Le Programme des mémoires de survivants de l’Holocauste

Claire Baum

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Né(e)
25 janvier 1936 Rotterdam, Pays-Bas

Map of Mukacevo, Czechoslovakia

Immigré(e)
1951 Toronto

Presque 40 ans après la fin de la guerre, Claire Baum ouvre un colis que lui a fait parvenir une inconnue de Rotterdam, déclenchant un flot de souvenirs d’enfance refoulés. Au fur et à mesure que Claire replonge dans son passé, elle met au jour le sacrifice et le courage de ses parents, de la Résistance néerlandaise et des familles qui lui ont procuré un refuge ainsi qu’à sa sœur Ollie, par pur altruisme.

À propos de Claire

Claire Baum est née le 25 janvier 1936 à Rotterdam, aux Pays-Bas. La famille a immigré au Canada en 1951, où Claire a rencontré son mari et a élevé ses trois enfants. Claire Baum vit à Toronto.

Photos et Objets

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    Le grand-père paternel de Claire, Jossel (Joseph) Friedberg.

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    La grand-mère paternelle de Claire, Olga (née Isaacson) Friedberg.

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    Le grand-père maternel de Claire, Jacob Cohen.

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    La grand-mère maternelle de Claire, Clara (née Drilsma) Cohen.

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    Le mariage des parents de Claire, Sophia et Rudolph Friedberg. Rotterdam, le 26 juillet 1934.

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    Claire avec sa mère, Sophia Friedberg, en promenade avec sa petite sœur, Ollie. Rotterdam, vers 1937.

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    Claire et sa sœur, Ollie, au mariage de leur tante Rosa et leur oncle Joe.

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    Claire, à droite, avec sa mère et sa sœur en costumes traditionnels néerlandais. Village de Volendam, vers 1940.

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    Claire et sa sœur, Ollie.

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    La famille de Claire avec ses grands-parents maternels. À l’arrière-plan, de gauche à droite : la mère de Claire, Sophia; sa grand-mère, Clara; et son père; Rudolph. À l’avant-plan : sa sœur Ollie; son grand-père Jacob; et Claire.

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    Claire et sa famille avant la guerre.

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    Faux papiers d’identité des parents de Claire. Vers 1941.

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    Faux papiers d’identité des parents de Claire. Vers 1941.

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    Claire (à l’extrême droite) à côté de sa sœur, Ollie, avec Jopie et tante Kor, la première famille où elles se sont cachées durant la guerre. Soest, Pays-Bas, 1942.

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    Claire (à gauche) avec sa sœur, Ollie, peu après leur arrivée chez tante Nel (Nel Van Woudenberg), dans leur nouvelle cachette à Rotterdam. 1943.

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    Claire (à gauche) et sa sœur, Ollie, avec tante Nel (Nel Van Woudenberg). Vers 1944.

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    Claire et sa sœur, Ollie, dans le poulailler des Wielaard (les parents de tante Nel) avec leurs lapins. Rotterdam, 1944.

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    Le jour de la Libération à Rotterdam, le 5 mai 1945. Claire et sa sœur, Ollie, sont assises sur la jeep, derrière les échasses.

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    Claire (à droite) et sa sœur, Ollie, avec deux de leurs libérateurs de l’armée canadienne. 5 mai 1945.

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    Claire et sa sœur, Ollie, avec leur mère, Sophia, assises sur le pas de la porte de leur lieu de résidence temporaire après la guerre. Overschie (Rotterdam), 1945-1946.

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    Photo de mariage de tante Nel (Nel Van Woudenberg) et Koos. Rotterdam, 1946.

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    Mariage de Claire et Seymour Baum. Toronto, le 28 octobre 1956.

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    À l’occasion de la bar mitsvah du fils de Claire, Jeffrey. À l’arrière-plan, de gauche à droite : tante Nel; le mari de Nel, Koos; le mari de Claire, Seymour; Claire; et ses parents, Sophia et Rudolph Friedberg. À l’avant-plan, de gauche à droite : la belle-mère de Claire Ray Baum; et les enfants de Claire, Dianne, Jeffrey et Jacqueline. Juin 1974.

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    Tante Nel et son mari, Koos, à Toronto à l’occasion de la bar mitsvah du fils de Claire, Jeffrey. Juin 1974.

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    Certificat délivré par Yad Vashem reconnaissant Nel Van Woudenberg (tante Nel) comme Juste parmi les nations. Jérusalem, le 25 juillet 1979.

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    Document délivré par le Conseil national de la Résistance néerlandais confirmant que le père de Claire a participé à des activités de résistance durant la guerre.

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    La plaque que le père de Claire a réalisée pour tante Nel, alors qu’il se cachait, pour la remercier d’avoir veillé sur Claire et sa sœur, Ollie, durant la guerre.

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    Tante Nel (Nel Van Woudenberg). Vers 2000.

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    Claire en visite chez tante Nel (Nel Van Woudenberg) à l’occasion du mariage de la petite-fille de Nel, Yolanda. Rotterdam, 2002.

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    La famille Baum-Friedberg. Vers 2007. À l’arrière-plan, de gauche à droite : les petites-filles de Claire, Laura et Kara; son gendre Grant et sa fille Dianne; sa fille Jacqueline et son gendre Michael; sa belle-fille Tali; et son fils Jeffrey, avec son fils Jonathan. À l’avant-plan, de gauche à droite : la mère de Claire, Sophia Friedberg; Claire, avec sa petite-fille Courtney; son mari, Seymour, avec leur petite-fille Jenna; sa petite-fille Blair; sa petite-fille Dana; et son petit-fils Daniel.

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    Certificat de reconnaissance remis à Claire Baum par le gouvernement de l’Ontario et la Canadian Society for Yad Vashem, pour souligner ses nombreuses réalisations et sa contribution à l’enseignement de l’Holocauste.

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    La plaque au nom de tante Nel dans l’avenue des Justes à Yad Vashem, Jérusalem.

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    Claire Baum recevant son certificat de reconnaissance, en compagnie du premier ministre de l’Ontario de l’époque, Dalton McGuinty (à gauche), du ministre de la Citoyenneté et de l’Immigration, Charles Sousa (au centre) et du député de York-Centre, Monte Kwinter (à droite). 3 mai 2012.

Le livre

Cover of Le Colis caché

Le Colis caché

En ouvrant le colis, j’ai été confrontée avec le passé et les souvenirs oubliés depuis longtemps. Les images, les lettres, les photographies et les dessins illustraient aussi bien les moments heureux que tristes, alors qu’Ollie et moi vivions cachées et séparées de Mam et Pap.

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Le Colis caché

Avant que j’aille me coucher, mes parents m’ont annoncé qu’Ollie et moi partirions le lendemain avec un dénommé Pauw. Ils voulaient attendre le matin pour en parler à Ollie. J’ai demandé qui était ce Pauw que je ne connaissais pas, mais je n’ai pas cherché à savoir pourquoi nous devions partir. Je comprenais que Mam et Pap devaient avoir de très bonnes raisons. J’ai repensé aux propos qu’ils avaient échangés au cours de l’après-midi et que j’avais surpris à leur insu.

Au tout début de la guerre, les Allemands avaient installé des roquettes dans le parc proche de notre maison. Des sites de lancement semblables existaient dans divers pays d’Europe ; aux Pays-Bas, c’était à Rotterdam. La nuit, quand les roquettes fusaient, elles produisaient un vacarme assourdissant. Couchée dans mon lit, je ne pouvais éviter de les entendre. Je m’y étais plus ou moins accoutumée, mais cette nuit-là, elles faisaient plus de bruit que jamais. Je me suis bouché les oreilles, en vain. Chaque fois que les projectiles passaient au-dessus de notre maison, je tremblais de peur. Mais ce que j’allais vivre le lendemain m’inquiétait encore davantage. Comment allais-je annoncer à Ollie que nous devions quitter Mam et Pap ?

Tous les jours, nos parents nous réveillaient à 7 heures. Mais en ce matin d’octobre, quelque chose clochait dans leur comportement. Pendant le petit-déjeuner, ils avaient l’air tendus et chuchotaient entre eux. Après, ils nous ont demandé de faire très attention à ce qu’ils allaient nous dire. Ils nous ont alors expliqué qu’Ollie et moi allions habiter ailleurs pendant un certain temps. J’étais déjà au courant mais j’en ai conçu de la peur malgré tout, car je ne savais rien de notre destination ni de la durée de cet éloignement.

Croyant que nous partions en vacances avec Mam et Pap, Ollie a fait sa petite valise, très heureuse à l’idée de cette aventure. De deux ans ma cadette, elle ne saisissait pas que nos parents nous éloignaient d’eux. Moi, par contre, je comprenais très bien qu’il ne s’agissait pas d’un voyage d’agrément.

Avant de partir, nos parents nous ont bien fait comprendre qu’il ne fallait jamais adresser la parole à des inconnus. Nous devions nous comporter comme les nièces de notre nouvelle famille, où nous aurions à faire semblant d’être chrétiennes. Nous devions dire à quiconque nous posait des questions que notre mère était à l’hôpital et que notre père travaillait en Allemagne. C’était une histoire parfaitement plausible à laquelle nous devions nous tenir si nous voulions survivre. Personne ne devait jamais savoir que nous étions juives.

Un peu plus tard, un inconnu, qu’on nous avait dit d’appeler oom Pauw, est venu nous chercher. Je n’avais toujours pas demandé à nos parents la raison de notre départ – je savais que nous n’avions pas le choix. Après avoir toutes deux fait nos adieux à Mam et Pap, nous sommes parties avec oom Pauw, un membre de la Résistance. Nous avons pris le train à la gare de Rotterdam. Nous devions nous rendre à Soestduinen, éloigné d’une centaine de kilomètres à peine, qui semblait pour moi se trouver à mille lieues de Rotterdam et de notre maison.

Je me souviens encore d’oom Pauw nous hissant dans le train, car le marchepied était trop haut pour nous. J’ai aussi le souvenir d’un transfert – je crois que c’était à Amersfoort –, où nous avons attendu notre correspondance dans la gare. Oom Pauw nous a donné à manger. Tout en avalant nos sandwichs, nous observions par la fenêtre les soldats qui patrouillaient sur le quai. Oom Pauw voulait éviter qu’on nous remarque. Il nous a recommandé de ne pas avoir peur, de ne regarder personne, de simplement nous concentrer sur nos sandwichs.

Nous ne savions pas exactement où il nous emmenait, mais après une heure de train, nous sommes arrivés chez notre nouvelle famille à Soestduinen, qui signifie « les dunes de Soest ». À proximité de ce petit village, situé au bord de la mer du Nord, se trouvait la résidence d’été de notre reine. Après son départ forcé du pays en 1940, dès le déclenchement des hostilités, son palais a été tantôt inoccupé, tantôt utilisé par les nazis. Nous étions loin de Rotterdam, loin de Mam et Pap.