonflement remontait sur tout le corps ; le cœur et les poumons commençaient à rétrécir, ce qui entraînait une mort lente. C’est ainsi qu’est décédé mon père, le 2 juillet 1941.

Quand ma mère a réalisé à quel point la situation de mon père était critique, elle a demandé à un voisin de venir me chercher au travail et je suis rentré. Mon père m’a longtemps regardé, avant de fermer les yeux pour la dernière fois. Il a été enterré au cimetière situé aux abords du Ghetto.

Ma mère et moi étions désormais seuls.