Le Programme des mémoires de survivants de l’Holocauste

René Goldman

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Né(e)
25 mars 1934 Luxembourg, Luxembourg

Map of Mukacevo, Czechoslovakia

immigré(e)
1963 Summerland, Colombie Britannique

Enfant, René Goldman est fasciné par le théâtre, la musique, les langues et la géographie. Entouré de parents aimants et protecteurs, il aime flâner dans les rues et ruelles de Luxembourg, puis de Bruxelles, à la fois insouciant et espiègle. Mais, alors qu’il commence à entendre les adultes parler de « déportations » et de « relocalisations », il doit faire face à une perturbante réalité. Quand sa famille fuit en France, le jeune René, âgé de huit ans, est séparé de ses parents et placé dans une succession de foyers et de couvents où il doit cacher à la fois sa véritable identité et l’angoisse grandissante qui le ronge. Même le jour de la Libération, René ne ressent pas de sentiment de liberté, lui qui attend encore et toujours le retour de ses parents. Minutieusement documenté, Une enfance à la dérive est un compte-rendu personnel marquant qui aborde les questions de l’identité, de la réconciliation avec le passé, de la désillusion et de l’angoisse de devoir vivre en gardant toujours ses émotions sous silence.

À propos de René

René Goldman est né au Luxembourg le 25 mars 1934. Après la guerre, il a vécu dans un foyer pour enfants pendant cinq ans, avant de partir étudier en Pologne où il a vécu trois ans. En 1953, René a immigré à Pékin pour étudier la langue, la littérature et l’histoire chinoises pendant cinq ans. Il a poursuivi ses études supérieures au département d’Histoire et à l’Institut d’études est-asiatiques de l’université Columbia en 1960, avant d’accepter un poste à l’Université de Colombie-Britannique où il a terminé ses études de troisième cycle puis enseigné l’histoire de la Chine. René Goldman vit avec sa femme Terry à Summerland, en Colombie-Britannique.

Photos et Artefacts

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    Mira Shaindl Arenstein, la mère de René, et son père Wolf Goldman, le jour de leur mariage. Luxembourg, 1931.

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    Les parents de René et leurs amis. Mira Shaindl Arenstein, la mère de René, est assise devant, tout à gauche. Son père Wolf Goldman est devant elle, à genoux. Gantenbeinsmillen, début des années 1930.

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    René dans les bras de sa cousine Ginette. Gantenbeinsmillen, vers 1938.

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    René, au centre, avec sa mère Mira Shaindl Arenstein et son père Wolf Goldman, dans un parc public. Luxembourg, 1939.

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    René à l’âge de 6 ans avec sa mère. Luxembourg, 1940.

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    Simon Domb, le cousin de René, vêtu de l’uniforme napoléonien traditionnel de l’École polytechnique. Paris, vers 1940.

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    René et ses parents au mariage de Joseph Lewin, le fils aîné de leur ami Max Lewin. René est assis par terre, tout à gauche. La mère de René est debout derrière la femme qui tient des fleurs. Son père se tient dans la rangée d’en haut, tout à droite. Bruxelles, 1941.

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    René, à l’âge de 11 ans. Andrésy, France, 1945.

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    René, à l’âge de 12 ans. Andrésy, France, 1946.

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    Une carte postale du manoir de Denouval, un des foyers gérés par la Commission centrale de l’enfance. Andrésy, France.


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    Petit-déjeuner à Andrésy. René tend son bol pour qu’on lui resserve à manger. Les enfants qui regardent par les fenêtres viennent d’une autre salle à manger ; ils avaient vraisemblablement terminé de manger mais n’avaient pas eu l’autorisation de sortir. Vers 1945.

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    René et des étudiants du manoir de Denouval. René se tient seul dans le cadre de la fenêtre, tout à gauche. Adam Rayski et Marc Chagall sont côte à côte, au milieu du deuxième rang en partant de derrière. Andrésy, 1946.

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    René est debout, tout à gauche, penché en avant pour former la lettre V avec ses doigts au-dessus de la tête de son amie Evelyne, la deuxième fille en partant de la gauche dans la rangée du milieu. Ses autres amies sont Elsa Zilberbogen, la troisième fille en partant de la gauche, et Eliane Gourevitch, la quatrième fille en partant de la gauche. Le Raincy-Côteaux, 1947.

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    La chorale des enfants à Livry-Gargan. René est le deuxième en partant de la gauche, dans la rangée du fond. 1948.

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    Sophie Micnik. Nice, vers 1990.

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    René. Summerland, Colombie britannique, 2003.

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    René se tient devant un panneau indiquant l’entrée de Kalisz. Pologne, 2003.

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    René et sa femme Terry, au Lac Morskie Oko, dans les Hautes Tatras. Pologne, 2003.

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    René et Terry. Îles Galapagos, Équateur, 2008.

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    René dans son bureau. Summerland, Colombie britannique, vers 2010.

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    René et sa femme Terry. Whistler, Alberta, 2013.

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    René, sa femme Terry, et leurs petites-filles Katrina et Kirsten, fêtant le quatre-vingtième anniversaire de René. Summerland, Colombie britannique, 2014.

Le livre

Cover of Une enfance à la dérive (Traduction française à venir)

Une enfance à la dérive (Traduction française à venir)

Me maintenant fermement tandis que je hurlais et luttais à grands coups de pieds, la brute s’est ruée dans la gare, et s’est dirigée vers le train à l’arrêt sur la première voie ; nous sommes passés devant Maman que j’ai vue être traînée par terre pendant qu’elle se débattait et criait, elle aussi. Partout dans la gare régnait un extraordinaire chaos ; les hommes, les femmes et les enfants étaient emmenés, poussés sans ménagements et jetés dans le train…

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Une enfance à la dérive (Traduction française à venir)

Le train

Tôt un matin, Maman est entrée dans la chambre où j’avais passé la nuit avec des amis hollandais. Réveillé, j’ai été choqué de la voir en pleurs ; elle m’a demandé de me lever et de vite m’habiller car la police nous attendait devant l’hôtel. Elle m’a supplié de pleurer, dans l’espoir d’attendrir les policiers. Mais cette fois, bizarrement, alors que j’avais jusqu’ici toujours été un petit pleurnichard, je n’ai pas réussi à verser la moindre larme. J’ai regardé ma mère de mes yeux implorants et effrayés, mais j’étais trop tétanisé pour pouvoir pleurer. Une fois dans la rue, nous avons rejoint un groupe important de Juifs qui venaient de notre hôtel et d’autres endroits en ville. J’ai ensuite découvert avec effroi que Papa n’était pas avec nous. Il était sorti avant l’arrivée de la police, peut-être pour acheter le journal, à moins qu’il ne se soit lancé à la recherche d’un endroit où nous cacher ? Je ne le saurai jamais.

Formant une procession lugubre, nous avons dû parcourir la rue menant à la gare. Le chef de police était une brute à la carrure imposante portant une moustache semblable à celle de Staline ; il nous a proféré des injures et lancé des insultes antisémites, bousculant et brutalisant notre groupe de malheureux tout au long du chemin. Soudain, en arrivant sur la place en face de la gare, un événement tout à fait inattendu est survenu : par une incroyable coïncidence, tante Fella était arrivée de Limoges par le train de nuit et sortait tout juste de la gare quand nous y entrions ! Je l’entends encore s’exclamer : « Mon Dieu, qu’est-ce qu’il se passe ? » Puis, voyant que je me trouvais en bout de file et que le chef de police s’en était provisoirement éloigné, elle m’a pris par la main et m’a murmuré à l’oreille : « Viens, sauve-toi avec moi ! » Mais j’étais tellement sidéré de la voir que j’ai été incapable de m’enfuir. Une seconde plus tard, le chef de police s’est retourné ; il a vu ma tante qui me tirait de la file et s’est précipité sur nous. À deux reprises, il a giflé ma tante, si petite et si frêle, puis m’a violemment saisi par les cheveux et emmené au pas de course. Me tenant fermement tandis que je hurlais et luttais à grands coups de pied, la brute s’est ruée dans la gare, et s’est dirigée vers le train à l’arrêt sur la première voie ; nous sommes passés devant Maman que j’ai vue être traînée par terre pendant qu’elle se débattait et criait, elle aussi. Partout dans la gare régnait un extraordinaire chaos ; les hommes, les femmes et les enfants étaient emmenés, poussés sans ménagements et jetés dans le train… 

Alors que le chef de police allait moi aussi me pousser dans un wagon, deux gendarmes en uniforme kaki sont arrivés juste à temps pour l’en empêcher. Sans dire un mot, il m’a relâché. Un des deux officiers m’a emmené à part et a doucement collé ma tête contre sa poitrine pour que je n’assiste plus à ces scènes d’horreur. Au bout d’un moment, il m’a retourné et m’a dit : « Regarde, ta mère te dit au revoir de la main, à la fenêtre là-bas. » Puis le train s’est mis en marche. C’est la dernière fois que j’ai vu ma mère.