Le Programme des mémoires de survivants de l’Holocauste

Adam Shtibel

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Né(e)
21 octobre 1928 Komarów, Pologne

Map of Mukacevo, Czechoslovakia

Immigré(e)
1968 Toronto, Ontario

Rachel Milbauer, petite fille enjouée et ouverte qui adore la musique, vit allongée et dans le silence durant près de deux ans, cachée dans un abri souterrain en Pologne occupée par les nazis. Adam Shtibel, âgé de huit ans seulement lorsque la guerre éclate, parvient à survivre dans la forêt jusqu’à ce qu’il soit accueilli par un couple de Polonais et survive en se faisant passer pour un non-Juif. Après la guerre, Rachel retrouve le violon, l’étui et les photos que l’oncle Velvel tant aimé avait cachés et ils deviennent des symboles très importants de survie et de continuité. Sauvés par leur force intérieure, la chance, ainsi que le courage et la bienveillance de quelques amis et inconnus, Rachel et Adam font connaissance, tombent amoureux et décident de bâtir une nouvelle vie ensemble. Cinquante ans plus tard, une remarque inopinée incite Rachel à se replonger dans ses souvenirs. Toujours à ses côtés, Adam rompt de la seule manière possible pour lui le silence qu’il s’était imposé.

À propos de Adam

Adam Shtibel est né en 1928 à Komarów, en Pologne, et Rachel Milbauer est née en 1935 en Galicie orientale. Au milieu des années 1950, les Shtibel ont déménagé en Israël, où Rachel a obtenu une maîtrise en microbiologie. En 1968, la famille a immigré au Canada et s’est installée à Toronto.

Photos et Objets

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    Les parents d’Adam, Chaim et Basia Sztybel), et sa grand-mère, Esther (assise), avant la guerre. Date inconnue.

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    Adam (à l’extrême droite), à l’orphelinat de Varsovie. 1948.

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    Adam, dans l’armée de l’air polonaise. Dęblin, Pologne, 1950.

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    Adam, dans l’armée de l’air polonaise. 1952.

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    Adam, 1955.

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    La femme d’Adam, Rachel, à l’occasion de leur mariage, entourée de Rozalia et Jozef Beck, le couple polonais qui a sauvé la famille de Rachel. 1956.

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    Photo de mariage de Rachel et Adam. 1956.

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    Adam dans les Forces de défense israéliennes. 1967.

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    Rachel, la femme d’Adam, dans son laboratoire de Rehovot, en Israël. Date inconnue.

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    Adam et Rachel. Israël, 1967.

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    Rachel et Adam à l’occasion de leur 50e anniversaire de mariage. 2006.

Le livre

Cover of Le Violon / Témoignage d’un enfant
Lauréat de la Médaille d’Or des Independent Publisher Book Awards 2008

Le Violon / Témoignage d’un enfant

J’ai marché presque toute la nuit. J’avais peur. Chaque bruissement de feuille dans la forêt m’effrayait. Je ne craignais pas les fantômes mais les personnes.

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Le Violon / Témoignage d’un enfant

Ma situation était vraiment désespérée. Je ne savais ni où aller ni à qui demander conseil. Je me suis dit : << Tant pis, le sort décidera >> . Je n’ai pas pris la direction de la ville, mais celle de la campagne qui s’étendait devant moi. Je n’ai pas emprunté la route, choisissant plutôt de couper à travers champs. Je marchais encore quand la nuit est tombée. J’ai aperçu une meule de foin dans un pré. J’étais transi de froid, aussi je me suis glissé dans le foin et je me suis assoupi. J’ai dormi toute la nuit. Je me suis réveillé à l’aube, j’ai mangé le pain que j’avais et je suis reparti, vers la forêt cette fois, où j’ai rencontré un groupe de garçons et de filles juifs de notre ville, Komarów. Comme moi, ils avaient dû quitter leurs fermes et ils erraient dans les bois. Cela m’a quelque peu soulagé [de les rencontrer] et je me suis senti mieux. Je leur ai demandé s’ils avaient des nouvelles de ma mère et de mon frère, mais personne ne savait quoi que ce soit. Nous nous sommes dit que les chats et les chiens avaient une meilleure vie que nous : le chat avait son coin près du fourneau, le chien sa niche mais nous, nous étions chassés d’un endroit à l’autre comme des lapins. Pour l’instant, nous nous tenions serrés les uns contre les autres. Nous étions huit ou dix garçons et deux filles, tous des enfants. Le plus âgé avait peut-être 17 ans et la plus jeune environ 8 ans. Nous nous entendions bien et nous partagions notre pain. Nous étions tristes et nous pleurions. Je me faisais du souci car je ne savais pas ce qui était arrivé à ma mère. J’ignorais si elle avait été capturée ou si elle avait réussi à se cacher. Nous dormions sur les feuilles dans la forêt. Je me suis lié d’amitié avec un garçon nommé Yosel, que j’avais rencontré autrefois au village. Il gardait les vaches non loin de l’endroit où je travaillais. Nous demeurions ensemble, marchant côte à côte et passant la nuit l’un près de l’autre.

Dans les bois, un jour que nous étions réunis autour d’un feu pour nous réchauffer, nous nous sommes dit qu’il fallait nous séparer en petits groupes car les bergers pourraient nous remarquer et nous dénoncer. Nous avons aussi décidé d’aller mendier du pain dans les fermes. Notre groupe s’est séparé. Je me suis retrouvé avec Yosel. Il avait l’air moins juif que moi. Nous parlions yiddish entre nous parce que nous ne connaissions pas bien le polonais.

Le temps tournait déjà et il commençait à faire froid et venteux. Nous ne pouvions plus dormir à la belle étoile. Nous nous rendions dans les villages et nous faufilions dans les granges, prenant soin de nous cacher dans le foin afin que personne ne nous voie. Nous demeurions dans ces granges plusieurs jours de suite. Le soir, nous sortions pour mendier, ensemble ou séparément, afin de ramener plus de nourriture. Au début, nous ne savions pas dans quelles fermes nous allions trouver une famille accueillante ou pas. Celles où il y avait des enfants présentaient le plus de dangers. Les gamins nous insultaient et criaient : << Fichez le camp, sales Juifs, on va vous signaler aux Allemands ! >> Ils nous jetaient des pierres et nous chassaient. Nous ne retournions pas dans ces fermes. Nous choisissions seulement les endroits où vivaient des personnes âgées qui ne nous chassaient pas. Dans certaines fermes, l’accueil était bienveillant. On nous donnait à manger de la soupe chaude et du pain. Ils nous demandaient de tout avaler bien vite et de repartir aussitôt. Quand les paysans nous demandaient où nous vivions et dormions, nous répondions vaguement : << Dans la forêt >>, sans offrir d’autres précisions.

Nous avons vécu ainsi pendant à peu près une semaine. Nous avions désormais une idée de comment nous allions être reéus dans les diverses fermes. Un jour, nous sommes entrés dans une grange mais je crois que la maîtresse de maison nous a aperçus. Nous nous sommes enfouis dans le foin et nous y sommes restés cachés. Après pas mal de temps, nous avons entendu des pas et des voix dans la grange. Nous avons pensé que le fermier était venu chercher quelque chose. Les pas se sont rapprochés et c’est à ce moment que nous avons vu les policiers. On m’a marché dessus puis le foin qui nous couvrait a été enlevé. Nous nous sommes retrouvés, Yosel et moi, face à des policiers polonais, armes braquées sur nous. La maîtresse de maison se tenait sur le pas de la porte. Les policiers ont crié leurs ordres : << Allez, debout ! Sortez de là ! >> Ils nous ont poussés devant eux, nous frappant et nous malmenant. J’ai commencé à pleurer et à les supplier de nous relâcher, mais ils ont dit qu’ils allaient nous emmener au poste de police de Komarów. Ils ne nous ont rien fait, mais ils nous ont prévenus : << Ces balles – ils montraient leurs armes – vous tueront. >> Ils nous ont poussé du canon de leurs fusils. Nous les avons suppliés de nous laisser partir, mais ils ont ri et se sont moqués de nous. C’était de jeunes policiers. Nous étions déjà loin de l’endroit où ils nous avaient capturés. Nous continuions à pleurer, à implorer leur pitié et à leur demander ce qu’ils gagneraient à nous tuer. Yosel a sorti un portemonnaie dans lequel il avait un peu d’argent (il ne m’en avait jamais parlé, ni dit combien il avait) et il l’a tendu à l’un des policiers. Ce dernier a commencé à compter l’argent et avant d’avoir fini, il nous a dit qu’il nous donnait une seconde pour nous sauver en courant ! Ils sont restés à nous regarder et nous nous sommes enfuis à toute allure. Tout en courant, nous nous retournions à tous moments pour vérifier qu’ils ne nous suivaient pas. Nous avons vu qu’ils s’en allaient dans une autre direction. Nous nous sommes dirigés vers un bosquet d’aulnes où nous nous sommes reposés un peu. Nous étions soulagés que les policiers nous aient laissés partir car des rumeurs couraient disant que lorsqu’ils attrapaient un Juif, ils ne se contentaient pas de l’abattre, ils le torturaient et le tuaient ensuite d’une horrible façon. J’avais très peur de la torture et j’ai été heureux que Yosel et moi ayons réussi à nous enfuir.

Nous nous sommes dit que Dieu nous avait sauvés ensemble et que nous devions rester ensemble. Nous avons donc continué tous les deux, plus proches encore qu’avant, comme deux vrais frères. Nous étions en permanence sur le qui-vive. Quand le vent passait dans les feuilles, nous pensions que c’était quelqu’un qui venait nous arrêter. Mais la forêt était froide et humide et nous avons recommencé à aller de maison en maison pour mendier de la nourriture. Bien sûr, nous avons évité la grange où nous avions été capturés. Nous devions calculer nos allées et venues afin de ne pas être remarqués par la femme [qui nous avait dénoncés]. Nous recherchions toujours de nouveaux endroits pour dormir. Nous avions repéré une grange en particulier qui restait ouverte la plupart du temps, ce qui nous permettait d’y entrer et de nous y cacher facilement. Nous y avons passé la plupart des nuits.

Nous étions en piteux état – toujours affamés, toujours sales, jamais lavés. Je n’avais qu’une chemise et elle était infestée de poux. Mon pull de laine aussi était couvert de vermine et j’ai dû m’en débarrasser. Mes chaussures étaient dans un état encore pire, elles tombaient en lambeaux.

Mais un malheur bien plus grand m’attendait...