Le Programme des mémoires de survivants de l’Holocauste

Anka Voticky

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Né(e)
05 juillet 1913 Brandýs nad Labem, Tchécoslovaquie

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Immigré(e)
1948 Montreal

Tandis que l’armée d’Hitler envahit la Tchécoslovaquie en 1940, Anka Voticky, son mari Arnold, ses deux enfants et sa famille trouvent un refuge inattendu à l’autre bout du monde : Shanghai. Loin de tout ce qui leur était familier, leurs existences sont encore une fois menacées quand l’occupant japonais enferme les réfugiés juifs dans un ghetto. Après la guerre, la prise de pouvoir par les communistes en Tchécoslovaquie contraint les Voticky à quitter l’Europe et à entreprendre un autre voyage déchirant, cette fois-ci pour se rendre en lieu sûr au Canada. Les mémoires d’Anka Voticky nous fournissent l’occasion rare de prendre la mesure de l’impact de la Seconde Guerre mondiale dans sa globalité.

À propos de Anka

Anka Voticky est née en 1913 dans la petite ville de Brandýs nad Labem, dans l’Empire austro-hongrois, et sa famille a déménagé à Prague, en Tchécoslovaquie, en 1918. En 1948, elle et les siens ont fui le régime communiste tchécoslovaque pour venir s’établir à Montréal. Anka est décédée en 2014 à l’âge de 100 ans.

Photos et Objets

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    Anka, vers l’âge de un an, 1914.

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    Anka (à gauche), âgée de sept ans, et sa sœur, Liza, âgée de trois ans, avec Fanda, domestique chez les Kanturek. Prague, 1920.

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    Anka et sa famille. Prague, 1929. À l’arrière-plan, de gauche à droite : Vilda (frère d’Anka); Anka; et Erna (son frère) ; au premier plan : Max (le père d’Anka); Hedvika (sa mère); et Liza (sa sœur).

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    Membres de la famille d’Arnold Voticky, le mari d’Anka. Le père d’Arnold, Hugo Voticky (à l’avant-plan, deuxième en partant de la gauche); son frère Franta (à l’arrière-plan, au centre); la femme de ce dernier, Vlasta (à l’arrière-plan, troisième en partant de la gauche); et le frère de Vlasta, Pepik Kolinsky (à l’arrière-plan, à l’extrême gauche). Prague, vers 1930.

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    Anka, âgée de 16 ans, à un bal masqué. Prague, 1930-1931.

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    Anka, âgée de 16 ans, à un bal masqué. Prague, 1930-1931.

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    Photo des fiançailles d’Anka et Arnold Voticky. Prague, 8 mai 1932.

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    Anka (à gauche, enceinte de son premier enfant, Milan), en compagnie de sa belle-mère, Olga Voticky (au centre), et d’Arnold. Prague, 1933.

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    Arnold et Anka, avec leur bébé, Milan, 1934.

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    Anka (à gauche) avec ses amies Marta Mautnerova (au centre) et Lidka Smolkova (à droite). Prague, 1936.

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    Anka (à droite) et Arnold (à l’avant-plan), en vacances avec la sœur d’Arnold, Greta (au centre), et son mari, Armin Knopfelmacher (à gauche). Spindelmühle, 1936.

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    Le fils d’Anka, Milan, et son cousin germain, Harry Knopfelmacher, né la même nuit que lui. Prague, 1937.

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    Anka à l’occasion d’un autre séjour de ski à Spindelmühle, 1937.

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    Les parents d’Anka, Max et Hedvika Kanturek, 1938.

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    Le fils d’Anka, Milan, âgé de quatre ans, qui essaie son masque à gaz. Prague, 1938.

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    Arnold Voticky, le mari d’Anka, tout juste avant le départ pour Shanghai. Prague, 1940.

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    Anka et sa famille en route pour Shanghai à bord du Conte Rosso, 1940. À l’arrière-plan, de gauche à droite : Arnold, le mari d’Anka; Anka; son amie Lidka Winter; Rudla (le mari de Lidka); Erna (le frère d’Anka) et Hilda (la femme d’Erna). Au premier plan : Milan, le fils d’Anka; Vera, la fille d’Anka; Eva Winter, la fille de Lidka; et Eva Kanturek (la nièce d’Anka).

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    Les enfants d’Anka : Milan (à gauche), Vera (au centre) et la nièce d’Anka, Eva Kanturek (à droite), à Shanghai.

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    Officiels tchécoslovaques au consulat de la Tchécoslovaquie, avec le fils d’Anka, Milan (à l’extrême gauche). Deuxième en partant de la gauche : Vladimir Taussig, attaché militaire au consulat ; deuxième en partant de la droite : le chef scout ; et, à l’extrême droite : le major Stepan, consul tchécoslovaque. Shanghai, 1941.

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    Milan, le fils d’Anka, et le major Stepan au consulat de la Tchécoslovaquie à l’occasion d’une célébration de l’anniversaire de naissance de Tomás Masaryk. Shanghai, 1941.

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    Anka achetant des œufs (au prix de 100 pour un dollar) au marché de Shanghai.

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    Milan, le fils d’Anka, en tenue de footballeur. Shanghai, 1942.

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    Milan, le fils d’Anka (rangée du centre, à l’extrême droite) avec son équipe de football. Erna, le frère d’Anka (à l’arrière-plan, à gauche) était leur entraîneur. Shanghai, 1942.

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    Liza, la sœur d’Ana (au centre), alors qu’elle était superviseure à la Maison de la Tchécoslovaquie dans le Ghetto de Hongkou. Shanghai, 1943.

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    Les Voticky devant la maison qu’ils ont fait construire dans le ghetto de Hongkou. De gauche à droite : Vera, Arnold, Anka et Milan. Shanghai, 1945.

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    Certificat d’inoculation d’Anka, délivré par le gouvernement chinois, 1946.

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    Anka (à gauche) avec Fanda, la domestique de ses parents, après la guerre. Prague, 1947.

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    Michael, le troisième enfant d’Anka et d’Arnold, encore bébé. Montréal, 1950.

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    Michael, le fils d’Anka, vers l’âge de deux ans et demi. Montréal, 1952.

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    Michael, le fils d’Anka (à l’avant-plan, au centre) et sa classe à l’Institut français évangélique. Montréal, 1959.

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    Arnold Voticky, le mari d’Anka. Montréal, 1972.

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    Plaque de rue à Prague, en face du Cimetière juif, portant le nom de Voticky. Photo prise par la petite-fille d’Anka en 2005.

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    Anka et Akira Kondo, membre du mouvement religieux japonais Beit Shalom, venu à Montréal en compagnie du Shinonome Chorus (Makhelat Hashachar). Montréal, octobre 2006.

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    Anka et Yoshi Tamura, membre du mouvement religieux japonais Beit Shalom, venu à Montréal en compagnie du Shinonome Chorus (Makhelat Hashachar) en mai 2006. En octobre 2006, Yoshi Tamura est revenu à Montréal pour y enregistrer le témoignage d’Anka à titre de survivante de l’Holocauste.

Le livre

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Frapper à toutes les portes

Le danger était imminent… Nous désespérions de parvenir à trouver un refuge sûr

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Frapper à toutes les portes

La tristement célèbre Kristallnacht est survenue le 9 novembre 1938. Cette manifestation prétendument spontanée contre les Juifs dans tous les territoires occupés par les nazis avait en réalité été soigneusement planifiée. Le monde entier s’est indigné devant un tel déferlement de haine et de violence, et les protestations ont fusé de toutes parts. Quelques semaines plus tard, la Grande-Bretagne a offert refuge à des enfants juifs, une initiative humanitaire appelée Kindertransport. Notre fils Milan et son cousin Harry, tous deux âgés de 4 ans à peine, avaient été inscrits sur une liste, mais l’idée de laisser partir de si jeunes enfants nous a fait changer d’avis.

Beaucoup d’Allemands ayant également réprouvé ces mesures si destructrices, si violentes, les nazis ont compris qu’ils devaient empêcher un tel événement de se reproduire – du moins publiquement. Si certaines personnes s’opposaient aux mauvais traitements infligés à un sympathique marchand du voisinage, d’autres estimaient que cela devait se faire, mais à l’insu du monde. Cette dernière position constituerait la politique officielle des nazis jusqu’à la fin.

Peu après notre mariage, Arnold avait ouvert une bijouterie avec mon frère Erna. Avant Noël 1938, mon mari a néanmoins décidé de fermer le commerce à Prague et l’a vendu pour presque rien au frère d’un de ses amis, Cenek Sykora. Le transfert de propriété a eu lieu le 1er janvier 1939. Cette décision s’est imposée d’elle-même à la suite d’un incident avec un mendiant. Mon mari donnait régulièrement des aumônes le vendredis. Un jour, le mendiant en question en a insolemment demandé davantage. Pour toute réponse, Arnold a calmement et silencieusement remis l’argent dans son tiroir. Le mendiant est alors allé à la porte du magasin et s’est mis à crier aux passants que le Juif était en train de le battre. Une foule a commencé à s’est massée devant l’entrée. Mais, heureusement, des policiers qui connaissaient mon mari ont emmené le mendiant et mis fin à l’incident sans tarder. Pour Arnold, toutefois, cet épisode indiquait clairement, une fois encore, que les temps changeaient : ce qui subsistait de la République ne durerait pas bien longtemps....

À la fin du mois de février 1939, Arnold a envoyé en Suisse mon frère Vilda, avocat célibataire, pour qu’il s’occupe de certaines transactions financières en son nom – Arnold avait fait sortir de l’argent et des bijoux du pays par des gens qui recevaient 25 cents pour chaque dollar passé. Vilda devait attendre en Suisse que les passeurs lui remettent l’argent qu’il devait ensuite déposer dans une banque du pays. Lorsqu’il nous a téléphoné pour nous dire qu’il avait accompli sa tâche et qu’il rentrait chez nous, Arnold lui a demandé de rester sur place encore un peu. Vilda a eu de la chance : quelques jours plus tard, le 15 mars 1939, les nazis ont occupé la Tchécoslovaquie. Au moins l’un d’entre nous se trouvait dans le monde libre.

Impossible d’oublier ce jour déprimant où l’Europe centrale a vu disparaître sa dernière oasis de démocratie. Mon mari avait eu raison d’envisager la fuite : « Partez n’importe où, disait-il aux gens, partez aussi loin que possible ».

En ce terrible mercredi 15 mars 1939, Andulka est venue me réveiller à 6 heures du matin pour me dire que les troupes d’Hitler étaient en route vers Prague. Nous nous sommes levés et nous lui avons demandé de préparer une valise pour mon mari et moi. La gardienne d’enfants s’occuperait de la leur. Sans même en discuter, nous avons décidé de nous rendre chez mes parents....

Nous étions si pressés de quitter la maison que nous n’avons même pas eu le temps de prévenir mes parents de notre arrivée. Il est intéressant de voir comment l’esprit de famille s’est immédiatement mis en action. Nous avons garé notre voiture devant leur immeuble et, une heure plus tard, mon frère est arrivé avec sa femme, Hilda, et leur bébé, Eva (Erna et Hilda s’étaient mariés le 28 octobre 1937 et leur première fille, Eva, était née un an plus tard, le 29 octobre 1938). Sans nous consulter, nous nous étions tous réunis là, d’instinct. À partir de ce jour, nous sommes restés dans l’appartement de mes parents au 18, rue Celetná, en plein coeur de Prague – ils vivaient au-dessus de la bijouterie qu’Arnold avait naguère possédée. Sans tarder, mon mari a quitté l’appartement afin d’obtenir un visa de sortie pour chacun de nous. Il est revenu dans l’après-midi, découragé, n’ayant pu se procurer qu’un visa – pour lui-même. Il l’avait payé 50 000 korun, ce qui n’était pas grand-chose. À cette époque, le taux de change avait chuté d’environ 30 à 600 korun pour un dollar américain. Le document ne lui avait donc coûté qu’environ 83 dollars. Le visa était valable dix jours, mais il a dû le laisser expirer car il ne serait jamais parti sans le reste de la famille.